[ Trigger warning ] Tu seras violée meuf.

D’abord, il y a eu les coups et les humiliations. Ça a duré longtemps, ce fut très long. Il y a eu les tribunaux et la première fois : la peur de mourir après l’étranglement. Les étoiles qui dansent et le ciel qui devient jaune. Il a fallut plusieurs années pour que je me révolte. Il me disait qu’il allait me frapper, je me révoltais et lui rétorquais de le faire. La violence a été mon lot quotidien pendant 10 ans. Un cauchemars sans fin. Une violence sexiste, misogyne, patriarcale : celle d’un père envers sa fille comme des milliers de gosses battus et humiliés qui l’auront sûrement cherché. De l’humiliation sur mon corps, mon esprit. Jamais bien, jamais parfaite. Parce qu’une petite fille, puis une ado’, puis une femme. Tu l’a cherché. Ensuite il y a eu la première fois, le viol. J’ai fermé les yeux et je lui ai dis d’arrêter. Il m’a dit « il faut bien que je me vide les couilles ». Je n’ai rien dis de plus. Il fallait bien qu’il se vide les couilles. Il faut bien qu’ils se vident les couilles. Je me suis juste demandé si ça avait lieu le lendemain matin. J’ai classé l’affaire : j’avais déjà connu la violence, ça ne pouvait pas se reproduire. La peur de mourir, elle avait pointé. Mais si sommairement, que je n’y avais pas cru. De toutes manières, je l’avais sûrement cherché. Et puis il y a eu la tentative de viol. La peur du viol a jaillit, m’a frappé au visage. Il m’a fallut sortir de moi pour lui dire « mais tu vas pas me violer quand même ?! » quand je lui ai dis d’arrêter d’essayer de m’arracher mon pantalon. La peur du viol, peur de mourir. Un jour, il m’a dit « tu m’a alpagué chez toi, c’est pas pour rien ! » pour se dédouaner de son comportement. C’est vrai, je l’avais invité chez moi. Alors, je l’avais sûrement cherché. Entre temps il y avait le harcèlement. Les insultes. Les regards . Tu baises, tu suces, tu vas où, tu fais quoi. Tu lèches hein ? Salope, pute, pétasse, connasse, salope, salope, salope. Tu fais ta mijaurée mais avec ma queue dans la bouche, tu diras plus rien. Sale gothique, t’es bien chaudasse là. Bouffonne. T’es bonne. Salope. Quotidiennement, régulièrement, constamment. Matin, midi, soir. En jupe, pantalon, short. Baskets, New Rock, pieds nus. Mais je devais à nouveau le chercher.

En tant que féministe, on parle beaucoup du viol, du harcèlement, des agressions. De ce pouvoir, ce privilège masculin. On le théorise, on lit des écrit de grandes féministes, on en écrit nous même. On se dispute sur la forme parfois. Mais toujours on y revient : le viol, il est là, omniprésent et il nous tient en joue. Ils peuvent presser la détente et on peut crever en un instant. On doit se battre, l’évincer, l’éventrer, lui donner un énorme coup de New Rock ou d’un bon bouquin dans la figure. Renverser la violence, se soutenir, s’armer, se défendre, parler, faire des espaces safe, extérioriser. Balancer cette peur loin. Et puis, ça arrive. Et on est pas prête.

Ce soir là, je devais partir en voyage scolaire. Un voyage prévu depuis un mois et demi. J’avais validé mon semestre. J’étais aimée. Pas de conflits, pas d’ennuis. Tout allait bien. J’allais découvrir une nouvelle culture et tout irait à merveille. Il a surgit de nul part alors que je cherchais à faire une photo de mon sac de voyage pour Instagram. J’ai sursauté très faiblement car il faisait nuit et qu’il avait une allure suspecte. Mais mon cerveau a rationalisé subitement mon instinct qui me disait que ce type, avec son écharpe sur le visage et son bonnet sur la tête, était louche. Il m’a dit « pardon, je voudrais voir les horaires ». Je me suis assise sur le banc, et j’ai pianoté machinalement sur mon portable. Je ne sais pas pourquoi j’ai levé la tête. Je trouvais qu’il était trop proche. Mes yeux sont tombé sur sa queue qu’il branlait frénétiquement, sauvagement. Entre le moment où il m’avait demandé de me pousser du panneau et où je m’étais assise, tout était allé si vite. Mon cerveau a soudain basculé dans un monde de terreur que je ne pensais pas revivre. Je me suis levée d’un bond, incapable de réfléchir, j’ai hurlé. Hurlé comme une bête et courus vers le passage piéton pendant qu’il s’enfuyait dans les bois. Je me suis mise à pleurer, haleter. Des étudiantEs sont arrivéEs vers moi, j’ai touché le bras de l’une d’elle que je connaissais pour être une camarade de classe en bégayant. Incapable de parler. Incapable de raisonner. La peur du viol avait jaillit soudainement, à nouveau. La peur de crever. Quand mes yeux étaient tombées sur son sexe qu’il branlait comme un porc juste à côté de moi, j’ai pensé « il va t’éjaculer à la gueule, te l’a fourrer dans la bouche » puis « ta vas crever. Encore ».

Tu vas crever.

Tu vas crever parce que même si on se remet d’un viol, tu en as marre. Ta vie toute entière a été faite d’une telle violence, telle haine de ton genre, de ton sexe, tel pouvoir de domination machiste qu’il va juste te détruire intérieurement et cette fois-ci, tu ne pourras plus t’en remettre. Tu sais ce qu’ont été les coups, tu as passé tes 22 ans à affronter la peur de crever. Tu es devenue féministe et tu t’es emplit de soif de justice, de colère face à ta condition de meuf qui fait de toi un trou juste bon à humilier, frapper, blesser, violer. Tu as théorisé cette condition, cette violence. Tu t’es battu, tu as trouvé des comparses et des compagnons de routes, des alliéEs de tout genre, sexe. On t’a aimé, apprécié. On t’a fait comprendre que non, tu n’étais pas responsable de ça, que non, tu ne l’avais pas cherché. Que tu méritais le bonheur. Que tu n’étais pas responsable de ce système. Mais en fait, tu n’étais pas prête à ça. La peur débordante, dégueulante qui t’envahit comme un serpent, une explosion, ton cerveau qui fait boum soudainement. Boum. Boum. BOUM. Incontrôlable, ingérable, terrifiante, un sentiment de pur terreur, panique. La trouille intense, là. Soudainement, tes livres et toutes tes armes féministes, tout ton savoir sont tombée à terre. Tu es nue mentalement parce qu’un type se branle à côté de toi, t’impose la vision de son sexe dégueulasse, de sa jouissance de merde. Dans un instant, il giclera sur ta gueule et tu pourras aller jeter ton féminisme aux chiottes parce qu’il ne t’auras servit à rien face à cette peur qu’ils sont capable de dominer, jouer avec toi, tes nerfs, ta conditions. A cet instant, je les entends tous jouir sur nos visage, tout ces machistes, ces misogynes, ces terroristes des meufs, des femmes et nous dire : nous avons un sexe, nous avons le pouvoir et vous n’y pouvez et pourrez rien. JAMAIS. Il y a eu les tremblements et les tremblements sont toujours là. La culpabilité terrible. Je ne suis pas quelqu’une qui se morfond sur moi même, je refuse d’être une victime, je refuse l’échec, je refuse l’injustice. Pour mes comparses mais encore moins pour moi. Je m’auto discipline, j’y arriverais, je vaincrais. Je compatis mieux à la douleur d’autrui qu’à la mienne. C’est comme ça, on survit comme on peut. Je me suis toujours dis « si ça reproduit, je le tue / lui donne un énorme coup dans les couilles ». Depuis ma première agression, je porte constamment des New Rock et ce n’es pas uniquement pour faire joli. Je porte aussi une armada de bagues épaisses. Ca peut faire mal dans les mâchoires. Je sors armée. Je m’estime armée. Je me croyais armée comme Saint Marguerite terrassant le dragon. Je n’ai pas été fichu de me défendre. J’aurais du lui donner un coup dans les couilles, les genoux. Hurler autre chose que ce cri quasi animal et humiliant. J’ai agis comme une bête qu’on agresse et aujourd’hui encore, j’agis comme une victime. Je flippe dès que je regarde ce banc de bus, dès que je dois entrer chez moi. Je me dis « mais pourquoi tu fais tout plat d’un mec qui s’est branlé à côté de toi ? Des milliers de meufs vivent ça et en font pas tout un plat ». Je m’en veux d’aller mal. Je m’en veux d’avoir ce bruit de fond dans ma tête. Quoi que je fasse, j’ai cette image dans la crâne. Avant, quand un mec me harcelait dans la rue, je gueulais des insanités compréhensible, je repoussais la peur du viol. Je n’ai pas été foutu de l’a repousser ce soir là que par ce cri, mon cœur qui explose, l’incapacité soudaine de parler correctement sans bégayer pendant 20mn.

Alors, je suis en colère. Soudainement tout explose dans mon crâne et la colère rejaillit. J’ai cherché du soutien sur twitter et un abruti m’a fait du slut shaming dégueulasse. Je savais que ça arriverais. Parce qu’il parait qu’on le cherche. Que j’ai pas fermé ma gueule, pas agit en victime digne. Ai cherché un peu de chaleur humaine sur un réseau sociale où était réunis des alliéEs, des amiEs. Pardon, vraiment, d’avoir voulu me réfugier quelque part où un mec ne se quasi branle pas sur votre gueule. Je suis en colère parce que j’ai été élevé dans une société qui m’a dit qu’en tant que meuf, je serais violée. Que ca sera inévitable. Ma faute. Et que je ne pourrais jamais rien y faire. Je suis en colère parce que ma vie entière n’a été qu’une succession de violences, un torrent de haine à mon égard, de domination, de coups, d’insultes, de paroles. Et que je ne connais pas la normalité, les jours heureux et sans peur. Je suis en colère parce que dans mes cauchemars, je suis encerclée de zombies, de monstres et je dois fuir, sans armes, ni personnes et qu’ils sont là, qu’ils peuvent me détruire, me dévorer et que je peux devenir morte vivante à mon tour. Je suis en colère parce qu’on vient me dire que je généralise alors qu’aucun mec ne connaîtra jamais notre peur, notre terreur d’être violée, touchée, giflée parce qu’une meuf, parce qu’inférieur, parce qu’elle l’a cherché, parce que c’est qu’une claque, parce qu’elle avait qu’à dire non, parce que sa jupe, parce que c’est comme ça. C’est normal, un type se branle à côté de toi et tu en fais un plat. Et un type qui se branle et est à deux doigts de jouir sur ta face et ton consentement, c’est normal, ou juste un cas isolé, des milliers de cas isolés tout les jours, à toutes les heures. Des types qui emmerdent ton avis, ta voix et te disent qu’ils ont une queue alors ils auront le pouvoir. Je suis en colère parce que notre chatte, notre genre féminin ne nous arme pas et nous rend petite, faible et qu’on leur apprit à se servir de leur bite comme d’une arme pour détruire au lieu d’un truc de plaisir et que le consentement est surfait et pas ou peu évoqué. Parce qu’on leur a dit à tous qu’ils seraient des princes, des rois du patriarcat et qu’ils pourraient jouir le jour, la nuit sur nos gueule, nos corps et que notre conditions de meuf est faite pour ça. Je suis en colère contre tout ce système, mon ventre déborde d’un feu que je voudrais hurler mais parce que je sais déjà qu’ils vont venir comme des loups se plaindre qu’ils ne sont pas tous comme ça, qu’ils ne violent pas, n’agressent pas, qu’ils ne sont pas privilégiés, que c’est faux, que le patriarcat n’existe pas, que ce sont eux les vrais victimes, que j’abuse un peu, que je mélange un peu, parle sous le coup de l’émotion. Je les vois venir me dire que j’affabule, faire leurs victimes outrés, dire que l’agression m’aveugle, que je ne suis pas rationnelle, que je dois fermer ma gueule parce que je suis trop agressive, sauvage, colérique, violente. Parce que je réclame une justice et que je ne veux plus voir ni entendre des histoires de mecs qui se branlent sur nous en s’en fichant éperdument de notre consentement, que je dessers la cause, que c’était rien, que c’était un cas isolé. Toujours les mêmes merdes en refrain des types qui vont préférer justifier le patriarcat plutôt que défendre celles sur qui on s’astique sauvagement sans en avoir rien à foutre si on est d’accord ou non.

Et moi, je voudrais juste faire exploser cette bulle sourde de colère et de « pourquoi ? » Pourquoi tu te branles à côté de moi, pourquoi putain, POURQUOI?! Mais qu’est ce qui se passe dans ta tête pour te dire que tu vas humilier, faire peur, foutre en insécurité totale une meuf, un soir, tard, où il n’y a personne ? Alors je vais reprendre mes armes, remettre mes New Rock, continuer à lire et m’armer, parler, théoriser, discuter, argumenter, m’échauffer sur des désaccords. Etre encore plus forte, plus révoltée, plus déterminée à donner d’énormes coups de pieds dans les idoles du patriarcat. Jusqu’à ce que cette peur du viol, de la mort s’éloigne. Et jusqu’au prochain qui me rappellera que je ne suis qu’une meuf et que je n’aurais jamais le privilège de la sécurité, de la liberté, du bonheur tant que le patriarcat sera sur pieds et bien portant.