Pourquoi iZombie est vraiment chouette.

J’ai peur des zombies, je déteste les zombies, les zombies me foutent une trouille d’enfer.
Depuis que je suis ado, je fais des cauchemars où ces crétins sont présents, en horde, avec leurs vêtements déchirés et leur visage décharné. Ils avancent lentement, me tournent autour et sont prêts à me dévorer. En général, je me réveille un peu paniquée en vérifiant sous mon lit qu’aucun mort vivant ne se planque discrètement.
Pendant longtemps, j’étais même incapable d’en voir en photo.
Au fil du temps, cette peur est devenue omniprésente et anxiogène. J’avais besoin de tenir la main de mon compagnon de l’époque quand je regardais The Walking Dead et c’était au prix d’un grand effort que je prenais sur moi pour ne pas crier à chaque apparition d’un zombie.
Au bout d’un moment, j’ai pris le taureau par les cornes. J’ai avalé tous les films de Romero histoire de me défaire de ma peur des zombies.
J’ai réussi à comprendre que les morts vivants de The Walking Dead n’étaient rien d’autres que des figurants avec lesquels Norman Reedus faisait des selfies parfois.
Mais bref, j’ai peur des zombies, je ne les aime pas, ils me fichent la chair de poule et rien ne me dit que nous sommes à l’abri d’une prochaine invasion de morts vivants fous furieux qui voudraient faire de mon bout de gras leur goûter de 16 h (ne vous moquez pas) (je me suis préparée mentalement à cette invasion de toute manière) !

Ça c’était avant iZombie.

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La série raconte l’histoire de Liv (Olivia Moore), une brillante étudiante en médecine qui a un fiancé génial et un avenir prometteur. Jusqu’au soir où elle décide d’aller à une fête sur un bateau. Malheureusement la soirée tourne mal, le bateau prend feu et Liv se réveille quelques heures plus tard sur une plage, transformée en morte vivante avec une faim vorace.
Heureusement, Liv n’est pas une zombie classique comme on peut en croiser dans les films de Romero : Liv n’a finalement que son corps qui est mort tandis que sa conscience d’humaine reste encore bien éveillée. C’est ainsi que, avec le teint pâle et un look digne d’une ado gothique tout droit sorti de The Craft, notre héroïne accepte un job dans une morgue légiste afin de pouvoir se sustenter goulûment de précieux cerveaux humains dont elle a besoin.
Mais l’un des intérêts principaux de la série, c’est les visions que procurent les cerveaux que dévorent Liz, visions qui lui permettent non seulement de s’approprier une part du comportement de la personne décédée mais aussi de résoudre des énigmes policières au fil des épisodes. Lors de la digestion de cerveau qu’elle trouve à la morgue légiste, Liz voit les souvenirs des victimes, ce qui lui permet de recoller ces morceaux du passé desdites victimes afin de trouver par qui elles ont été tuées.

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Dans sa nouvelle aventure, elle sera aidée par son nouvel ami, Ravi Chakrabarti, un jeune docteur charmant au fort accent british qui cherche pour elle un remède à sa condition de morte vivante (oui parce que manger des cerveaux tous les jours pose vite quelques limites d’ordre gustatifs, entre autres). Elle croisera l’homme à l’origine de sa zombification, Blaine DeBeers qui a monté une petite mafia du crime et elle résoudra des enquêtes policières et des affaires de meurtres avec Clive Babineaux, un détective qui pense que Liv a des visions de médium, ne connaissant pas son terrible secret.
La série fait évoluer le personnage de Liv tout au long des épisodes où l’on comprend vite que sa zombification est une métaphore pour parler d’agression sexuelle et que l’héroïne garde les séquelles d’un stress post traumatique.

Les enquêtes sont intéressantes mais le personnage de Liv est avant tout extrêmement attachant. On a envie de soutenir, d’épauler cette héroïne drôle et tourmentée par sa nouvelle condition de morte vivante.
J’ai énormément apprécié ne pas retrouver de contenu sexiste, raciste ou homophobe : si la série n’est pas entièrement parfaite dans les échanges, celle-ci regorge de personnages intéressants, d’hommes plutôt safe et agréables (et pas qu’à l’oeil, promis) dans leurs rapports avec Liv tout comme elle comporte aussi son lot de sales types inquiétants et dangereux.

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Chaque épisode est une nouvelle surprise pour le spectateur – la spectatrice : quelle vision va avoir Liv ? Quel comportement et personnalité va-t-elle posséder après avoir ingérer un nouveau cerveau humain ? Comment va-t-elle vivre cette nouvelle expérience ? La série permet aussi de découvrir de nouveaux zombies au fur et à mesure et de découvrir que tous ne sont pas aussi éthiques que Liv lorsqu’il s’agit de trouver de quoi survivre…
iZombie, c’est la série qui m’a fait aimer les zombies et avoir de l’empathie pour eux.
iZombie, c’est une série doudou, une série réconfortante, avec plein de chouettes choses : une héroïne attachante, drôle et intelligente, un allié humain sympathique, fun et avec un accent british mignon, des zombies mignons (je ne pensais pas dire ça un jour) et aussi des zombies crevards (on les aime bien quand même), des énigmes intéressantes et un scénario vraiment chouette ainsi que des questions éthiques passionnantes sur le rapport à l’humanité en tant que morts vivants.
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Je ne saurais que vous conseiller d’aller les yeux fermés, une poignée de cervelet, heu, de chips à portée de main et de vous jeter sur iZombie, sans compter que la saison 2 est actuellement en cours à l’heure où j’écris ces mots.

(Merci à Maxence pour la relecture)

Est-ce que Fear The Walking Dead mérite le détour ?

Il y a trois ans, j’ai lu avec passion les comics de Walking Dead. J’ai tout naturellement enchaîné sur la série qui a su me prendre aux tripes au fil des saisons. C’est donc en relative fan de The Walking Dead, série, comics et jeux vidéo confondus, que j’attendais ce spin off : Fear The Walking Dead. Ni une, ni deux, ni trois, votre humble servante s’est lancée il y a quelques semaines pour boulotter rapidement les 6 épisodes qui constituent cette nouvelle série.

Alors : est ce que FTWG mérite le détour ?

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FTWD se passe de nos jours, à Los Angeles. Si TWD suit les aventures de Rick au sein d’un monde post apo’ qui connaît déjà des heures sombres et l’omniprésence des zombies, FTWD fait monter la sauce en douceur. Autant dire que si vous attendez de l’action et du zombie dès le premier épisode : c’est raté. L’action se met doucement mais sûrement en place via une famille recomposée et mixte. On y suit donc avant tout la famille de Madison qui a deux enfants, Nick et Alicia. Madison est remarié à Travis qui a pour enfant Chris. L’action du pilote se concentre principalement sur Nick, jeune héroïnomane tandis que la ville s’éveille doucement au son de quelques sirènes de police et d’hélicoptères au loin. Les zombies ne sont pas encore là mais on les sent en arrière-plan, prêts à intervenir et à frapper.

Il ne se passe pas grand-chose pendant trois épisodes. Et puis soudain la tension monte crescendo, les zombies arrivent, les réseaux sociaux et les écrans se font vecteurs d’images qui interloquent, personne ne semble comprendre ce qui se passe à commencer par nos héros, Madison et Travis.

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Et malheureusement à part Nick, aucun de ces personnages n’est franchement intelligent. Confrontés à des zombies, tous se révèlent vite incapables de se défendre, de comprendre ce qui se passe, de savoir comment (et s’il faut !) tuer ces morts vivants. Seul Nick semble réussir à montrer un minimum de jugeote et pour cause : il a été un des premiers personnages de la série à avoir été confronté à un zombie.

FTWD est lent, très lent, trop lent. J’ai essayé d’être indulgente mais j’avoue que le tout m’a diverti sans me passionner et j’ai besoin de ressentir une passion folle devant une série, d’être transportée, d’avoir envie de dévorer la suite. Mais FTWD m’a plutôt surprise et donné envie de voir la suite malgré mon manque de gourmandise : certes ce n’est pas la série de l’année, ni une série folle mais on reste surtout pour Nick, pour voir comment ces personnages évoluent. On reste aussi parce qu’on se demande où la série nous mène jusqu’à l’épisode 6, étant donné que celle-ci se concentre beaucoup sur l’aide de l’armée, et que les survivants-es ne sont pas laissés-es seuls-es comme dans TWD.

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Alors, est ce que FTWD mérite un détour ? Oui si vous aimez TWD, si vous êtes axés sur la psychologie des personnages plus que sur l’action pure et si vous avez aimé les jeux de Telltale.

A coup sûr, une série un peu lente mais dont, je l’espère, la saison 2 sera plus prometteuse.

Un petit mot sur : la saison 3 de Masters of Sex

J’inaugure ici une nouvelle catégorie de blog « un petit mot sur ». Réactions à vif, cette catégorie me permet de partager très rapidement certains de mes post ou tweets que je condense ici sur une série dont je viens de finir la saison. Cela permettra également de vous faire partager sur le vif toujours, si vous pourriez vous passer d’une saison d’une série que vous suivez ou au contraire la dévorer assez rapidement !

J’ai enfin finis Masters Of Sex saison 3. Il n’y a pas à dire, cette saison était bien meilleure que les autres mais surtout par la narration et la tension crescendo. Le jeu des acteurs est merveilleux, le propos intelligent, la tension dramatique bien menée.

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Malheureusement, si la série est vraiment prenante, on se rend de + en + compte que Bill est un horrible connard (pardonnez moi l’expression) manipulateur abusif avec les femmes et surtout avec Virginia ainsi que Libby. Virginia et Libby qui,  soit dit en passant, sont deux personnages féminins extrêmement opposés et pourtant très intéressant (mon cœur balance vers Libby, mais parce que je suis l’amie des chatons fragiles).Outre le fait que la saison 2 a flanché salement sur la représentation des femmes grosses et des asexuels-les ( même si on peut penser que le parti prit de « guérir » l’asexualité était dû à un choix social historique, l’asexualité étant toujours perçu comme une maladie de nos jours), la série romance beaucoup trop le comportement abusif sentimentalement, psychologiquement, sexuellement et professionnellement de Bill Masters. Cette saison démontre bien que + Virginia devient indépendante, moins Bill Masters supporte qu’elle s’éloigne de lui.
Je ne parle même pas des violences sexuelles et du fait que Virginia est quand même perçue par sa fille comme une salope qui couche avec plein d’hommes et dont la fille en paye les conséquences de manière dramatique : trigger warning sur plusieurs épisodes comportant des scènes de violence sexuelle également à ce propos.

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Au final une saison en demie teinte : si j’ai apprécie et apprécie toujours cette série pour le contexte social historique présenté, pour le jeu des acteurs, pour la narration et l’écriture, pour les personnages féminins (et queer !), la série me donne la désagréable sensation de romancer des violences sexuelles et romantiques à l’égard des femmes. En demi teinte, à suivre les yeux ouverts.

Etre féministe et être fan de séries TV : non, le sexisme n'est pas négociable.

Rha ces féministes fan de pop culture, elles cherchent vraiment la petite bête. Salut à toi lecteur/lectrice de passage  ! Aujourd’hui on va parler d’un de mes média favoris  : les séries télés. Je regarde des séries télés depuis quelques années mais avec un œil critique et féministe depuis deux ans environ et… malheureusement, certaines personnes n’aiment vraiment pas que vous soyez féministe et portiez un œil critique sur ce qui est considéré comme «  juste une série  ». Je pourrais parler durant des heures de Buffy, True Blood, Supernatural, Grimes, BattleStar Galactica, Docteur Who, Sherlock Holmes et tous leurs joyeux camarades qui sont sur mon PC, emplissent ma tête, mon cœur et mon tumblr. Mais je voudrais plutôt parler de ce que c’est d’être une féministe fan de pop culture.
Parce que les séries TV sont un média vu comme un «  loisir » pour «  divertir  » et que je les analyse tout en les appréciant (ou non), la société n’aime pas trop ça (et parfois mes amis-es qui en ont marre que je leur parle de Buffy pour la 150e fois dans la journée mais ça c’est un autre sujet). Je suis confrontée aux mêmes remarques incessantes sur cette passion vue à travers un œil militant, que cela soit sur internet ou dans la vie de tous les jours. J’ai donc décidé d’y répliquer une bonne fois pour toutes, étant donné que j’aime les séries et que je suis féministe, en espérant également que cet article parle à des amis-es militants-es et fan de pop culture. Nous verrons vite que certains arguments contre une analyse critique des séries sont aussi utilisés pour des jeux vidéos, des films, des comics etc.
Je ne m’attarderai pas sur le fond de chaque série, je m’en sers uniquement à titre d’exemple.

Bref, décryptons un peu les ressorts de cet argumentaire un brin classiques :

1 -L’argument « c’est l’histoire qui veut ça »  :(lorsque que vous êtes confronté-e à un storyline sexiste, discriminant et prétextant fond socio historique)

C’est probablement l’argument que je déteste le plus. J’ai regardé le mois dernier une série qui s’appelle Copper . Outre le fait qu’elle ne soit pas très originale, Copper est bourrée de prostituées, de femmes qu’on viole, agresse, de slut-shaming. (Un article en anglais relate très bien le problème ici). Bref, les femmes ne sont pas vraiment actives dans toute cette série mais plutôt victimes des hommes, de la violence masculine et d’une violence sexiste. Le problème dans ce genre de série sur fond historique, c’est qu’on ne peut PAS se cacher sur « c’est l’époque qui veut ça ». Déjà parce que c’est souvent faux et que c’est soit de la paresse intellectuelle soit un vrai mépris pour l’histoire des femmes et du genre. Vous trouverez en librairie, sur amazone et même sur internet des références sur les femmes comme actives dans l’histoire et non juste « victime de ». De plus, si vous partez du principe que dans une série sur « fond historique » comme Copper, Ripper Street ou Downton Abbey, vous êtes avant tout dans la fiction, vous êtes alors vraiment libre d’écrire ce que vous voulez. Vous ne pouvez donc pas vous cacher derrière l’argument « c’est l’histoire qui veut ça » quand c’est juste de la paresse voir parfois une vision caricatural de l’Histoire. Ou assumez alors que c’est une histoire uniquement du point de vue hétéro blanc masculin et cis genre et rien d’autre.
Une série comme Game of Thrones se produisant dans un monde médiéval fantastique propose différentes représentations de femmes (et d’hommes) et personne n’y trouve à redire (même si la série n’est pas parfaite sur certains points). Une série comme Mad Men arrive elle aussi très bien à dénoncer le sexisme tout en s’imposant comme une série dramatique de qualité. En tant que fan de séries, nous attendons donc beaucoup mieux qu’une soit disant forme de simplicité historique souvent fausse.

2 -L’argument « c’est du divertissement /C’est juste une série » « tu te prends la tête » :

Depuis quand le divertissement ne peut-il être réfléchi ? Depuis quand ce qui est de l’ordre du divertissement doit-il nous prendre pour des idiots-es en partant du principe que le spectateur – la spectatrice est forcément quelqu’un de moindre qui n’a pas envie de réfléchir   ?

Pourtant ne pourrait-on pas réfléchir face à ce qui nous divertit ? De nombreux exemples nous prouvent que cet écueil peut être évité, sans jamais remettre en cause les qualités (scénaristique, visuelle, etc.) de la série. True Blood traite parfaitement bien du sort des personnes discriminées / minoritaires dans la société. Downton Abbey arrive très bien à nous montrer les prémisses d’un féminisme et d’un empowerment féminin dans un milieu noble et patriarcale. Les séries (au même titre que l’humour) ne sont pas en «  dehors  » de la société  : ce n’est pas parce qu’on nous les propose que nous devons les prendre comme tels. Si en tant que fan, nous contestons certains aspects d’une série, c’est justement parce que nous attendons de ce qui nous divertit quelque chose de beaucoup mieux, quelque chose de qualité, quelque chose qui peut divertir et militer et il n’est nul besoin de mettre en gros le terme «  féminisme  » sur une série pour qu’elle le soit. Buffy, qui est une de mes série préférées y arrive parfaitement et a justement eu un impact considérable sur le public, notamment du fait de son féminisme .

Ce qui nous divertit semble être pour beaucoup de gens «  juste» un divertissement. Mais alors pourquoi y a-t-il des études culturelles, des thèses sur ces séries télés, leurs réceptions, leurs intentions, leurs publics ? Pourquoi existe-il tant de blogs sur les séries, des fandoms féministes de lecteurs-trices de ce type de média qui les regardent avec un œil critique ? Lorsque je me divertis, je n’attends pas à ce qu’on me lave le cerveau mais à ce qu’on me donne aussi quelque chose de qualité. Et on peut parfaitement faire passer des idées progressistes, des situations intéressantes et de bons personnages dans des séries télés. Je ne pose pas mon cerveau pendant que je me divertis.

3-L’argument «  tu vois du sexisme là où il n’y en a pas  »

Vous avez remarqué  : les gens n’aiment vraiment pas qu’on dénonce le sexisme dans la société mais encore moins dans ce qu’ils considèrent comme un simple divertissement. Le problème quand on est féministe, c’est qu’on le voit. Et on le voit parce qu’il est là, parce qu’on le vit et qu’on le retrouve dans ce qu’on aime. On le voit peut-être aussi parce qu’on est une femme / une personne LGBTIQ / une personne non blanche / concernée par le sexisme, le racisme, l’homophobie et les discriminations. Donc non, on «  s’invente pas  » une discrimination, on ne se «  victimise pas  »  : on le voit parce qu’il est réellement présent dans notre univers et parce qu’il fait partie de notre quotidien. J’ai personnellement arrêté de regarder How I Met Your Mother par exemple car c’est une série qui condensait beaucoup trop de violences discriminantes à mes yeux  ; violences que je peux voir car je suis concernée par ce sexisme et j’estime que ma parole a aussi son importance dans ce que je regarde.

4-L’argument « c’est de l’humour »:

Oui alors on a déjà parlé de ça plusieurs fois mais je vous invite chaudement à lire ces deux articles ici et ici du sociologue Denis Colombi qui résume beaucoup mieux que moi ce qu’est l’humour. On peut faire du très bon humour. L’humour, ce n’est pas un truc vide de sens, né de nulle part. C’est toi, moi, nous et vous qui faisons l’humour comme la société.

5-L’argument « il y a une femme forte donc arrête de râler, ça suffit à ce que ça te convienne ».

Tss, non. J’aime beaucoup Buffy. comme je viens de le dire, et j’entends régulièrement cet argument à propos de cette série. Mais si Buffy est une série complètement géniale, ce n’est pas JUSTE parce qu’il y a une femme « forte  ». D’ailleurs faire une femme « forte » ne suffit pas franchement à faire une bonne série, sinon Predators 3 (dans le registre du cinéma) serait un excellent film parce qu’il y a une femme noire un peu bad ass. Non, ce qui fait le succès d’une série comme Buffy, c’est la qualité, le tout, c’est une diversité de représentations féminines (et masculines), un scénario génial, un message à plusieurs lectures et pour beaucoup de personnes différentes (que vous soyez militants-es ou non). Donc non, je ne suis pas satisfaite quand il n’y a un personnage féminin « fort » et quand ce personnage a été juste placé pour que je ferme mon bec de féministe. Ça ne me suffit pas vu que je veux une œuvre de qualité autrement qu’en me donnant une femme en pensant que cela puisse me satisfaire, me faire taire. Si la « femme forte » est juste un faire-valoir pour ne pas être taxé de sexiste, ça ne suffit pas franchement.

6-L’argument « c’est pour dénoncer le sexisme ».

Haaaaa cet argument. Une pépite. Pour dénoncer quelque chose, il faut avoir du recul. Pour dénoncer quelque chose via l’humour, il faut se moquer de la discrimination, du sexisme, racisme, de l’homophobie et non de la personne qui est victime de discrimination. Une série comme Mad Men (à nouveau) arrive très bien à montrer un climat social de sexisme tout en le dénonçant, en articulant les relations de pouvoirs entre personnes discriminées ou discriminantes. Sur un autre registre, Game of Thrones y arrive plus ou moins sur certains aspects mais y échoue en surchargeant le tout de prostituées et de scènes de sexe sans autre intérêt que d’attirer le male gaze (chose que le livre fait beaucoup moins). Je ne suis pas certaine que Supernatural dénonce le sexisme lorsque son protagoniste principal, Dean Winchester, s’amuse à harceler tout ce qui bouge et fait une blague machist eà chaque femme qui passe étant donné qu’on éprouve beaucoup plus de sympathie pour le héros que les femmes selon l’angle de la caméra. En revanche, Buffy y arrive très bien lorsque Joss Whedon fait dire à Willow qu’elle préfère avoir le droit de vote qu’une époque patriarcale où les femmes étaient uniquement reléguées au rang de princesse et d’objet de désir.

7 -L’argument « ce n’est pas une histoire vraie donc c’est pas grave »:

Si ce n’est pas une histoire vraie, c’est donc une fiction ? Si c’est une fiction, pourquoi ne pas laisser libre cours à son imagination ? On en revient au point 1. (A propos d’une série très bonne sur les rôles de genre et la diversité ethnique et sexuelle, je ne peux que vous conseiller la série Real Humans… qui est une excellente fiction pour le coup.) Pourquoi se satisfaire de médiocre quand, justement, le recours à la fiction permettrait d’aller de l’avant  ? Arrêtez cinq minutes de prendre les spectatrices féministes de séries TV pour des idiotes.

8-L’argument « Ben oui du coup l’univers est plus réaliste »

Cet argument pourrait parfaitement rejoindre l’argument numéro 1 mais il se distingue car il mêle à la fois vrai et faux. Nous savons parfaitement que la société est pleine de discriminations et de violences et pas juste envers les femmes. A partir de là, on peut très bien vouloir dépeindre un monde rempli de ces caractéristiques mais encore faut-il s’en éloigner. Si vous êtes dans le cas de Mad Men, on se situe proche d’une réalité, d’une époque où des femmes tentaient d’avoir du pouvoir par le peu de moyens que lui offrait le patriarcat. Nous savons parfaitement que l’Histoire, même si elle présente pléthore de femmes indépendantes, fortes, différentes, courageuses a aussi fait de nous des victimes et nous le sommes toujours étant donné que nous sommes dans un système patriarcal. Sauf qu’en tant que féministes, nous sommes pour une utopie radicale. Nous considérons que nous pouvons aussi avoir notre mot à dire sur ce qui est de l’ordre de la fiction étant donné que nombres de femmes sont actrices, réalisatrices même si beaucoup plus invisibilisées que les hommes. A partir de là, nous sommes à la fois actrices de ces médias par leur réalisation et par le fait d’en être spectatrice / fan. J’estime donc avoir mon mot à dire sur ce que je regarde. Parce que je ne vois pas ce qu’il y a de réaliste dans une série qui parle de vampires qui boivent du True Blood ou qui harcèlent des jeunes femmes, où la magie opère, avec des loups garous qui s’entre déchirent, avec une entreprise de publicitaire créée de toute pièces ou basée sur la légende de Jack L’éventreur.

La vérité, c’est que les scénaristes tirent du réel ce qui les arrange, partant du principe que le public est bête et qu’il n’a pas besoin qu’on le fasse réfléchie… ou pire, que ce qu’ils gardent du réel (mécanismes sexiste, raciste…) n’a pas lieu d’être remis en question « puisque c’est comme ça ». C’est non seulement me et nous mépriser, mais c’est aussi se fourvoyer sur la « réalité ». Parce que si nous sommes plusieurs, beaucoup, nombreux-ses à contester une forme de réalité que nous voyons dans une série, c’est aussi que nous en attendons beaucoup, beaucoup mieux que cette paresse facile.

9 -L’argument « C’est pas parce que je regarde cette série que j’ai tué / violé quelqu’un-e  ! ».

Personne n’a dit ça et certainement pas moi. Parce que, comprenez bien, même en tant que féministe, nous pouvons adorer des séries imparfaites. Je suis fan de Supernatural et je connais quelques fans féministes de Supernatural alors que le niveau de sexisme et de machisme du personnage principal est incroyable. On ne vous dit pas que vous êtes un monstre parce que vous appréciez une série imparfaite ou emplie de discriminations, on vous donne juste un message. Etre féministe, c’est laisser ce petit message sur votre répondeur  : hey, j’ai vu ça dans cette série et c’est vraiment pas cool, voilà, tu en fais ce que tu veux. Évidemment, nous souhaitons vous sensibiliser et si vous avez l’impression d’être oppressée de femmes qui pestent contre les discriminations dans les séries, c’est peut-être aussi parce qu’internet nous offre une tribune et que nous voulons aussi occuper ce lieu de pouvoir et montrer que nous avons quelque chose à dire. Nous aimerions être écoutées. Personne ne vous force à apprécier ou détester telle série. Mais vous devez avoir à l’esprit que beaucoup de gens ne voient pas forcément ce que nous voyons et nous pensons avoir une influence sur la société, les médias de divertissement, l’éducation et les rapports entre hommes – femmes, noirs-es – blanchs-es, hétéros -homo, cis genre ou transgenre. Les séries sont un média de masse et c’est sous-estimer leur portée (bonne ou négative) que de penser qu’elles n’ont aucun impact – même minime – sur leurs spectateurs-rices.

10 -L’argument « t’as qu’à regarder autre chose »  :

Et pourquoi je devrais regarder autre chose ? Si je conteste cette série, c’est aussi comme je viens de le dire, parce que je pense qu’elle a une influence sur le public et que cette influence peut être bonne ou mauvaise. Si j’ai une analyse critique également, c’est que j’aime peut être cette série en dehors de ce sexisme (Supernatural mon amour) et donc j’en attends tellement mieux. Parce que je pense qu’il existe de très bonnes séries en dehors du sexisme, du racisme, d’homophobie mais que ces discriminations viennent pourrir toute l’histoire. Alors non, je ne regarderai pas « autre chose » pour faire plaisir à la société parce que je ne veux pas me taire sur ce qui ne me convient pas. Parce que la société me demande de m’exclure sciemment, parce que mon message dérange alors que c’est cette même société qui devrait peut-être aussi se remettre en question sur le sexisme dans ce qu’elle nous propose et qu’elle estime de qualité.

J’aime les séries pour tout un tas de raisons et j’y reviendrai certainement dans un autre article en parlant notamment de Buffy. Et c’est justement parce que je les aime que je les voudrais meilleures, que je pense qu’elles ont quelque chose à me dire.
Cet article est écrit de mon point de vue : soit celui d’une femme blanche cis genre et queer, mais vous pouvez trouver tout un tas d’analyses sur internet de personnes non blanche, non cis genre et se sentant mal représentées dans une série alors que fan de cette – ces dernières. Tumblr est une mine d’or de fandoms, de créations, d’écrits de jeunes militants-es. Cet article veut aussi vous montrer que ce n’est pas parce des séries sont emplies de préjugés, de sexisme, de choses discriminantes qu’elles sont forcément mauvaises ou que vous ne devez pas les regarder. Gardons juste un œil sur ce que nous apprécions. Il est important de dénoncer mais il est aussi important de se réjouir en tant que fan de la place que prends un média dans notre vie et c’est pour cela que nous parlerons de Buffy dans un prochain article.