Pourquoi vous devez voir Mr Robot.

Sortie en juillet 2015, Mr Robot n’avait pas franchement de quoi me donner envie : oui bon encore une histoire de hackers, un petit héros anti héros qui a le comble d’être un mec blanc et sûrement hétéro avec en plus de ça une énième glorification des anonymous et toute la cohorte de petits nerds qui savent coder.
Voilà en gros ce que je me disais.

Et puis comme d’habitude, j’ai vu mes amies L et M regarder cette série, sachant que ce sont deux amies très intelligentes, très féministes et un brin nerd elles aussi. Je me suis dit qu’il devait y avoir un truc pas trop mal dans Mr Robot pour qu’elles regardent.
Vaguement ennuyée depuis que j’avais fini BSG, je traînais de série en série sans vraiment accrocher (notamment Caprica dont je vous reparlerais bientôt). Ayant récupéré tous les épisodes d’un coup de Mr Robot je me suis lancée hier soir et j’ai pour ainsi dire tout dévoré en quelques 24h (oui il faut bien dormir, manger et aller en cours entre temps).

Mais au fait, de quoi parle Mr Robot ?

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Mr Robot, c’est l’histoire d’Eliott, un hacker et il est effectivement blanc, masculin et hétérosexuel jusqu’à preuve du contraire. Mais Eliott est aussi un dépressif, un junkie, et surtout anxieux social à crever. Tiens donc, voilà qui allait beaucoup m’intéresser étant donné que je suis moi-même actuellement dépressive et anxieuse chronique. Il faut dire aussi que j’ai un faible pour les héros dans lesquels non seulement je peux m’identifier mais qui sont aussi un peu cassés par la vie. Les valeureux chevaliers des temps modernes et les froides guerrières ne m’ont jamais vraiment intéressé.

Eliott est donc un hacker. Son problème, c’est qu’il « hack » les gens : au travail, dans la rue, chez lui, il pirate email, réseaux sociaux et compte en banque des gens qu’il côtoie car c’est le seul moyen de les comprendre, de les cerner, de les approcher et semble-t-il pour lui, d’en avoir moins peur.
Eliott travaille pour Allsafe, une entreprise qui s’occupe de réguler la sécurité du réseau informatique de Evil Corp, l’une des plus grosses entreprises du monde. Evil Corp est un peu un mariage improbable entre Coca Cola, Nestlé, Monsanto et McDonald’s. Oui Evil Corp porte bien son nom.

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Le jour donc, Eliott travaille pour cette entreprise où il est un « white hat », un gentil hacker qui s’occuper de colmater le système et d’empêcher que de vilains virus viennent n’attaquer la grande méchan… La grande corporation qu’est Evil Corp.
La nuit, il se bat avec ses propres démons, la morphine qui est sa plus chère amie avec Alisson et entre deux séances d’hacking où il balance des pédophiles à la police, il voit une psy. Son rapport à sa psy est bien entendu complexe et Eliott n’arrive pas à s’ouvrir à elle, pas plus qu’à sa meilleure amie Alisson (mais qu’il a tout de même hacké pour mieux la cerner, tout comme sa psy). Bien sûr, comme de nombreux hackeurs, il a un discours intérieur vindicatif sur la société de consommation, les régimes politiques et économiques de la série qui ressemblent de très près à notre société occidentale existante.

Et tout bascule le jour où il rencontre Mr Robot qui lui propose de faire exploser littéralement Evil Corp via des moyens informatiques.

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La suite ? Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette série ni vous spoiler gratuitement (comme d’habitude, je vous conseille de fuir les sites Internet, dont la page Wikipédia qui vous spoilera aisément).

J’ai adoré cette série du début à la fin. En tant qu’anxieuse chronique, je me suis beaucoup reconnue en Eliott et j’ai réussi à surpasser mon agacement des 5 premières minutes. Il est vrai que j’aurai préféré voir une hackeuse ou alors un hacker de couleur mais la série réserve de légères surprises assez intéressantes sur les rapports hommes-femmes et les LGBT. L’équipe qui compose Mr Robot est également constituée de hackeuses dont une femme musulmane et je crois bien n’avoir jamais vu d’hackeuse musulmane dans toutes les séries et tous les films que j’ai vu, ce qui comporte donc en soit, une micro révolution.

Eliott n’est pas drôle, la série n’est pas drôle, rien n’est drôle. La série est même très anxiogène et étouffante tout le long. Mais Eliott nous parle, et pas seulement au sens figuré, comme pour se prouver qu’il n’est pas trop seul, qu’il a quelqu’un ou quelqu’une avec lui. Sans jamais briser le quatrième mur comme Franck Underwood dans House Of Cards, Eliott nous émeut et nous donne envie de le serrer dans les bras par sa fragilité, son angoisse des autres et finalement sa peur de lui-même.

La série suit plusieurs intrigues et plusieurs personnages au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire. Les plans, très souvent fixes et très beaux, quasi photogéniques n’ont pas été sans me rappeler House Of Cards à nouveau. L’intérêt de la série est donc aussi bien esthétique, politique que fantasmagorique.

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J’ai été émue par cette série qui m’a renvoyé à moi-même beaucoup de ma maladie. Si la série ne se concentre pas que sur cet aspect-là, elle est une excellente satire politique de notre monde moderne. Sans jamais tomber dans la facilité ou la médiocrité, empruntant à de nombreux films populaires (comme Matrix, V Pour Vendetta ou Fight Club), Mr Robot, qui n’avait rien pour me parler, a réussi à me surprendre et me bouleverser en 10 épisodes. Chaque personnage est fort, brillant, chaque jeu d’acteur dont celui de Rami Malek est merveilleux (et mérite un Golden Globe à mon avis).

Je ne saurais que vous conseiller d’y aller désormais les yeux fermés. Avec pour finir une petite citation d’Eliott :

« How do we know if we’re in control? And we’re not just making the best at what comes at us and that’s it? And trying to constantly pick between two shitty options, like your two paintings in the waiting room, or Coke and Pepsi, McDonald’s or Burger King, Hyundai or Honda? It’s all part of the same blur, right? Just out of focus enough to the illusion of choice. Half of us can’t even pick our own cable, or gas & electric, or water we drink, or health insurance. Even if we did, would it matter? If our only option is Blue Cross or Blue Shield, what the fuck is the difference? In fact, aren’t they the same? No, man. Our choices are pre-paid for us long time ago. »

LGrl7

 

(merci à Maxence pour la relecture)

Est-ce que Fear The Walking Dead mérite le détour ?

Il y a trois ans, j’ai lu avec passion les comics de Walking Dead. J’ai tout naturellement enchaîné sur la série qui a su me prendre aux tripes au fil des saisons. C’est donc en relative fan de The Walking Dead, série, comics et jeux vidéo confondus, que j’attendais ce spin off : Fear The Walking Dead. Ni une, ni deux, ni trois, votre humble servante s’est lancée il y a quelques semaines pour boulotter rapidement les 6 épisodes qui constituent cette nouvelle série.

Alors : est ce que FTWG mérite le détour ?

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FTWD se passe de nos jours, à Los Angeles. Si TWD suit les aventures de Rick au sein d’un monde post apo’ qui connaît déjà des heures sombres et l’omniprésence des zombies, FTWD fait monter la sauce en douceur. Autant dire que si vous attendez de l’action et du zombie dès le premier épisode : c’est raté. L’action se met doucement mais sûrement en place via une famille recomposée et mixte. On y suit donc avant tout la famille de Madison qui a deux enfants, Nick et Alicia. Madison est remarié à Travis qui a pour enfant Chris. L’action du pilote se concentre principalement sur Nick, jeune héroïnomane tandis que la ville s’éveille doucement au son de quelques sirènes de police et d’hélicoptères au loin. Les zombies ne sont pas encore là mais on les sent en arrière-plan, prêts à intervenir et à frapper.

Il ne se passe pas grand-chose pendant trois épisodes. Et puis soudain la tension monte crescendo, les zombies arrivent, les réseaux sociaux et les écrans se font vecteurs d’images qui interloquent, personne ne semble comprendre ce qui se passe à commencer par nos héros, Madison et Travis.

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Et malheureusement à part Nick, aucun de ces personnages n’est franchement intelligent. Confrontés à des zombies, tous se révèlent vite incapables de se défendre, de comprendre ce qui se passe, de savoir comment (et s’il faut !) tuer ces morts vivants. Seul Nick semble réussir à montrer un minimum de jugeote et pour cause : il a été un des premiers personnages de la série à avoir été confronté à un zombie.

FTWD est lent, très lent, trop lent. J’ai essayé d’être indulgente mais j’avoue que le tout m’a diverti sans me passionner et j’ai besoin de ressentir une passion folle devant une série, d’être transportée, d’avoir envie de dévorer la suite. Mais FTWD m’a plutôt surprise et donné envie de voir la suite malgré mon manque de gourmandise : certes ce n’est pas la série de l’année, ni une série folle mais on reste surtout pour Nick, pour voir comment ces personnages évoluent. On reste aussi parce qu’on se demande où la série nous mène jusqu’à l’épisode 6, étant donné que celle-ci se concentre beaucoup sur l’aide de l’armée, et que les survivants-es ne sont pas laissés-es seuls-es comme dans TWD.

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Alors, est ce que FTWD mérite un détour ? Oui si vous aimez TWD, si vous êtes axés sur la psychologie des personnages plus que sur l’action pure et si vous avez aimé les jeux de Telltale.

A coup sûr, une série un peu lente mais dont, je l’espère, la saison 2 sera plus prometteuse.

Un petit mot sur : la saison 3 de Masters of Sex

J’inaugure ici une nouvelle catégorie de blog « un petit mot sur ». Réactions à vif, cette catégorie me permet de partager très rapidement certains de mes post ou tweets que je condense ici sur une série dont je viens de finir la saison. Cela permettra également de vous faire partager sur le vif toujours, si vous pourriez vous passer d’une saison d’une série que vous suivez ou au contraire la dévorer assez rapidement !

J’ai enfin finis Masters Of Sex saison 3. Il n’y a pas à dire, cette saison était bien meilleure que les autres mais surtout par la narration et la tension crescendo. Le jeu des acteurs est merveilleux, le propos intelligent, la tension dramatique bien menée.

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Malheureusement, si la série est vraiment prenante, on se rend de + en + compte que Bill est un horrible connard (pardonnez moi l’expression) manipulateur abusif avec les femmes et surtout avec Virginia ainsi que Libby. Virginia et Libby qui,  soit dit en passant, sont deux personnages féminins extrêmement opposés et pourtant très intéressant (mon cœur balance vers Libby, mais parce que je suis l’amie des chatons fragiles).Outre le fait que la saison 2 a flanché salement sur la représentation des femmes grosses et des asexuels-les ( même si on peut penser que le parti prit de « guérir » l’asexualité était dû à un choix social historique, l’asexualité étant toujours perçu comme une maladie de nos jours), la série romance beaucoup trop le comportement abusif sentimentalement, psychologiquement, sexuellement et professionnellement de Bill Masters. Cette saison démontre bien que + Virginia devient indépendante, moins Bill Masters supporte qu’elle s’éloigne de lui.
Je ne parle même pas des violences sexuelles et du fait que Virginia est quand même perçue par sa fille comme une salope qui couche avec plein d’hommes et dont la fille en paye les conséquences de manière dramatique : trigger warning sur plusieurs épisodes comportant des scènes de violence sexuelle également à ce propos.

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Au final une saison en demie teinte : si j’ai apprécie et apprécie toujours cette série pour le contexte social historique présenté, pour le jeu des acteurs, pour la narration et l’écriture, pour les personnages féminins (et queer !), la série me donne la désagréable sensation de romancer des violences sexuelles et romantiques à l’égard des femmes. En demi teinte, à suivre les yeux ouverts.

Pourquoi Sense 8 mérite d’être vue.

C’est la fin de l’année, et j’ai donc pu joyeusement balancer mes copies par la fenêtre et me gaver de séries : que Dieu bénisse Netflix et le temps alloué à pouvoir m’adonner à ma passion favorite !

Au mois de juin, tout le monde ne parlait que de Sense8, qui était présentée comme LA prochaine série de SF à voir absolument, conçue par les géniaux Andy et Lana Wachowsky qui ont tout de même conçu Matrix – si vous connaissez vos classiques.
Une fois n’est pas coutume, en bonne sériephile addict, j’ai tenté de comprendre pourquoi et comment autant de gens peuvent aimer une production télévisuelle, et surtout curieuse de ce que Netflix nous a encore pondu, je me suis lancée à l’assaut du bébé de 12 épisodes. 12 épisodes, c’est pas grand chose quand on sort de 6 saisons de The Good Wife a raison d’environ 22 épisodes par saison, alors allons-y.

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S’il fallait définir Sense8, je dirais que le mot « amour » serait un bon sous-titre général. Toute la série transpire la bienveillance, l’affection, l’amour entre les personnages.
L’histoire, en résumé : 8 personnes arrivent à communiquer entre elles au travers de la planète sans avoir besoin de se rencontrer physiquement. On les appellent les « sensitiv ». Bien entendu, ces 8 personnes sont ultra spéciales et une organisation secrète rêve de mettre la main sur chacun et chacune d’entre eux et elles. L’intérêt de la série repose sur le fait qu’on suit les 8 à travers leur vie, leur histoire mais aussi leurs enjeux personnels.

Et ce n’est franchement pas de tout repos ! Ca castagne dans tous les sens : il y a du sang, des gens qui se tirent dessus, qui se frappent… et des accouchements en frontal – vous êtes prévenus, surtout si vous êtes phobiques, comme moi, des accouchements). Bref, Sense 8, c’est pas très joyeux dit comme ça. Mais voilà, c’est bienveillant.
Bienveillant à commencer par le fait que la série a voulu représenter plusieurs LGBT et personnes de différentes couleurs de peau : on a une femme transgenre, un homme gay et latin, un homme noir, une femme asiatique, une autre femme noire et lesbienne, etc, etc.
La série a voulu réellement laisser place aux différences de genre, d’identités sexuelles et de couleur de peau et autant dire que ça fait du bien. Ça fait du bien de voir des couples LGBT qui s’aiment, se désirent, ça fait du bien de voir des personnes de couleurs respectées dans leur culture et leur particularité sans tomber dans le cliché et la caricature. Ça fait du bien de voir autre chose qu’uniquement l’homme blanc hétérosexuel sauveur du monde.
Le seul petit bémol à cette série, c’est la prédominance de l’anglais : tous les sensitives parlent anglais et se comprennent via l’anglais. J’imagine que c’était un raccourcis choisi par facilité – les sensitives se comprennent cela dit aussi sans barrière de langue respective.

 

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Globalement, la série met du temps à démarrer. J’avoue qu’à l’épisode 6, je n’étais toujours pas convaincue par ce que je voyais, je n’arrivais pas vraiment à m’immerger pleinement. Il y a une trop grande facilité d’interaction entre les sensitives qui m’a surprise malgré la bienveillance entre eux et en même temps, l’histoire générale nous laisse pas mal de temps dans le flou.
Et puis soudain, vers l’épisode 9, les choses décollent follement. L’originalité, c’est que chaque sensitive est dans son pays et sa ville d’origine, chacun et chacune avec ses problèmes mais c’est leur rencontre, leur particularité commune qui fera leur force. C’est difficile de dire quel•le sensitive j’ai le plus aimé, mais le choix de mon cœur se porte tout particulièrement sur Riley qui a la palme de la poisse – je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. Chaque sensitive est émouvant à sa manière au final.
La série se dénoue véritablement au dernier épisode et les sensitives s’apprivoisent enfin dans les derniers épisodes.

Sense8 n’est pas une série que j’ai adoré comme j’ai pu adorer d’autres séries qui m’ont rendu complètement accro au point de me dire « allez, encore un épisode et je dors ». Mais l’ensemble est si bienveillant, si touchant et l’amour qui découle entre chaque personnages m’a tant touché que je ne peux que vous recommander cette série. On sent que les Wachowsky ont voulu, dans toute cette série assez dramatique et violente, montrer une solidarité, une force entre des gens si différents qui ne se connaissent même pas, montrer qu’il est possible de surmonter les barrières des différences d’origine, d’orientation sexuelle, de genre et que ces différences sont finalement une richesse pour le groupe des sensitives.

Alors allez-y.

(Et puis il y a les meilleures scènes de sexe du monde !)

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