Etre féministe et être fan de séries TV : non, le sexisme n'est pas négociable.

Rha ces féministes fan de pop culture, elles cherchent vraiment la petite bête. Salut à toi lecteur/lectrice de passage  ! Aujourd’hui on va parler d’un de mes média favoris  : les séries télés. Je regarde des séries télés depuis quelques années mais avec un œil critique et féministe depuis deux ans environ et… malheureusement, certaines personnes n’aiment vraiment pas que vous soyez féministe et portiez un œil critique sur ce qui est considéré comme «  juste une série  ». Je pourrais parler durant des heures de Buffy, True Blood, Supernatural, Grimes, BattleStar Galactica, Docteur Who, Sherlock Holmes et tous leurs joyeux camarades qui sont sur mon PC, emplissent ma tête, mon cœur et mon tumblr. Mais je voudrais plutôt parler de ce que c’est d’être une féministe fan de pop culture.
Parce que les séries TV sont un média vu comme un «  loisir » pour «  divertir  » et que je les analyse tout en les appréciant (ou non), la société n’aime pas trop ça (et parfois mes amis-es qui en ont marre que je leur parle de Buffy pour la 150e fois dans la journée mais ça c’est un autre sujet). Je suis confrontée aux mêmes remarques incessantes sur cette passion vue à travers un œil militant, que cela soit sur internet ou dans la vie de tous les jours. J’ai donc décidé d’y répliquer une bonne fois pour toutes, étant donné que j’aime les séries et que je suis féministe, en espérant également que cet article parle à des amis-es militants-es et fan de pop culture. Nous verrons vite que certains arguments contre une analyse critique des séries sont aussi utilisés pour des jeux vidéos, des films, des comics etc.
Je ne m’attarderai pas sur le fond de chaque série, je m’en sers uniquement à titre d’exemple.

Bref, décryptons un peu les ressorts de cet argumentaire un brin classiques :

1 -L’argument « c’est l’histoire qui veut ça »  :(lorsque que vous êtes confronté-e à un storyline sexiste, discriminant et prétextant fond socio historique)

C’est probablement l’argument que je déteste le plus. J’ai regardé le mois dernier une série qui s’appelle Copper . Outre le fait qu’elle ne soit pas très originale, Copper est bourrée de prostituées, de femmes qu’on viole, agresse, de slut-shaming. (Un article en anglais relate très bien le problème ici). Bref, les femmes ne sont pas vraiment actives dans toute cette série mais plutôt victimes des hommes, de la violence masculine et d’une violence sexiste. Le problème dans ce genre de série sur fond historique, c’est qu’on ne peut PAS se cacher sur « c’est l’époque qui veut ça ». Déjà parce que c’est souvent faux et que c’est soit de la paresse intellectuelle soit un vrai mépris pour l’histoire des femmes et du genre. Vous trouverez en librairie, sur amazone et même sur internet des références sur les femmes comme actives dans l’histoire et non juste « victime de ». De plus, si vous partez du principe que dans une série sur « fond historique » comme Copper, Ripper Street ou Downton Abbey, vous êtes avant tout dans la fiction, vous êtes alors vraiment libre d’écrire ce que vous voulez. Vous ne pouvez donc pas vous cacher derrière l’argument « c’est l’histoire qui veut ça » quand c’est juste de la paresse voir parfois une vision caricatural de l’Histoire. Ou assumez alors que c’est une histoire uniquement du point de vue hétéro blanc masculin et cis genre et rien d’autre.
Une série comme Game of Thrones se produisant dans un monde médiéval fantastique propose différentes représentations de femmes (et d’hommes) et personne n’y trouve à redire (même si la série n’est pas parfaite sur certains points). Une série comme Mad Men arrive elle aussi très bien à dénoncer le sexisme tout en s’imposant comme une série dramatique de qualité. En tant que fan de séries, nous attendons donc beaucoup mieux qu’une soit disant forme de simplicité historique souvent fausse.

2 -L’argument « c’est du divertissement /C’est juste une série » « tu te prends la tête » :

Depuis quand le divertissement ne peut-il être réfléchi ? Depuis quand ce qui est de l’ordre du divertissement doit-il nous prendre pour des idiots-es en partant du principe que le spectateur – la spectatrice est forcément quelqu’un de moindre qui n’a pas envie de réfléchir   ?

Pourtant ne pourrait-on pas réfléchir face à ce qui nous divertit ? De nombreux exemples nous prouvent que cet écueil peut être évité, sans jamais remettre en cause les qualités (scénaristique, visuelle, etc.) de la série. True Blood traite parfaitement bien du sort des personnes discriminées / minoritaires dans la société. Downton Abbey arrive très bien à nous montrer les prémisses d’un féminisme et d’un empowerment féminin dans un milieu noble et patriarcale. Les séries (au même titre que l’humour) ne sont pas en «  dehors  » de la société  : ce n’est pas parce qu’on nous les propose que nous devons les prendre comme tels. Si en tant que fan, nous contestons certains aspects d’une série, c’est justement parce que nous attendons de ce qui nous divertit quelque chose de beaucoup mieux, quelque chose de qualité, quelque chose qui peut divertir et militer et il n’est nul besoin de mettre en gros le terme «  féminisme  » sur une série pour qu’elle le soit. Buffy, qui est une de mes série préférées y arrive parfaitement et a justement eu un impact considérable sur le public, notamment du fait de son féminisme .

Ce qui nous divertit semble être pour beaucoup de gens «  juste» un divertissement. Mais alors pourquoi y a-t-il des études culturelles, des thèses sur ces séries télés, leurs réceptions, leurs intentions, leurs publics ? Pourquoi existe-il tant de blogs sur les séries, des fandoms féministes de lecteurs-trices de ce type de média qui les regardent avec un œil critique ? Lorsque je me divertis, je n’attends pas à ce qu’on me lave le cerveau mais à ce qu’on me donne aussi quelque chose de qualité. Et on peut parfaitement faire passer des idées progressistes, des situations intéressantes et de bons personnages dans des séries télés. Je ne pose pas mon cerveau pendant que je me divertis.

3-L’argument «  tu vois du sexisme là où il n’y en a pas  »

Vous avez remarqué  : les gens n’aiment vraiment pas qu’on dénonce le sexisme dans la société mais encore moins dans ce qu’ils considèrent comme un simple divertissement. Le problème quand on est féministe, c’est qu’on le voit. Et on le voit parce qu’il est là, parce qu’on le vit et qu’on le retrouve dans ce qu’on aime. On le voit peut-être aussi parce qu’on est une femme / une personne LGBTIQ / une personne non blanche / concernée par le sexisme, le racisme, l’homophobie et les discriminations. Donc non, on «  s’invente pas  » une discrimination, on ne se «  victimise pas  »  : on le voit parce qu’il est réellement présent dans notre univers et parce qu’il fait partie de notre quotidien. J’ai personnellement arrêté de regarder How I Met Your Mother par exemple car c’est une série qui condensait beaucoup trop de violences discriminantes à mes yeux  ; violences que je peux voir car je suis concernée par ce sexisme et j’estime que ma parole a aussi son importance dans ce que je regarde.

4-L’argument « c’est de l’humour »:

Oui alors on a déjà parlé de ça plusieurs fois mais je vous invite chaudement à lire ces deux articles ici et ici du sociologue Denis Colombi qui résume beaucoup mieux que moi ce qu’est l’humour. On peut faire du très bon humour. L’humour, ce n’est pas un truc vide de sens, né de nulle part. C’est toi, moi, nous et vous qui faisons l’humour comme la société.

5-L’argument « il y a une femme forte donc arrête de râler, ça suffit à ce que ça te convienne ».

Tss, non. J’aime beaucoup Buffy. comme je viens de le dire, et j’entends régulièrement cet argument à propos de cette série. Mais si Buffy est une série complètement géniale, ce n’est pas JUSTE parce qu’il y a une femme « forte  ». D’ailleurs faire une femme « forte » ne suffit pas franchement à faire une bonne série, sinon Predators 3 (dans le registre du cinéma) serait un excellent film parce qu’il y a une femme noire un peu bad ass. Non, ce qui fait le succès d’une série comme Buffy, c’est la qualité, le tout, c’est une diversité de représentations féminines (et masculines), un scénario génial, un message à plusieurs lectures et pour beaucoup de personnes différentes (que vous soyez militants-es ou non). Donc non, je ne suis pas satisfaite quand il n’y a un personnage féminin « fort » et quand ce personnage a été juste placé pour que je ferme mon bec de féministe. Ça ne me suffit pas vu que je veux une œuvre de qualité autrement qu’en me donnant une femme en pensant que cela puisse me satisfaire, me faire taire. Si la « femme forte » est juste un faire-valoir pour ne pas être taxé de sexiste, ça ne suffit pas franchement.

6-L’argument « c’est pour dénoncer le sexisme ».

Haaaaa cet argument. Une pépite. Pour dénoncer quelque chose, il faut avoir du recul. Pour dénoncer quelque chose via l’humour, il faut se moquer de la discrimination, du sexisme, racisme, de l’homophobie et non de la personne qui est victime de discrimination. Une série comme Mad Men (à nouveau) arrive très bien à montrer un climat social de sexisme tout en le dénonçant, en articulant les relations de pouvoirs entre personnes discriminées ou discriminantes. Sur un autre registre, Game of Thrones y arrive plus ou moins sur certains aspects mais y échoue en surchargeant le tout de prostituées et de scènes de sexe sans autre intérêt que d’attirer le male gaze (chose que le livre fait beaucoup moins). Je ne suis pas certaine que Supernatural dénonce le sexisme lorsque son protagoniste principal, Dean Winchester, s’amuse à harceler tout ce qui bouge et fait une blague machist eà chaque femme qui passe étant donné qu’on éprouve beaucoup plus de sympathie pour le héros que les femmes selon l’angle de la caméra. En revanche, Buffy y arrive très bien lorsque Joss Whedon fait dire à Willow qu’elle préfère avoir le droit de vote qu’une époque patriarcale où les femmes étaient uniquement reléguées au rang de princesse et d’objet de désir.

7 -L’argument « ce n’est pas une histoire vraie donc c’est pas grave »:

Si ce n’est pas une histoire vraie, c’est donc une fiction ? Si c’est une fiction, pourquoi ne pas laisser libre cours à son imagination ? On en revient au point 1. (A propos d’une série très bonne sur les rôles de genre et la diversité ethnique et sexuelle, je ne peux que vous conseiller la série Real Humans… qui est une excellente fiction pour le coup.) Pourquoi se satisfaire de médiocre quand, justement, le recours à la fiction permettrait d’aller de l’avant  ? Arrêtez cinq minutes de prendre les spectatrices féministes de séries TV pour des idiotes.

8-L’argument « Ben oui du coup l’univers est plus réaliste »

Cet argument pourrait parfaitement rejoindre l’argument numéro 1 mais il se distingue car il mêle à la fois vrai et faux. Nous savons parfaitement que la société est pleine de discriminations et de violences et pas juste envers les femmes. A partir de là, on peut très bien vouloir dépeindre un monde rempli de ces caractéristiques mais encore faut-il s’en éloigner. Si vous êtes dans le cas de Mad Men, on se situe proche d’une réalité, d’une époque où des femmes tentaient d’avoir du pouvoir par le peu de moyens que lui offrait le patriarcat. Nous savons parfaitement que l’Histoire, même si elle présente pléthore de femmes indépendantes, fortes, différentes, courageuses a aussi fait de nous des victimes et nous le sommes toujours étant donné que nous sommes dans un système patriarcal. Sauf qu’en tant que féministes, nous sommes pour une utopie radicale. Nous considérons que nous pouvons aussi avoir notre mot à dire sur ce qui est de l’ordre de la fiction étant donné que nombres de femmes sont actrices, réalisatrices même si beaucoup plus invisibilisées que les hommes. A partir de là, nous sommes à la fois actrices de ces médias par leur réalisation et par le fait d’en être spectatrice / fan. J’estime donc avoir mon mot à dire sur ce que je regarde. Parce que je ne vois pas ce qu’il y a de réaliste dans une série qui parle de vampires qui boivent du True Blood ou qui harcèlent des jeunes femmes, où la magie opère, avec des loups garous qui s’entre déchirent, avec une entreprise de publicitaire créée de toute pièces ou basée sur la légende de Jack L’éventreur.

La vérité, c’est que les scénaristes tirent du réel ce qui les arrange, partant du principe que le public est bête et qu’il n’a pas besoin qu’on le fasse réfléchie… ou pire, que ce qu’ils gardent du réel (mécanismes sexiste, raciste…) n’a pas lieu d’être remis en question « puisque c’est comme ça ». C’est non seulement me et nous mépriser, mais c’est aussi se fourvoyer sur la « réalité ». Parce que si nous sommes plusieurs, beaucoup, nombreux-ses à contester une forme de réalité que nous voyons dans une série, c’est aussi que nous en attendons beaucoup, beaucoup mieux que cette paresse facile.

9 -L’argument « C’est pas parce que je regarde cette série que j’ai tué / violé quelqu’un-e  ! ».

Personne n’a dit ça et certainement pas moi. Parce que, comprenez bien, même en tant que féministe, nous pouvons adorer des séries imparfaites. Je suis fan de Supernatural et je connais quelques fans féministes de Supernatural alors que le niveau de sexisme et de machisme du personnage principal est incroyable. On ne vous dit pas que vous êtes un monstre parce que vous appréciez une série imparfaite ou emplie de discriminations, on vous donne juste un message. Etre féministe, c’est laisser ce petit message sur votre répondeur  : hey, j’ai vu ça dans cette série et c’est vraiment pas cool, voilà, tu en fais ce que tu veux. Évidemment, nous souhaitons vous sensibiliser et si vous avez l’impression d’être oppressée de femmes qui pestent contre les discriminations dans les séries, c’est peut-être aussi parce qu’internet nous offre une tribune et que nous voulons aussi occuper ce lieu de pouvoir et montrer que nous avons quelque chose à dire. Nous aimerions être écoutées. Personne ne vous force à apprécier ou détester telle série. Mais vous devez avoir à l’esprit que beaucoup de gens ne voient pas forcément ce que nous voyons et nous pensons avoir une influence sur la société, les médias de divertissement, l’éducation et les rapports entre hommes – femmes, noirs-es – blanchs-es, hétéros -homo, cis genre ou transgenre. Les séries sont un média de masse et c’est sous-estimer leur portée (bonne ou négative) que de penser qu’elles n’ont aucun impact – même minime – sur leurs spectateurs-rices.

10 -L’argument « t’as qu’à regarder autre chose »  :

Et pourquoi je devrais regarder autre chose ? Si je conteste cette série, c’est aussi comme je viens de le dire, parce que je pense qu’elle a une influence sur le public et que cette influence peut être bonne ou mauvaise. Si j’ai une analyse critique également, c’est que j’aime peut être cette série en dehors de ce sexisme (Supernatural mon amour) et donc j’en attends tellement mieux. Parce que je pense qu’il existe de très bonnes séries en dehors du sexisme, du racisme, d’homophobie mais que ces discriminations viennent pourrir toute l’histoire. Alors non, je ne regarderai pas « autre chose » pour faire plaisir à la société parce que je ne veux pas me taire sur ce qui ne me convient pas. Parce que la société me demande de m’exclure sciemment, parce que mon message dérange alors que c’est cette même société qui devrait peut-être aussi se remettre en question sur le sexisme dans ce qu’elle nous propose et qu’elle estime de qualité.

J’aime les séries pour tout un tas de raisons et j’y reviendrai certainement dans un autre article en parlant notamment de Buffy. Et c’est justement parce que je les aime que je les voudrais meilleures, que je pense qu’elles ont quelque chose à me dire.
Cet article est écrit de mon point de vue : soit celui d’une femme blanche cis genre et queer, mais vous pouvez trouver tout un tas d’analyses sur internet de personnes non blanche, non cis genre et se sentant mal représentées dans une série alors que fan de cette – ces dernières. Tumblr est une mine d’or de fandoms, de créations, d’écrits de jeunes militants-es. Cet article veut aussi vous montrer que ce n’est pas parce des séries sont emplies de préjugés, de sexisme, de choses discriminantes qu’elles sont forcément mauvaises ou que vous ne devez pas les regarder. Gardons juste un œil sur ce que nous apprécions. Il est important de dénoncer mais il est aussi important de se réjouir en tant que fan de la place que prends un média dans notre vie et c’est pour cela que nous parlerons de Buffy dans un prochain article.

Ghost in the Shell – "Où vais-je aller ?! Je me le demande"

Je ne sais pas comment j’ai pu rester aussi longtemps sans voir ce bijou d’animation qu’est Ghost in the Shell. Mais samedi soir, je me suis lancée et je n’ai pas vraiment regretté. Pour une curieuse de science fiction et de monde imaginaire comme moi, je n’ai forcément pas été déçue.

Ghost in The Shell I.

Ghost in the Shell intervient dans un monde cyber punk où les humains sont devenus cyborg. Leur cerveau contient un Ghost, un réceptacle d’informations cybernétique, connecté à un réseau commun. Le Ghost est alors une forme d’âme qui différencie humain de cyborg, bien que plusieurs humains possèdent un Ghost sans avoir un corps pour autant biomécanique. Le Ghost peut être amélioré, changé, effacé, développé. On se demande dès lors ce qui est réel de ce qui ne l’est plus, où commence et où s’arrête sa réalité. Du moins, c’est une question qui n’a cessé de me tarauder durant tout le film.
Dans ce premier film, l’héroïne principale, Motoko Kusanagi fait partie de la section d’élite. Mokoto, accompagnée de Batou tente de trouver le Puppet Master, ce qu’ils pensent être un cyborg comme eux et qui prend le contrôle du Réseau Central où interagissent toutes les données entrant dans les Ghost. Mais ce qu’ils pensent être un cyborg se révèle une vie artificielle (AI) née des données échangées dans le réseau central. Dès lors, cette AI ne souhaite cependant pas se reproduire comme un virus mais bien entrer dans le corps d’un cyborg, afin d’incarner une nouvelle forme de vie, d’être en symbiose avec…

Le film pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses mais ce n’est pas quelque chose qui m’a gênée : j’aime bien qu’on me laisse trouver mes propres réponses. L’une de mes questions a sans doute renvoyé à une angoisse personnelle : qu’est ce qui nous lie encore avec l’humanité quand même notre cerveau est bionique et inter connecté quasi constamment ? Quand vos yeux, vos mains, vos bras sont interchangeables dans l’heure ? Mokoto est à mes yeux fascinante et terrifiante. Fascinante parce qu’elle incarne un personnage féminin fort, qui n’hésite pas à mélanger son Ghost avec l’IA qu’incarne le puppet master afin de créer un tout, un « autre » au-delà du cyborg et de l’humain. Mais terrifiante car elle semble au-delà de moi, de nous, de nos sentiments. Et d’ailleurs ces sentiments, sont-il vrais ? Ne sont-il pas un autre produit de données qu’on aurait injecté dans notre Ghost ? Mokoto est une némésis personnelle : le désir d’hyper rationalisation, effacer les derniers traces d’humanité, de réalité avec l’union du Puppet Master. Ne plus rien ressentir, être au-delà de soi, se mêler à un grand tout.
Le cyborg est cet Autre vers lequel la société tend mais contre lequel nous sommes terrifiés, embourbés dans une idée de corps « naturel » et identifiable à tout prix. Le cyborg est ce freak , ce queer délicieux auquel on rêve mais qui pourtant me chagrine un brin ici : que reste-t-il vraiment de nos émotions dans cet amas de câble, de surpuissance ? Fascination et inquiétude à la fois : la jouissance de ne plus rien ressentir d’identifiable.

Le personnage du Puppet Master m’a interpellée lui aussi, Un corps féminin cis genre, des organes génitaux féminin mais un visage plutôt androgyne, presque angélique. Il m’a évoqué un de ces ange queer, bizarre, ni masculin, ni féminin. Sa voix sonne pourtant comme une voix masculine : alors qui est-il ? Il n’est ni humain, ni cis genre, ni trans genre, ni trans bionic, ni cis organique, il semble par dessus tout. Il est d’ailleurs intéressant parce qu’il s’incarne en Mokoto qui est une femme cis genre (cis bionique ?) pour former cet autre qui inquiète mais me rassure pourtant parce qu’il ne dégage pas quelque chose de malfaisant.
Plusieurs scènes sont vraiment intéressantes. Dans l’une d’elles notamment, Mokoto part faire de la plongée mais Batou s’inquiète vite : n’a-t-elle pas peur de tomber en panne ? Juste avant de remonter à la surface, un double refletté par l’eau apparaît à Mokoto. On revient encore à cette question de l’autre, du soi (sans T), de ce Ghost qui se lie à la conscience. La conversation qui s’ensuit avec Batou est intéressante alors parce que les deux cyborgs évoquent leur condition : après tout, même un corps cybernétique n’empêche pas de rêver.

Au niveau des rôles de genre, Mokoto est l’élément féminin central. Elle est plusieurs fois présentée nue lorsqu’elle utilise son camouflage ou lorsqu’elle interagit avec le Pupper Master. Je ne sais pas si l’on peut réellement contester cet aspect d’une héroïne forte sans cesse ramenée à son corps nue. Parce que Mokoto, et finalement chaque personnage semble s’étendre au-delà du genre et de l’humanité toute entière, mais aussi parce que le corps de Mokoto n’est plus un corps en soi : tout juste une enveloppe charnelle rectifiable, transformable, jetable, comme les pièces d’une machine. Le corps n’est qu’un prétexte à interagir avec autrui dans des codes sociaux humains convenable : j’ai un corps donc je peux interagir ? Mokoto doute d’ailleurs plusieurs fois de son humanité, on doute avec elle. Finalement, on se dit de manière un peu idéaliste que douter, c’est peut-être encore le signe d’une trace d’humanité par la remise en question de soi.

Ghost in the shell II – Innocence.

Ghost in the Shell II se passe quelques années plus tard, après les événements du Pupper Master et de la symbiose avec Mokoto. Le major Mokoto a depuis disparu et l’histoire se concentre sur Batou, l’acolyte de cette dernière. Batou est accompagné de l’humain Togusa et enquête sur des gynoides, des robots destinées aux plaisirs sexuels, enfreignant sciemment les lois de la robotique d’Assimov en agressant des humains avant de se suicider.

Techniquement, GITS est d’une beauté à couper le souffle. Je suis restée comme une gamine devant l’évolution des graphismes, de l’animation. 9 ans ont passé depuis le 1er volet et ça se ressent bien.
J’ai sincèrement regretté que l’histoire ne se concentre plus sur Mokoto mais Batou est un personnage masculin intéressant. De prime abord, je l’ai trouvé trop froid, trop viril, trop « humain ». Mais il y a une scène qui est venue chambouler tout mes a priori et qui semble avoir plu à pas mal de fans, c’est la relation de Batou avec son chien. Un véritable chien, sans composantes mécaniques, sans circuits imprimés, sans fils. Dans ce monde cybernétique, le chien de Batou semble être ce qui le relie encore à une part d’humanisme, une forme de « je ressens donc je suis ». J’ai compris après que, comme Mokoto, lui aussi avait peur de perdre son humanité et que le chien incarne ainsi l’affection véritable, sans détour, non programmé d’un être vivant et bienveillant.
Batou a un visage qui transpire l’affection et la peine qu’il a d’avoir perdu Mokoto dans le grand Réseau d’Informations. On sentait déjà dans le 1er volet quelque chose de troublant, de bienveillant à l’égard du Major Mokoto. Ce n’était pas quelque chose d’oppressant ni le rôle d’un preux chevalier masculin qui vient aider une jeune femme en détresse, plutôt un rapport pudique. Mokoto n’est malheureusement plus là et est simplement évoquée sous l’aspect d’un « ange gardien » pour Batou.

Le film fourmille de références littéraire, il y a là à boire et à manger pour qui le veut. On trouve du Confucius, du Asimov, du Villier de l’Isle-Adam , du Platon, du Descartes. Comment ne pas d’ailleurs évoquer Descartes dans son « je pense donc je suis » qui ici ne semble plus avoir son sens initiale : comment être certain d’être soi, son existence, sa constance quand chaque chose peut être une donnée programmée envoyée dans votre Ghost et donc créer de toutes pièces ? Ce second film n’apporte pas davantage de réponses, il questionne même beaucoup plus.
Une petite mention spéciale bien entendu à l’un des personnages nommé Haraway, en hommage à la cyber féministe Donna Haraway et son Cyborg Manifesto.

Je ne regrette donc vraiment pas d’avoir vu cette œuvre magistrale du cyber punk de l’animation japonaise et ne peux que la recommander. Ghost in the Shell représente vraiment une part importante de la culture populaire et à mon sens du cyber féminisme, interrogeant sur des questions d’identité, de genre et, finalement, d’humanité ?

[ Trigger warning ] Tu seras violée meuf.

D’abord, il y a eu les coups et les humiliations. Ça a duré longtemps, ce fut très long. Il y a eu les tribunaux et la première fois : la peur de mourir après l’étranglement. Les étoiles qui dansent et le ciel qui devient jaune. Il a fallut plusieurs années pour que je me révolte. Il me disait qu’il allait me frapper, je me révoltais et lui rétorquais de le faire. La violence a été mon lot quotidien pendant 10 ans. Un cauchemars sans fin. Une violence sexiste, misogyne, patriarcale : celle d’un père envers sa fille comme des milliers de gosses battus et humiliés qui l’auront sûrement cherché. De l’humiliation sur mon corps, mon esprit. Jamais bien, jamais parfaite. Parce qu’une petite fille, puis une ado’, puis une femme. Tu l’a cherché. Ensuite il y a eu la première fois, le viol. J’ai fermé les yeux et je lui ai dis d’arrêter. Il m’a dit « il faut bien que je me vide les couilles ». Je n’ai rien dis de plus. Il fallait bien qu’il se vide les couilles. Il faut bien qu’ils se vident les couilles. Je me suis juste demandé si ça avait lieu le lendemain matin. J’ai classé l’affaire : j’avais déjà connu la violence, ça ne pouvait pas se reproduire. La peur de mourir, elle avait pointé. Mais si sommairement, que je n’y avais pas cru. De toutes manières, je l’avais sûrement cherché. Et puis il y a eu la tentative de viol. La peur du viol a jaillit, m’a frappé au visage. Il m’a fallut sortir de moi pour lui dire « mais tu vas pas me violer quand même ?! » quand je lui ai dis d’arrêter d’essayer de m’arracher mon pantalon. La peur du viol, peur de mourir. Un jour, il m’a dit « tu m’a alpagué chez toi, c’est pas pour rien ! » pour se dédouaner de son comportement. C’est vrai, je l’avais invité chez moi. Alors, je l’avais sûrement cherché. Entre temps il y avait le harcèlement. Les insultes. Les regards . Tu baises, tu suces, tu vas où, tu fais quoi. Tu lèches hein ? Salope, pute, pétasse, connasse, salope, salope, salope. Tu fais ta mijaurée mais avec ma queue dans la bouche, tu diras plus rien. Sale gothique, t’es bien chaudasse là. Bouffonne. T’es bonne. Salope. Quotidiennement, régulièrement, constamment. Matin, midi, soir. En jupe, pantalon, short. Baskets, New Rock, pieds nus. Mais je devais à nouveau le chercher.

En tant que féministe, on parle beaucoup du viol, du harcèlement, des agressions. De ce pouvoir, ce privilège masculin. On le théorise, on lit des écrit de grandes féministes, on en écrit nous même. On se dispute sur la forme parfois. Mais toujours on y revient : le viol, il est là, omniprésent et il nous tient en joue. Ils peuvent presser la détente et on peut crever en un instant. On doit se battre, l’évincer, l’éventrer, lui donner un énorme coup de New Rock ou d’un bon bouquin dans la figure. Renverser la violence, se soutenir, s’armer, se défendre, parler, faire des espaces safe, extérioriser. Balancer cette peur loin. Et puis, ça arrive. Et on est pas prête.

Ce soir là, je devais partir en voyage scolaire. Un voyage prévu depuis un mois et demi. J’avais validé mon semestre. J’étais aimée. Pas de conflits, pas d’ennuis. Tout allait bien. J’allais découvrir une nouvelle culture et tout irait à merveille. Il a surgit de nul part alors que je cherchais à faire une photo de mon sac de voyage pour Instagram. J’ai sursauté très faiblement car il faisait nuit et qu’il avait une allure suspecte. Mais mon cerveau a rationalisé subitement mon instinct qui me disait que ce type, avec son écharpe sur le visage et son bonnet sur la tête, était louche. Il m’a dit « pardon, je voudrais voir les horaires ». Je me suis assise sur le banc, et j’ai pianoté machinalement sur mon portable. Je ne sais pas pourquoi j’ai levé la tête. Je trouvais qu’il était trop proche. Mes yeux sont tombé sur sa queue qu’il branlait frénétiquement, sauvagement. Entre le moment où il m’avait demandé de me pousser du panneau et où je m’étais assise, tout était allé si vite. Mon cerveau a soudain basculé dans un monde de terreur que je ne pensais pas revivre. Je me suis levée d’un bond, incapable de réfléchir, j’ai hurlé. Hurlé comme une bête et courus vers le passage piéton pendant qu’il s’enfuyait dans les bois. Je me suis mise à pleurer, haleter. Des étudiantEs sont arrivéEs vers moi, j’ai touché le bras de l’une d’elle que je connaissais pour être une camarade de classe en bégayant. Incapable de parler. Incapable de raisonner. La peur du viol avait jaillit soudainement, à nouveau. La peur de crever. Quand mes yeux étaient tombées sur son sexe qu’il branlait comme un porc juste à côté de moi, j’ai pensé « il va t’éjaculer à la gueule, te l’a fourrer dans la bouche » puis « ta vas crever. Encore ».

Tu vas crever.

Tu vas crever parce que même si on se remet d’un viol, tu en as marre. Ta vie toute entière a été faite d’une telle violence, telle haine de ton genre, de ton sexe, tel pouvoir de domination machiste qu’il va juste te détruire intérieurement et cette fois-ci, tu ne pourras plus t’en remettre. Tu sais ce qu’ont été les coups, tu as passé tes 22 ans à affronter la peur de crever. Tu es devenue féministe et tu t’es emplit de soif de justice, de colère face à ta condition de meuf qui fait de toi un trou juste bon à humilier, frapper, blesser, violer. Tu as théorisé cette condition, cette violence. Tu t’es battu, tu as trouvé des comparses et des compagnons de routes, des alliéEs de tout genre, sexe. On t’a aimé, apprécié. On t’a fait comprendre que non, tu n’étais pas responsable de ça, que non, tu ne l’avais pas cherché. Que tu méritais le bonheur. Que tu n’étais pas responsable de ce système. Mais en fait, tu n’étais pas prête à ça. La peur débordante, dégueulante qui t’envahit comme un serpent, une explosion, ton cerveau qui fait boum soudainement. Boum. Boum. BOUM. Incontrôlable, ingérable, terrifiante, un sentiment de pur terreur, panique. La trouille intense, là. Soudainement, tes livres et toutes tes armes féministes, tout ton savoir sont tombée à terre. Tu es nue mentalement parce qu’un type se branle à côté de toi, t’impose la vision de son sexe dégueulasse, de sa jouissance de merde. Dans un instant, il giclera sur ta gueule et tu pourras aller jeter ton féminisme aux chiottes parce qu’il ne t’auras servit à rien face à cette peur qu’ils sont capable de dominer, jouer avec toi, tes nerfs, ta conditions. A cet instant, je les entends tous jouir sur nos visage, tout ces machistes, ces misogynes, ces terroristes des meufs, des femmes et nous dire : nous avons un sexe, nous avons le pouvoir et vous n’y pouvez et pourrez rien. JAMAIS. Il y a eu les tremblements et les tremblements sont toujours là. La culpabilité terrible. Je ne suis pas quelqu’une qui se morfond sur moi même, je refuse d’être une victime, je refuse l’échec, je refuse l’injustice. Pour mes comparses mais encore moins pour moi. Je m’auto discipline, j’y arriverais, je vaincrais. Je compatis mieux à la douleur d’autrui qu’à la mienne. C’est comme ça, on survit comme on peut. Je me suis toujours dis « si ça reproduit, je le tue / lui donne un énorme coup dans les couilles ». Depuis ma première agression, je porte constamment des New Rock et ce n’es pas uniquement pour faire joli. Je porte aussi une armada de bagues épaisses. Ca peut faire mal dans les mâchoires. Je sors armée. Je m’estime armée. Je me croyais armée comme Saint Marguerite terrassant le dragon. Je n’ai pas été fichu de me défendre. J’aurais du lui donner un coup dans les couilles, les genoux. Hurler autre chose que ce cri quasi animal et humiliant. J’ai agis comme une bête qu’on agresse et aujourd’hui encore, j’agis comme une victime. Je flippe dès que je regarde ce banc de bus, dès que je dois entrer chez moi. Je me dis « mais pourquoi tu fais tout plat d’un mec qui s’est branlé à côté de toi ? Des milliers de meufs vivent ça et en font pas tout un plat ». Je m’en veux d’aller mal. Je m’en veux d’avoir ce bruit de fond dans ma tête. Quoi que je fasse, j’ai cette image dans la crâne. Avant, quand un mec me harcelait dans la rue, je gueulais des insanités compréhensible, je repoussais la peur du viol. Je n’ai pas été foutu de l’a repousser ce soir là que par ce cri, mon cœur qui explose, l’incapacité soudaine de parler correctement sans bégayer pendant 20mn.

Alors, je suis en colère. Soudainement tout explose dans mon crâne et la colère rejaillit. J’ai cherché du soutien sur twitter et un abruti m’a fait du slut shaming dégueulasse. Je savais que ça arriverais. Parce qu’il parait qu’on le cherche. Que j’ai pas fermé ma gueule, pas agit en victime digne. Ai cherché un peu de chaleur humaine sur un réseau sociale où était réunis des alliéEs, des amiEs. Pardon, vraiment, d’avoir voulu me réfugier quelque part où un mec ne se quasi branle pas sur votre gueule. Je suis en colère parce que j’ai été élevé dans une société qui m’a dit qu’en tant que meuf, je serais violée. Que ca sera inévitable. Ma faute. Et que je ne pourrais jamais rien y faire. Je suis en colère parce que ma vie entière n’a été qu’une succession de violences, un torrent de haine à mon égard, de domination, de coups, d’insultes, de paroles. Et que je ne connais pas la normalité, les jours heureux et sans peur. Je suis en colère parce que dans mes cauchemars, je suis encerclée de zombies, de monstres et je dois fuir, sans armes, ni personnes et qu’ils sont là, qu’ils peuvent me détruire, me dévorer et que je peux devenir morte vivante à mon tour. Je suis en colère parce qu’on vient me dire que je généralise alors qu’aucun mec ne connaîtra jamais notre peur, notre terreur d’être violée, touchée, giflée parce qu’une meuf, parce qu’inférieur, parce qu’elle l’a cherché, parce que c’est qu’une claque, parce qu’elle avait qu’à dire non, parce que sa jupe, parce que c’est comme ça. C’est normal, un type se branle à côté de toi et tu en fais un plat. Et un type qui se branle et est à deux doigts de jouir sur ta face et ton consentement, c’est normal, ou juste un cas isolé, des milliers de cas isolés tout les jours, à toutes les heures. Des types qui emmerdent ton avis, ta voix et te disent qu’ils ont une queue alors ils auront le pouvoir. Je suis en colère parce que notre chatte, notre genre féminin ne nous arme pas et nous rend petite, faible et qu’on leur apprit à se servir de leur bite comme d’une arme pour détruire au lieu d’un truc de plaisir et que le consentement est surfait et pas ou peu évoqué. Parce qu’on leur a dit à tous qu’ils seraient des princes, des rois du patriarcat et qu’ils pourraient jouir le jour, la nuit sur nos gueule, nos corps et que notre conditions de meuf est faite pour ça. Je suis en colère contre tout ce système, mon ventre déborde d’un feu que je voudrais hurler mais parce que je sais déjà qu’ils vont venir comme des loups se plaindre qu’ils ne sont pas tous comme ça, qu’ils ne violent pas, n’agressent pas, qu’ils ne sont pas privilégiés, que c’est faux, que le patriarcat n’existe pas, que ce sont eux les vrais victimes, que j’abuse un peu, que je mélange un peu, parle sous le coup de l’émotion. Je les vois venir me dire que j’affabule, faire leurs victimes outrés, dire que l’agression m’aveugle, que je ne suis pas rationnelle, que je dois fermer ma gueule parce que je suis trop agressive, sauvage, colérique, violente. Parce que je réclame une justice et que je ne veux plus voir ni entendre des histoires de mecs qui se branlent sur nous en s’en fichant éperdument de notre consentement, que je dessers la cause, que c’était rien, que c’était un cas isolé. Toujours les mêmes merdes en refrain des types qui vont préférer justifier le patriarcat plutôt que défendre celles sur qui on s’astique sauvagement sans en avoir rien à foutre si on est d’accord ou non.

Et moi, je voudrais juste faire exploser cette bulle sourde de colère et de « pourquoi ? » Pourquoi tu te branles à côté de moi, pourquoi putain, POURQUOI?! Mais qu’est ce qui se passe dans ta tête pour te dire que tu vas humilier, faire peur, foutre en insécurité totale une meuf, un soir, tard, où il n’y a personne ? Alors je vais reprendre mes armes, remettre mes New Rock, continuer à lire et m’armer, parler, théoriser, discuter, argumenter, m’échauffer sur des désaccords. Etre encore plus forte, plus révoltée, plus déterminée à donner d’énormes coups de pieds dans les idoles du patriarcat. Jusqu’à ce que cette peur du viol, de la mort s’éloigne. Et jusqu’au prochain qui me rappellera que je ne suis qu’une meuf et que je n’aurais jamais le privilège de la sécurité, de la liberté, du bonheur tant que le patriarcat sera sur pieds et bien portant.