Le féminisme n’est pas une police des moeurs ni une manière de fliquer les gens.

Depuis que je suis féministe, je suis confrontée à diverses réactions lorsque je parle des inégalités hommes-femmes et des violences qui touchent les femmes. Il y a des gens obtus, particulièrement violents verbalement et psychologiquement, éprouvants pour moi et pas mal de mes amies féministes. Il y a aussi heureusement, des gens plus ouverts, curieux, intéressés ou pour qui les choses font sens.
Malheureusement, il y a dans tout ce lot de gens qui ne connaît pas grand chose au féminisme une idée généralement répandu chez beaucoup : les gens non sensibilisés au féminisme ou non militants semblent en droit de vous dire comment agir et si ce que vous faites est féministe ou non.

On m’a, par exemple, déjà reproché le fait de poser nue sur internet ou de m’épiler car ces deux choses ne semblent pas compatibles avec le féminisme. On m’a reproché d’être fan de Tomb Raider car c’est un personnage sexualisé et qu’en étant féministe, je me devais de ne pas « cautionner » ce type de personnage conçu pour le regard masculin. Enfin, on m’a fait remarqué qu’il était antinomique qu’une femme féministe se fasse payer un restaurant ou un verre si nous œuvrions pour l’égalité homme-femme.

La liste serait longue mais les gens semblent vite avoir un malin plaisir à décider de ce qui est un comportement « féministement acceptable ou non ».
Je pense donc qu’il est de bon ton de rappeler aux gens ce qu’est le féminisme.

A mon sens, le féminisme, celui auquel je crois est un mouvement de lutte et d’émancipation des femmes visant à leur autonomie et leur permettant d’arriver à une égalité avec les hommes dans un monde débarrassé du patriarcat. Le patriarcat, c’est ce système qui discrimine et exploite les femmes. Les hommes jouissent donc de privilèges et de bénéfices sociaux : économique, sexuel, social etc. Pas tous bien entendu mais dans un strict rapport de genre : le genre masculin prime, la virilité est mise en avant et glorifié tandis que le féminin est moqué et haï régulièrement. Je vous invite donc à lire les liens de Crêpe Georgette qui résume assez bien les notions de genre dans notre société (vous pouvez lire tout le blog qui est très bien et facile d’accès).
A partir de là, les femmes se débattent donc dans un énorme marasme qui ne leur fait pas de cadeaux. Il est donc compliqué d’être une femme : nous sommes soumises à plus de violences physiques, morales, psychologiques. Les chiffres du viol, du harcèlement de rue , des violences conjugales, les diverses plateformes de témoignages des femmes sur leur sexualité, leur corps, leur état d’esprit, montrent bien les difficultés d’être une femme.

Que vient faire le féminisme là dedans ?

Et bien le féminisme, le mien, tente de donner une parole à d’autres femmes moins privilégiés que moi et m’en donne une. Je suis une personne de sexe féminin et je m’expose donc à plus de violences par ce simple fait. Étant bisexuelle, précaire, j’ai également moins de chances que d’autres catégories sociales où ne jouit pas des mêmes droits. Mon féminisme et le féminisme dans sa globalité sont un moyen d’aider des femmes, de mettre en lumière ce que nous vivons. Les féministes des années 70 avaient parfaitement compris que les violences que nous vivions étaient aussi collective, communes à notre genre.
A mon sens, en tant que modeste militante, mon but est de mettre en lumière sous le nez des gens ce qui ne va pas dans notre société. De leur montrer ce que des femmes vivent, de leur montrer ces inégalités, ces violences et de les inviter à réflechir, à éprouver de l’empathie et à leur tour propager le message que quelque chose va mal. Par la suite, j’espère donc que plus il y aura de personnes informées, plus les violences diminueront car nous serons plus nombreux-ses à agir collectivement contre le sexisme, la misogynie et le patriarcat. Ainsi la lutte des femmes progressera, et nous atteindrons l’égalité plus rapidement.

Malheureusement, les gens ne semblent pas comprendre qu’être une féministe est, dans la majorité des cas… être une femme avant tout. Et que personne, PERSONNE, sauf quelques personnes très minoritaire, n’a jamais dit qu’être féministe était « se contraindre à » ou « faire que ». Le féminisme est une réflexion, une philosophie, de la sociologie, de la politique, bref : quelque chose de l’ordre du monde des idées et de l’esprit mais aussi quelque chose touchant un vécu REEL. Libre à chacune, une fois le message entendu, d’agir sur soi-même ou autrui. Évidemment, j’ai personnellement très envie que mon message féministe vous touche, sinon autant parler à mon armoire. Mais aucune féministe n’a jamais prétendu qu’une femme n’avait pas à s’épiler pour être une « bonne féministe », ni à se « faire inviter au restaurant », ni à apprécier des personnages sexualisées, ni à séduire un homme.

Le féminisme est là pour aider globalement les femmes à y voir plus clair sur leur situation et les aider à s’émanciper à nouveau.
Je vais prendre l’exemple du restaurant : je me fais régulièrement inviter au bar ou au restaurant par des hommes… mais aussi par des femmes ! La logique marchande et sexiste de notre société veut qu’un homme qui invite une femme au restaurant / à boire un verre se voie récompensé en échange par un rapport sexuel. Personnellement, je trouve intéressant de briser ce « code social » sexiste en acceptant une invitation mais pas ce qui suit. Vous n’avez aucune obligation à rien et encore moins à devoir du sexe à quelqu’un ! De surcroit, cette idée qu’une femme féministe ne devrait pas accepter un verre d’un homme est particulièrement hétérocentrée : pourquoi cet homme ne serait-il pas une femme ? Je ne suis pas dans la tête des gens, je ne pense pas devoir quelque chose à quelqu’un parce qu’il m’offre un verre, et je pourrais moi même offrir un verre à cet homme. Les codes de séductions de notre société sont particulièrement sexistes et genrés dans un sens, il est plus intéressant de briser ces codes selon votre bon vouloir personnel.
Le féminisme n’est pas une sorte de police ou un moyen de juger les gens plus facilement. Cette idée est particulièrement révoltante à mes yeux surtout quand chacune tente d’agir du mieux qu’elle peut, moi la première. Je suis particulièrement agacée de devoir rendre des comptes et me justifier auprès de gens de si mes actions sont féministes ou non. Le féminisme, ce n’est pas Poudlard ! Vous ne gagnez pas des points à chaque position « acceptable » ou non ! Ce n’est pas une compétition à qui aura le comportement le plus satisfaisant.
Certes, certains choix peuvent être discutés mais il y a une manière de discuter des choix des femmes sans venir les paternaliser sans cesse. Il vaut mieux inviter l’autre à réflechir, lui donner des ressources et une forme de nourriture spirituelle que de venir sans cesse nous dire quoi faire, comment agir… surtout quand cela vient de gens ne militant pas ou étant franchement anti féminisme !

Le féminisme n’est pas un dogme ! Il n’est pas là pour vous frapper si vous vous êtes épilée le matin. Il est là pour donner un message, libre à vous de le regarder, d’y réflechir ou non.

En tant que femme, j’ai remarqué qu’on nous demandait sans cesse de nous justifier sur tout : la majorité des gens non-féministes ou clairement anti-féministes ont une idée préconçue sur ce qu’est le féminisme ou non. Le féminisme n’est pas « un » mais « multiple » : si vous voulez que les féministes vous parlent, commencez par être de bon aloi, écoutez les, soyez ouverts, essayez de comprendre, d’entendre. Il y a pléthore de féminismes comme il y a pléthore de femmes. Tous ne sont pas forcément très bons car ils peuvent exclure certaines catégories de femmes moins chanceuses, moins privilégiées par la vie. Mais venir jouer les petits chef du « alors tu fais ceci ou cela, alors que tu dis être féministe », c’est une attitude pédante, exécrable et détestable. Ne vous étonnez pas ensuite si la personne ne veut plus vous parler. Imaginez que parce que vous avez des convictions ou une passion, une personne vienne se faire la police des mœurs en vous demandant vos papiers, si tout est en règle, si vous êtes apte à être passionné-e ou militant-e ! Et puis, de quel droit des gens se permettent ce type de comportement ? Qui sont-ils pour venir faire la leçon à des femmes dont la vie est déjà bien assez complexe pour se poser en juge moralisateur du bon ou du moins bon ?

J’espère donc qu’à l’avenir certaines personnes seront plus ouvertes au féminisme : l’essentiel est de lire, lire et encore lire là dessus. Les positions internes peuvent être assez divergentes d’un courant de pensée à un autre mais vous n’avez aucun droit de venir emmerder (et m’emmerder) sur comment je vis des choses politiquement ou intimement, surtout quand vous n’êtes pas directement concernés par les violences que j’ai pu ou je peux vivre en tant que femme.

3 comments

  1. Virginie says:

    Je trouve qu’il était effectivement nécessaire de rappeler ces détails aux gens, en plus on peut apprécier ton opinion personelle sur le féminisme. Très bon article!

  2. Aurélien / Hakko says:

    Un grand merci pour cet article intelligent, je suis complètement d’accord avec !

    Bonne continuation ^_^

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