Pourquoi iZombie est vraiment chouette.

J’ai peur des zombies, je déteste les zombies, les zombies me foutent une trouille d’enfer.
Depuis que je suis ado, je fais des cauchemars où ces crétins sont présents, en horde, avec leurs vêtements déchirés et leur visage décharné. Ils avancent lentement, me tournent autour et sont prêts à me dévorer. En général, je me réveille un peu paniquée en vérifiant sous mon lit qu’aucun mort vivant ne se planque discrètement.
Pendant longtemps, j’étais même incapable d’en voir en photo.
Au fil du temps, cette peur est devenue omniprésente et anxiogène. J’avais besoin de tenir la main de mon compagnon de l’époque quand je regardais The Walking Dead et c’était au prix d’un grand effort que je prenais sur moi pour ne pas crier à chaque apparition d’un zombie.
Au bout d’un moment, j’ai pris le taureau par les cornes. J’ai avalé tous les films de Romero histoire de me défaire de ma peur des zombies.
J’ai réussi à comprendre que les morts vivants de The Walking Dead n’étaient rien d’autres que des figurants avec lesquels Norman Reedus faisait des selfies parfois.
Mais bref, j’ai peur des zombies, je ne les aime pas, ils me fichent la chair de poule et rien ne me dit que nous sommes à l’abri d’une prochaine invasion de morts vivants fous furieux qui voudraient faire de mon bout de gras leur goûter de 16 h (ne vous moquez pas) (je me suis préparée mentalement à cette invasion de toute manière) !

Ça c’était avant iZombie.

izombie

La série raconte l’histoire de Liv (Olivia Moore), une brillante étudiante en médecine qui a un fiancé génial et un avenir prometteur. Jusqu’au soir où elle décide d’aller à une fête sur un bateau. Malheureusement la soirée tourne mal, le bateau prend feu et Liv se réveille quelques heures plus tard sur une plage, transformée en morte vivante avec une faim vorace.
Heureusement, Liv n’est pas une zombie classique comme on peut en croiser dans les films de Romero : Liv n’a finalement que son corps qui est mort tandis que sa conscience d’humaine reste encore bien éveillée. C’est ainsi que, avec le teint pâle et un look digne d’une ado gothique tout droit sorti de The Craft, notre héroïne accepte un job dans une morgue légiste afin de pouvoir se sustenter goulûment de précieux cerveaux humains dont elle a besoin.
Mais l’un des intérêts principaux de la série, c’est les visions que procurent les cerveaux que dévorent Liz, visions qui lui permettent non seulement de s’approprier une part du comportement de la personne décédée mais aussi de résoudre des énigmes policières au fil des épisodes. Lors de la digestion de cerveau qu’elle trouve à la morgue légiste, Liz voit les souvenirs des victimes, ce qui lui permet de recoller ces morceaux du passé desdites victimes afin de trouver par qui elles ont été tuées.

vlcsnap-2015-11-17-16h30m14s633

Dans sa nouvelle aventure, elle sera aidée par son nouvel ami, Ravi Chakrabarti, un jeune docteur charmant au fort accent british qui cherche pour elle un remède à sa condition de morte vivante (oui parce que manger des cerveaux tous les jours pose vite quelques limites d’ordre gustatifs, entre autres). Elle croisera l’homme à l’origine de sa zombification, Blaine DeBeers qui a monté une petite mafia du crime et elle résoudra des enquêtes policières et des affaires de meurtres avec Clive Babineaux, un détective qui pense que Liv a des visions de médium, ne connaissant pas son terrible secret.
La série fait évoluer le personnage de Liv tout au long des épisodes où l’on comprend vite que sa zombification est une métaphore pour parler d’agression sexuelle et que l’héroïne garde les séquelles d’un stress post traumatique.

Les enquêtes sont intéressantes mais le personnage de Liv est avant tout extrêmement attachant. On a envie de soutenir, d’épauler cette héroïne drôle et tourmentée par sa nouvelle condition de morte vivante.
J’ai énormément apprécié ne pas retrouver de contenu sexiste, raciste ou homophobe : si la série n’est pas entièrement parfaite dans les échanges, celle-ci regorge de personnages intéressants, d’hommes plutôt safe et agréables (et pas qu’à l’oeil, promis) dans leurs rapports avec Liv tout comme elle comporte aussi son lot de sales types inquiétants et dangereux.

vlcsnap-2015-11-18-20h22m33s291
Chaque épisode est une nouvelle surprise pour le spectateur – la spectatrice : quelle vision va avoir Liv ? Quel comportement et personnalité va-t-elle posséder après avoir ingérer un nouveau cerveau humain ? Comment va-t-elle vivre cette nouvelle expérience ? La série permet aussi de découvrir de nouveaux zombies au fur et à mesure et de découvrir que tous ne sont pas aussi éthiques que Liv lorsqu’il s’agit de trouver de quoi survivre…
iZombie, c’est la série qui m’a fait aimer les zombies et avoir de l’empathie pour eux.
iZombie, c’est une série doudou, une série réconfortante, avec plein de chouettes choses : une héroïne attachante, drôle et intelligente, un allié humain sympathique, fun et avec un accent british mignon, des zombies mignons (je ne pensais pas dire ça un jour) et aussi des zombies crevards (on les aime bien quand même), des énigmes intéressantes et un scénario vraiment chouette ainsi que des questions éthiques passionnantes sur le rapport à l’humanité en tant que morts vivants.
vlcsnap-2015-11-26-20h55m12s393

Je ne saurais que vous conseiller d’aller les yeux fermés, une poignée de cervelet, heu, de chips à portée de main et de vous jeter sur iZombie, sans compter que la saison 2 est actuellement en cours à l’heure où j’écris ces mots.

(Merci à Maxence pour la relecture)

Pourquoi vous devez voir Mr Robot.

Sortie en juillet 2015, Mr Robot n’avait pas franchement de quoi me donner envie : oui bon encore une histoire de hackers, un petit héros anti héros qui a le comble d’être un mec blanc et sûrement hétéro avec en plus de ça une énième glorification des anonymous et toute la cohorte de petits nerds qui savent coder.
Voilà en gros ce que je me disais.

Et puis comme d’habitude, j’ai vu mes amies L et M regarder cette série, sachant que ce sont deux amies très intelligentes, très féministes et un brin nerd elles aussi. Je me suis dit qu’il devait y avoir un truc pas trop mal dans Mr Robot pour qu’elles regardent.
Vaguement ennuyée depuis que j’avais fini BSG, je traînais de série en série sans vraiment accrocher (notamment Caprica dont je vous reparlerais bientôt). Ayant récupéré tous les épisodes d’un coup de Mr Robot je me suis lancée hier soir et j’ai pour ainsi dire tout dévoré en quelques 24h (oui il faut bien dormir, manger et aller en cours entre temps).

Mais au fait, de quoi parle Mr Robot ?

vlcsnap-2015-11-11-18h14m40s785

Mr Robot, c’est l’histoire d’Eliott, un hacker et il est effectivement blanc, masculin et hétérosexuel jusqu’à preuve du contraire. Mais Eliott est aussi un dépressif, un junkie, et surtout anxieux social à crever. Tiens donc, voilà qui allait beaucoup m’intéresser étant donné que je suis moi-même actuellement dépressive et anxieuse chronique. Il faut dire aussi que j’ai un faible pour les héros dans lesquels non seulement je peux m’identifier mais qui sont aussi un peu cassés par la vie. Les valeureux chevaliers des temps modernes et les froides guerrières ne m’ont jamais vraiment intéressé.

Eliott est donc un hacker. Son problème, c’est qu’il « hack » les gens : au travail, dans la rue, chez lui, il pirate email, réseaux sociaux et compte en banque des gens qu’il côtoie car c’est le seul moyen de les comprendre, de les cerner, de les approcher et semble-t-il pour lui, d’en avoir moins peur.
Eliott travaille pour Allsafe, une entreprise qui s’occupe de réguler la sécurité du réseau informatique de Evil Corp, l’une des plus grosses entreprises du monde. Evil Corp est un peu un mariage improbable entre Coca Cola, Nestlé, Monsanto et McDonald’s. Oui Evil Corp porte bien son nom.

vlcsnap-2015-11-12-20h54m36s323

Le jour donc, Eliott travaille pour cette entreprise où il est un « white hat », un gentil hacker qui s’occuper de colmater le système et d’empêcher que de vilains virus viennent n’attaquer la grande méchan… La grande corporation qu’est Evil Corp.
La nuit, il se bat avec ses propres démons, la morphine qui est sa plus chère amie avec Alisson et entre deux séances d’hacking où il balance des pédophiles à la police, il voit une psy. Son rapport à sa psy est bien entendu complexe et Eliott n’arrive pas à s’ouvrir à elle, pas plus qu’à sa meilleure amie Alisson (mais qu’il a tout de même hacké pour mieux la cerner, tout comme sa psy). Bien sûr, comme de nombreux hackeurs, il a un discours intérieur vindicatif sur la société de consommation, les régimes politiques et économiques de la série qui ressemblent de très près à notre société occidentale existante.

Et tout bascule le jour où il rencontre Mr Robot qui lui propose de faire exploser littéralement Evil Corp via des moyens informatiques.

vlcsnap-2015-11-12-20h24m35s040

La suite ? Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette série ni vous spoiler gratuitement (comme d’habitude, je vous conseille de fuir les sites Internet, dont la page Wikipédia qui vous spoilera aisément).

J’ai adoré cette série du début à la fin. En tant qu’anxieuse chronique, je me suis beaucoup reconnue en Eliott et j’ai réussi à surpasser mon agacement des 5 premières minutes. Il est vrai que j’aurai préféré voir une hackeuse ou alors un hacker de couleur mais la série réserve de légères surprises assez intéressantes sur les rapports hommes-femmes et les LGBT. L’équipe qui compose Mr Robot est également constituée de hackeuses dont une femme musulmane et je crois bien n’avoir jamais vu d’hackeuse musulmane dans toutes les séries et tous les films que j’ai vu, ce qui comporte donc en soit, une micro révolution.

Eliott n’est pas drôle, la série n’est pas drôle, rien n’est drôle. La série est même très anxiogène et étouffante tout le long. Mais Eliott nous parle, et pas seulement au sens figuré, comme pour se prouver qu’il n’est pas trop seul, qu’il a quelqu’un ou quelqu’une avec lui. Sans jamais briser le quatrième mur comme Franck Underwood dans House Of Cards, Eliott nous émeut et nous donne envie de le serrer dans les bras par sa fragilité, son angoisse des autres et finalement sa peur de lui-même.

La série suit plusieurs intrigues et plusieurs personnages au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire. Les plans, très souvent fixes et très beaux, quasi photogéniques n’ont pas été sans me rappeler House Of Cards à nouveau. L’intérêt de la série est donc aussi bien esthétique, politique que fantasmagorique.

vlcsnap-2015-11-12-19h44m38s663

J’ai été émue par cette série qui m’a renvoyé à moi-même beaucoup de ma maladie. Si la série ne se concentre pas que sur cet aspect-là, elle est une excellente satire politique de notre monde moderne. Sans jamais tomber dans la facilité ou la médiocrité, empruntant à de nombreux films populaires (comme Matrix, V Pour Vendetta ou Fight Club), Mr Robot, qui n’avait rien pour me parler, a réussi à me surprendre et me bouleverser en 10 épisodes. Chaque personnage est fort, brillant, chaque jeu d’acteur dont celui de Rami Malek est merveilleux (et mérite un Golden Globe à mon avis).

Je ne saurais que vous conseiller d’y aller désormais les yeux fermés. Avec pour finir une petite citation d’Eliott :

« How do we know if we’re in control? And we’re not just making the best at what comes at us and that’s it? And trying to constantly pick between two shitty options, like your two paintings in the waiting room, or Coke and Pepsi, McDonald’s or Burger King, Hyundai or Honda? It’s all part of the same blur, right? Just out of focus enough to the illusion of choice. Half of us can’t even pick our own cable, or gas & electric, or water we drink, or health insurance. Even if we did, would it matter? If our only option is Blue Cross or Blue Shield, what the fuck is the difference? In fact, aren’t they the same? No, man. Our choices are pre-paid for us long time ago. »

LGrl7

 

(merci à Maxence pour la relecture)

Est-ce que Fear The Walking Dead mérite le détour ?

Il y a trois ans, j’ai lu avec passion les comics de Walking Dead. J’ai tout naturellement enchaîné sur la série qui a su me prendre aux tripes au fil des saisons. C’est donc en relative fan de The Walking Dead, série, comics et jeux vidéo confondus, que j’attendais ce spin off : Fear The Walking Dead. Ni une, ni deux, ni trois, votre humble servante s’est lancée il y a quelques semaines pour boulotter rapidement les 6 épisodes qui constituent cette nouvelle série.

Alors : est ce que FTWG mérite le détour ?

vlcsnap-2015-10-18-19h10m48s820

FTWD se passe de nos jours, à Los Angeles. Si TWD suit les aventures de Rick au sein d’un monde post apo’ qui connaît déjà des heures sombres et l’omniprésence des zombies, FTWD fait monter la sauce en douceur. Autant dire que si vous attendez de l’action et du zombie dès le premier épisode : c’est raté. L’action se met doucement mais sûrement en place via une famille recomposée et mixte. On y suit donc avant tout la famille de Madison qui a deux enfants, Nick et Alicia. Madison est remarié à Travis qui a pour enfant Chris. L’action du pilote se concentre principalement sur Nick, jeune héroïnomane tandis que la ville s’éveille doucement au son de quelques sirènes de police et d’hélicoptères au loin. Les zombies ne sont pas encore là mais on les sent en arrière-plan, prêts à intervenir et à frapper.

Il ne se passe pas grand-chose pendant trois épisodes. Et puis soudain la tension monte crescendo, les zombies arrivent, les réseaux sociaux et les écrans se font vecteurs d’images qui interloquent, personne ne semble comprendre ce qui se passe à commencer par nos héros, Madison et Travis.

vlcsnap-2015-10-18-19h13m08s734

Et malheureusement à part Nick, aucun de ces personnages n’est franchement intelligent. Confrontés à des zombies, tous se révèlent vite incapables de se défendre, de comprendre ce qui se passe, de savoir comment (et s’il faut !) tuer ces morts vivants. Seul Nick semble réussir à montrer un minimum de jugeote et pour cause : il a été un des premiers personnages de la série à avoir été confronté à un zombie.

FTWD est lent, très lent, trop lent. J’ai essayé d’être indulgente mais j’avoue que le tout m’a diverti sans me passionner et j’ai besoin de ressentir une passion folle devant une série, d’être transportée, d’avoir envie de dévorer la suite. Mais FTWD m’a plutôt surprise et donné envie de voir la suite malgré mon manque de gourmandise : certes ce n’est pas la série de l’année, ni une série folle mais on reste surtout pour Nick, pour voir comment ces personnages évoluent. On reste aussi parce qu’on se demande où la série nous mène jusqu’à l’épisode 6, étant donné que celle-ci se concentre beaucoup sur l’aide de l’armée, et que les survivants-es ne sont pas laissés-es seuls-es comme dans TWD.

vlcsnap-2015-10-18-19h12m39s878

Alors, est ce que FTWD mérite un détour ? Oui si vous aimez TWD, si vous êtes axés sur la psychologie des personnages plus que sur l’action pure et si vous avez aimé les jeux de Telltale.

A coup sûr, une série un peu lente mais dont, je l’espère, la saison 2 sera plus prometteuse.

Un petit mot sur : la saison 3 de Masters of Sex

J’inaugure ici une nouvelle catégorie de blog « un petit mot sur ». Réactions à vif, cette catégorie me permet de partager très rapidement certains de mes post ou tweets que je condense ici sur une série dont je viens de finir la saison. Cela permettra également de vous faire partager sur le vif toujours, si vous pourriez vous passer d’une saison d’une série que vous suivez ou au contraire la dévorer assez rapidement !

J’ai enfin finis Masters Of Sex saison 3. Il n’y a pas à dire, cette saison était bien meilleure que les autres mais surtout par la narration et la tension crescendo. Le jeu des acteurs est merveilleux, le propos intelligent, la tension dramatique bien menée.

vlcsnap-2015-10-08-12h15m47s453

Malheureusement, si la série est vraiment prenante, on se rend de + en + compte que Bill est un horrible connard (pardonnez moi l’expression) manipulateur abusif avec les femmes et surtout avec Virginia ainsi que Libby. Virginia et Libby qui,  soit dit en passant, sont deux personnages féminins extrêmement opposés et pourtant très intéressant (mon cœur balance vers Libby, mais parce que je suis l’amie des chatons fragiles).Outre le fait que la saison 2 a flanché salement sur la représentation des femmes grosses et des asexuels-les ( même si on peut penser que le parti prit de « guérir » l’asexualité était dû à un choix social historique, l’asexualité étant toujours perçu comme une maladie de nos jours), la série romance beaucoup trop le comportement abusif sentimentalement, psychologiquement, sexuellement et professionnellement de Bill Masters. Cette saison démontre bien que + Virginia devient indépendante, moins Bill Masters supporte qu’elle s’éloigne de lui.
Je ne parle même pas des violences sexuelles et du fait que Virginia est quand même perçue par sa fille comme une salope qui couche avec plein d’hommes et dont la fille en paye les conséquences de manière dramatique : trigger warning sur plusieurs épisodes comportant des scènes de violence sexuelle également à ce propos.

vlcsnap-2015-10-25-22h06m09s477

Au final une saison en demie teinte : si j’ai apprécie et apprécie toujours cette série pour le contexte social historique présenté, pour le jeu des acteurs, pour la narration et l’écriture, pour les personnages féminins (et queer !), la série me donne la désagréable sensation de romancer des violences sexuelles et romantiques à l’égard des femmes. En demi teinte, à suivre les yeux ouverts.

Pourquoi vous devez voir Battlestar Galactica.

Il y a quatre ans, j’ai commencé Battlestar Galactica. Le format était sacrément moche et les voix étaient en version française : de quoi sérieusement me rebuter.
Ayant commencé sans avoir vu la mini-série et ne sachant pas que la série possédait ce « pilot » important à voir, je me suis assez vite perdue et j’ai donc regardé la saison 1 d’un œil distrait, sans être vraiment impliquée. J’ai lâché l’affaire vers la saison 2, n’ayant retenu de BSG qu’un format dégueulasse, une VF dégueulasse et un intérêt moindre.

Bref, tout ça, c’était il y a 4 ans.

Cet été, en Juillet 2015, j’ai vu mon amie M. tweeter régulièrement à propos de BSG. Elle avait l’air franchement enthousiaste, son enthousiasme m’a contaminé, j’ai demandé à un ami de mes prêter les DVD et je m’y suis lancée. Cette fois ci, on m’avait prévenu qu’il fallait que je trouve le pilot sur internet (nommé donc « mini série ») sans quoi une bonne partie de la saison 1 allait m’échapper.
J’ai lancé les premiers épisodes.

Je ne suis jamais repartie du Battlestar.

C’est bien simple : je crois bien avoir eu le meilleur trip de ma vie en termes de séries et j’en parle sciemment comme d’une drogue.
Tous mes sens ont été résolument tournés vers cette série pendant 3 semaines. Trois semaines à me lever, me coucher en pensant à cette série, en attendant avec impatience que mon ami me prête la suite des épisodes, en cherchant des livres, des fan fictions, des références sur les acteurs•trices, les scénaristes (et bien mal m’en a pris, internet is dark and full of spoilers), faisant simplement de moi un être monomaniaque et obsessionnel compulsif…Le comble quand vous avez des troubles de l’attention).
J’ai toujours aimé la Science-Fiction. J’ai grandi avec un oncle qui m’a fait lire Moebius et possédait des piles de bouquins d’Assimov. En bonne nerd, j’ai dévoré Stargate ado puis Docteur Who. En somme Battlestar Galactica avait tout pour me et vous plaire.

 

Battlestar-Galactica

Battlestar Galactica commence avec un propos plutôt classique et connu de nombreux connaisseurs•ses de SF. Les humains ont créé les cylons et ceux-ci se sont naturellement retournés contre leurs créateurs. Par la suite d’une explosion de leur terre d’origine et des douze colonies, les humains s’enfuient à bord du Battlestar Galactica avec de nombreux autres vaisseaux dans l’espace en souhaitant à la fois échapper aux cylons qui ne cessent de les poursuivre mais aussi dans une quête ultime de trouver la Terre afin de se reconstruire.

La série suit sur 4 saisons cette quête incessante, quête initiatique et fantasmée d’un monde accueillant sur lesquels l’espèce humaine pourra se reposer et vivre loin des cylons.
Mais là où le bât blesse, c’est que les cylons ont naturellement évolué loin de leur créateur et possèdent désormais une apparence humaine. Ils sont également capables de télécharger leur esprit dans un autre corps s’ils meurent, les rendant immortels. Enfin, ils poursuivent les humains sans relâche et avec une force de frappe contre laquelle les humains auront du mal à se défendre.

 

messenger_six_and_messenger_baltar_daybreak_part_ii

L’originalité de la série réside alors en plusieurs aspects. D’une part, les humains et le monde que nous connaissons n’existent pas puisque que les humains viennent de différentes colonies rappelant les constellations (Caprica, Taurus, Scorpio etc). Leur religion est basée sur celles des dieux de Kobol à contrario des Cylons humanoïdes qui croient en un Dieu unique. Enfin, les instances politiques se divisent entre le pouvoir militaire et le pouvoir politique + démocratique avec l’élection d’un ou d’une présidente et d’un ou d’une vice-présidente.

D’autre part, et c’est là quelque chose qui m’a particulièrement séduit : les rapports de genre sont à l’opposé même de tout ce que j’ai pu voir dans une série et une série de SF. BSG est la seule et unique série qui ne comporte quasi aucun homme qui ne possède un comportement à proprement parler sexiste ou machiste qui soit légitimé. Non seulement les hommes ont des rôles important de père, d’ami, d’amant ou d’époux bienveillant mais chaque fois qu’un homme ose émettre ou avoir un comportement sexiste et misogyne, il y a toujours une femme pour le remettre vertement à sa place et se défendre (parfois même physiquement). Loin de moi l’idée de prétendre qu’il n’y a aucun personnage masculin qui ne soit pas un imbécile et un lâche fini (suivez mon regard vers Gaius Baltar), ni que le monde de BSG ne comporte pas de violences sexuelles ou conjugales, mais je n’ai pas relevé un seul comportement ou une seule remarque sexiste qui soit, de surcroît, validée par la narration ou la série en elle-même.

Les femmes sont d’ailleurs omniprésentes : en politique, dans les hautes instances comme Laura Roslin mais aussi dans l’armée, comme pilote (coucou Starbucks) de Viper. On trouve également plusieurs acteurs de couleurs (Bill Adama pour exemple) et plusieurs personnages LGBT (je n’en dirais pas plus ici pour ne pas vous spoiler d’avantage).

Enfin, la série regorge également de questions métaphysiques, philosophiques et politiques sur le pouvoir, la religion, les relations humaines, Dieu, les différences entre humains et machines.

vlcsnap-2015-08-06-20h26m10s063

BSG possède une force prenante incroyable. Si le format peut au début désarçonner pas mal avec une impression de « reportage » plus que de série, on passe très vite outre ces détails pour entrer pleinement au cœur des intrigues et de l’action. L’ensemble est merveilleusement bien écrit, avec des rebondissements et des rapports humains forts, dynamiques, intéressants. Malgré son aspect dramatique, et je vous préviens, vous allez beaucoup, beaucoup pleurer, j’ai été vite perdue dans cet univers avec l’incapacité d’en ressortir sans connaître la suite.

Sur un plan plus personnel, il faut dire aussi que j’allais plutôt mal durant ces quelques semaines de visionnage. Je reparlerais de l’aspect thérapeutique des séries dans un prochain article mais BSG m’a aidé à ne pas sombrer dans le désespoir et l’auto destruction personnelle. Cette série a eu une vertu thérapeutique importante pour moi. Elle m’a permis de me rendre compte que j’étais parfaitement capable de me focaliser sur quelque chose et d’en retenir les principaux enjeux, ayant, comme je le disais plus haut, de gros troubles de l’attention avec hyper activité.

J’ai pu me reconnaître dans de nombreux personnages et apprécier pleinement leur évolution. Si tout n’est pas parfait, c’est la richesse de ce qui s’en dégage, la complexité de la biographie personnelle des personnages et parfois la manière dont pour certains ils surmontent leurs traumatismes, leur passé et leur douleur qui m’ont ému et dans laquelle je me suis reconnue. En tant que personne qui a vécu de nombreuses choses douloureuses et songe souvent à sa condition de « femme » en tant que classe sociale, j’ai réellement pris du plaisir à voir et m’identifier à des personnages féminins qui ont du courage, des émotions, mais aussi des faiblesses et qui existent en tant que telle et non pas uniquement comme faire valoir pour aider les hommes ou être un enjeu érotique. J’ai aimé le sarcasme de Starbucks et je voudrais avoir son courage, j’ai aimé la patience et la ténacité de Laura, j’ai même aimé la puissance magnétique, le charisme et la poigne de fer de Numéro 6 et j’ai réellement apprécié trouver enfin des figures masculines plaisantes, douces et bienveillantes. J’ai même aimé finalement Gaius Baltar mais tous les fans de Gaius Baltar adorent détester ce personnage (dont même l’acteur avoue qu’il a trouvé en son personnage un sacré gros con et lâche).

Sur une note plus pratique et finalement, j’ai pensé qu’un petit résumé de comment il faut voir les épisodes pourraient vous aider à regarder la série après ce pamphlet enflammé et enthousiaste sur combien BSG est merveilleux et formidable.

Quelques conseils tout d’abord : ne cherchez strictement RIEN sur la série, pas même un article, un nom d’épisode, rien, nada, niet. Internet est réellement rempli de spoilers, demandez plutôt à quelqu’un-e qui a vu la série de vous aiguillier si vous avez une question !

-Mini Série : en un ou deux épisodes. Attention, les sous titres en anglais et en français sont tous les deux décalés. N’abandonnez pas, ce pilot est très important !
-Saison 1
-Saison 2
-Film « Razor »
-Saison 3
-Web série Résistance (disponible sur You tube)
-Saison 4
-Entre l’épisode 12 et 13, web série « The Face Of The Ennemy » (disponible en streaming)
-Fin de la saison 4
-Film « The Plan »
-Film « Blood and Chrome »

Pour poursuivre l’aventure, série « Caprica » (se déroulant 50 ans avant la destruction de Caprica).

Au risque enfin de me faire détester par des puristes de BSG, inutile de jeter un œil à la série original de BSG. Il n’y a quasi aucune femme intéressante, les cylons sont une métaphore des communistes (merci le macarthisme) et l’acteur qui jouait Starbuck est un gros, gros connard misogyne.

So Say We All ! Et bonne chasse !

 

 

(merci à Seb Cooper pour l’aide précieuse de lecture durant le visionnage durant la série à Maxence pour la relecture).

Pourquoi Sense 8 mérite d’être vue.

C’est la fin de l’année, et j’ai donc pu joyeusement balancer mes copies par la fenêtre et me gaver de séries : que Dieu bénisse Netflix et le temps alloué à pouvoir m’adonner à ma passion favorite !

Au mois de juin, tout le monde ne parlait que de Sense8, qui était présentée comme LA prochaine série de SF à voir absolument, conçue par les géniaux Andy et Lana Wachowsky qui ont tout de même conçu Matrix – si vous connaissez vos classiques.
Une fois n’est pas coutume, en bonne sériephile addict, j’ai tenté de comprendre pourquoi et comment autant de gens peuvent aimer une production télévisuelle, et surtout curieuse de ce que Netflix nous a encore pondu, je me suis lancée à l’assaut du bébé de 12 épisodes. 12 épisodes, c’est pas grand chose quand on sort de 6 saisons de The Good Wife a raison d’environ 22 épisodes par saison, alors allons-y.

Screen-Shot-2015-05-30-at-10.28.33-AM

S’il fallait définir Sense8, je dirais que le mot « amour » serait un bon sous-titre général. Toute la série transpire la bienveillance, l’affection, l’amour entre les personnages.
L’histoire, en résumé : 8 personnes arrivent à communiquer entre elles au travers de la planète sans avoir besoin de se rencontrer physiquement. On les appellent les « sensitiv ». Bien entendu, ces 8 personnes sont ultra spéciales et une organisation secrète rêve de mettre la main sur chacun et chacune d’entre eux et elles. L’intérêt de la série repose sur le fait qu’on suit les 8 à travers leur vie, leur histoire mais aussi leurs enjeux personnels.

Et ce n’est franchement pas de tout repos ! Ca castagne dans tous les sens : il y a du sang, des gens qui se tirent dessus, qui se frappent… et des accouchements en frontal – vous êtes prévenus, surtout si vous êtes phobiques, comme moi, des accouchements). Bref, Sense 8, c’est pas très joyeux dit comme ça. Mais voilà, c’est bienveillant.
Bienveillant à commencer par le fait que la série a voulu représenter plusieurs LGBT et personnes de différentes couleurs de peau : on a une femme transgenre, un homme gay et latin, un homme noir, une femme asiatique, une autre femme noire et lesbienne, etc, etc.
La série a voulu réellement laisser place aux différences de genre, d’identités sexuelles et de couleur de peau et autant dire que ça fait du bien. Ça fait du bien de voir des couples LGBT qui s’aiment, se désirent, ça fait du bien de voir des personnes de couleurs respectées dans leur culture et leur particularité sans tomber dans le cliché et la caricature. Ça fait du bien de voir autre chose qu’uniquement l’homme blanc hétérosexuel sauveur du monde.
Le seul petit bémol à cette série, c’est la prédominance de l’anglais : tous les sensitives parlent anglais et se comprennent via l’anglais. J’imagine que c’était un raccourcis choisi par facilité – les sensitives se comprennent cela dit aussi sans barrière de langue respective.

 

vlcsnap-2015-07-02-16h54m41s374

Globalement, la série met du temps à démarrer. J’avoue qu’à l’épisode 6, je n’étais toujours pas convaincue par ce que je voyais, je n’arrivais pas vraiment à m’immerger pleinement. Il y a une trop grande facilité d’interaction entre les sensitives qui m’a surprise malgré la bienveillance entre eux et en même temps, l’histoire générale nous laisse pas mal de temps dans le flou.
Et puis soudain, vers l’épisode 9, les choses décollent follement. L’originalité, c’est que chaque sensitive est dans son pays et sa ville d’origine, chacun et chacune avec ses problèmes mais c’est leur rencontre, leur particularité commune qui fera leur force. C’est difficile de dire quel•le sensitive j’ai le plus aimé, mais le choix de mon cœur se porte tout particulièrement sur Riley qui a la palme de la poisse – je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. Chaque sensitive est émouvant à sa manière au final.
La série se dénoue véritablement au dernier épisode et les sensitives s’apprivoisent enfin dans les derniers épisodes.

Sense8 n’est pas une série que j’ai adoré comme j’ai pu adorer d’autres séries qui m’ont rendu complètement accro au point de me dire « allez, encore un épisode et je dors ». Mais l’ensemble est si bienveillant, si touchant et l’amour qui découle entre chaque personnages m’a tant touché que je ne peux que vous recommander cette série. On sent que les Wachowsky ont voulu, dans toute cette série assez dramatique et violente, montrer une solidarité, une force entre des gens si différents qui ne se connaissent même pas, montrer qu’il est possible de surmonter les barrières des différences d’origine, d’orientation sexuelle, de genre et que ces différences sont finalement une richesse pour le groupe des sensitives.

Alors allez-y.

(Et puis il y a les meilleures scènes de sexe du monde !)

vlcsnap-2015-07-02-17h22m10s069

Etre féministe et être fan de séries TV : non, le sexisme n'est pas négociable.

Rha ces féministes fan de pop culture, elles cherchent vraiment la petite bête. Salut à toi lecteur/lectrice de passage  ! Aujourd’hui on va parler d’un de mes média favoris  : les séries télés. Je regarde des séries télés depuis quelques années mais avec un œil critique et féministe depuis deux ans environ et… malheureusement, certaines personnes n’aiment vraiment pas que vous soyez féministe et portiez un œil critique sur ce qui est considéré comme «  juste une série  ». Je pourrais parler durant des heures de Buffy, True Blood, Supernatural, Grimes, BattleStar Galactica, Docteur Who, Sherlock Holmes et tous leurs joyeux camarades qui sont sur mon PC, emplissent ma tête, mon cœur et mon tumblr. Mais je voudrais plutôt parler de ce que c’est d’être une féministe fan de pop culture.
Parce que les séries TV sont un média vu comme un «  loisir » pour «  divertir  » et que je les analyse tout en les appréciant (ou non), la société n’aime pas trop ça (et parfois mes amis-es qui en ont marre que je leur parle de Buffy pour la 150e fois dans la journée mais ça c’est un autre sujet). Je suis confrontée aux mêmes remarques incessantes sur cette passion vue à travers un œil militant, que cela soit sur internet ou dans la vie de tous les jours. J’ai donc décidé d’y répliquer une bonne fois pour toutes, étant donné que j’aime les séries et que je suis féministe, en espérant également que cet article parle à des amis-es militants-es et fan de pop culture. Nous verrons vite que certains arguments contre une analyse critique des séries sont aussi utilisés pour des jeux vidéos, des films, des comics etc.
Je ne m’attarderai pas sur le fond de chaque série, je m’en sers uniquement à titre d’exemple.

Bref, décryptons un peu les ressorts de cet argumentaire un brin classiques :

1 -L’argument « c’est l’histoire qui veut ça »  :(lorsque que vous êtes confronté-e à un storyline sexiste, discriminant et prétextant fond socio historique)

C’est probablement l’argument que je déteste le plus. J’ai regardé le mois dernier une série qui s’appelle Copper . Outre le fait qu’elle ne soit pas très originale, Copper est bourrée de prostituées, de femmes qu’on viole, agresse, de slut-shaming. (Un article en anglais relate très bien le problème ici). Bref, les femmes ne sont pas vraiment actives dans toute cette série mais plutôt victimes des hommes, de la violence masculine et d’une violence sexiste. Le problème dans ce genre de série sur fond historique, c’est qu’on ne peut PAS se cacher sur « c’est l’époque qui veut ça ». Déjà parce que c’est souvent faux et que c’est soit de la paresse intellectuelle soit un vrai mépris pour l’histoire des femmes et du genre. Vous trouverez en librairie, sur amazone et même sur internet des références sur les femmes comme actives dans l’histoire et non juste « victime de ». De plus, si vous partez du principe que dans une série sur « fond historique » comme Copper, Ripper Street ou Downton Abbey, vous êtes avant tout dans la fiction, vous êtes alors vraiment libre d’écrire ce que vous voulez. Vous ne pouvez donc pas vous cacher derrière l’argument « c’est l’histoire qui veut ça » quand c’est juste de la paresse voir parfois une vision caricatural de l’Histoire. Ou assumez alors que c’est une histoire uniquement du point de vue hétéro blanc masculin et cis genre et rien d’autre.
Une série comme Game of Thrones se produisant dans un monde médiéval fantastique propose différentes représentations de femmes (et d’hommes) et personne n’y trouve à redire (même si la série n’est pas parfaite sur certains points). Une série comme Mad Men arrive elle aussi très bien à dénoncer le sexisme tout en s’imposant comme une série dramatique de qualité. En tant que fan de séries, nous attendons donc beaucoup mieux qu’une soit disant forme de simplicité historique souvent fausse.

2 -L’argument « c’est du divertissement /C’est juste une série » « tu te prends la tête » :

Depuis quand le divertissement ne peut-il être réfléchi ? Depuis quand ce qui est de l’ordre du divertissement doit-il nous prendre pour des idiots-es en partant du principe que le spectateur – la spectatrice est forcément quelqu’un de moindre qui n’a pas envie de réfléchir   ?

Pourtant ne pourrait-on pas réfléchir face à ce qui nous divertit ? De nombreux exemples nous prouvent que cet écueil peut être évité, sans jamais remettre en cause les qualités (scénaristique, visuelle, etc.) de la série. True Blood traite parfaitement bien du sort des personnes discriminées / minoritaires dans la société. Downton Abbey arrive très bien à nous montrer les prémisses d’un féminisme et d’un empowerment féminin dans un milieu noble et patriarcale. Les séries (au même titre que l’humour) ne sont pas en «  dehors  » de la société  : ce n’est pas parce qu’on nous les propose que nous devons les prendre comme tels. Si en tant que fan, nous contestons certains aspects d’une série, c’est justement parce que nous attendons de ce qui nous divertit quelque chose de beaucoup mieux, quelque chose de qualité, quelque chose qui peut divertir et militer et il n’est nul besoin de mettre en gros le terme «  féminisme  » sur une série pour qu’elle le soit. Buffy, qui est une de mes série préférées y arrive parfaitement et a justement eu un impact considérable sur le public, notamment du fait de son féminisme .

Ce qui nous divertit semble être pour beaucoup de gens «  juste» un divertissement. Mais alors pourquoi y a-t-il des études culturelles, des thèses sur ces séries télés, leurs réceptions, leurs intentions, leurs publics ? Pourquoi existe-il tant de blogs sur les séries, des fandoms féministes de lecteurs-trices de ce type de média qui les regardent avec un œil critique ? Lorsque je me divertis, je n’attends pas à ce qu’on me lave le cerveau mais à ce qu’on me donne aussi quelque chose de qualité. Et on peut parfaitement faire passer des idées progressistes, des situations intéressantes et de bons personnages dans des séries télés. Je ne pose pas mon cerveau pendant que je me divertis.

3-L’argument «  tu vois du sexisme là où il n’y en a pas  »

Vous avez remarqué  : les gens n’aiment vraiment pas qu’on dénonce le sexisme dans la société mais encore moins dans ce qu’ils considèrent comme un simple divertissement. Le problème quand on est féministe, c’est qu’on le voit. Et on le voit parce qu’il est là, parce qu’on le vit et qu’on le retrouve dans ce qu’on aime. On le voit peut-être aussi parce qu’on est une femme / une personne LGBTIQ / une personne non blanche / concernée par le sexisme, le racisme, l’homophobie et les discriminations. Donc non, on «  s’invente pas  » une discrimination, on ne se «  victimise pas  »  : on le voit parce qu’il est réellement présent dans notre univers et parce qu’il fait partie de notre quotidien. J’ai personnellement arrêté de regarder How I Met Your Mother par exemple car c’est une série qui condensait beaucoup trop de violences discriminantes à mes yeux  ; violences que je peux voir car je suis concernée par ce sexisme et j’estime que ma parole a aussi son importance dans ce que je regarde.

4-L’argument « c’est de l’humour »:

Oui alors on a déjà parlé de ça plusieurs fois mais je vous invite chaudement à lire ces deux articles ici et ici du sociologue Denis Colombi qui résume beaucoup mieux que moi ce qu’est l’humour. On peut faire du très bon humour. L’humour, ce n’est pas un truc vide de sens, né de nulle part. C’est toi, moi, nous et vous qui faisons l’humour comme la société.

5-L’argument « il y a une femme forte donc arrête de râler, ça suffit à ce que ça te convienne ».

Tss, non. J’aime beaucoup Buffy. comme je viens de le dire, et j’entends régulièrement cet argument à propos de cette série. Mais si Buffy est une série complètement géniale, ce n’est pas JUSTE parce qu’il y a une femme « forte  ». D’ailleurs faire une femme « forte » ne suffit pas franchement à faire une bonne série, sinon Predators 3 (dans le registre du cinéma) serait un excellent film parce qu’il y a une femme noire un peu bad ass. Non, ce qui fait le succès d’une série comme Buffy, c’est la qualité, le tout, c’est une diversité de représentations féminines (et masculines), un scénario génial, un message à plusieurs lectures et pour beaucoup de personnes différentes (que vous soyez militants-es ou non). Donc non, je ne suis pas satisfaite quand il n’y a un personnage féminin « fort » et quand ce personnage a été juste placé pour que je ferme mon bec de féministe. Ça ne me suffit pas vu que je veux une œuvre de qualité autrement qu’en me donnant une femme en pensant que cela puisse me satisfaire, me faire taire. Si la « femme forte » est juste un faire-valoir pour ne pas être taxé de sexiste, ça ne suffit pas franchement.

6-L’argument « c’est pour dénoncer le sexisme ».

Haaaaa cet argument. Une pépite. Pour dénoncer quelque chose, il faut avoir du recul. Pour dénoncer quelque chose via l’humour, il faut se moquer de la discrimination, du sexisme, racisme, de l’homophobie et non de la personne qui est victime de discrimination. Une série comme Mad Men (à nouveau) arrive très bien à montrer un climat social de sexisme tout en le dénonçant, en articulant les relations de pouvoirs entre personnes discriminées ou discriminantes. Sur un autre registre, Game of Thrones y arrive plus ou moins sur certains aspects mais y échoue en surchargeant le tout de prostituées et de scènes de sexe sans autre intérêt que d’attirer le male gaze (chose que le livre fait beaucoup moins). Je ne suis pas certaine que Supernatural dénonce le sexisme lorsque son protagoniste principal, Dean Winchester, s’amuse à harceler tout ce qui bouge et fait une blague machist eà chaque femme qui passe étant donné qu’on éprouve beaucoup plus de sympathie pour le héros que les femmes selon l’angle de la caméra. En revanche, Buffy y arrive très bien lorsque Joss Whedon fait dire à Willow qu’elle préfère avoir le droit de vote qu’une époque patriarcale où les femmes étaient uniquement reléguées au rang de princesse et d’objet de désir.

7 -L’argument « ce n’est pas une histoire vraie donc c’est pas grave »:

Si ce n’est pas une histoire vraie, c’est donc une fiction ? Si c’est une fiction, pourquoi ne pas laisser libre cours à son imagination ? On en revient au point 1. (A propos d’une série très bonne sur les rôles de genre et la diversité ethnique et sexuelle, je ne peux que vous conseiller la série Real Humans… qui est une excellente fiction pour le coup.) Pourquoi se satisfaire de médiocre quand, justement, le recours à la fiction permettrait d’aller de l’avant  ? Arrêtez cinq minutes de prendre les spectatrices féministes de séries TV pour des idiotes.

8-L’argument « Ben oui du coup l’univers est plus réaliste »

Cet argument pourrait parfaitement rejoindre l’argument numéro 1 mais il se distingue car il mêle à la fois vrai et faux. Nous savons parfaitement que la société est pleine de discriminations et de violences et pas juste envers les femmes. A partir de là, on peut très bien vouloir dépeindre un monde rempli de ces caractéristiques mais encore faut-il s’en éloigner. Si vous êtes dans le cas de Mad Men, on se situe proche d’une réalité, d’une époque où des femmes tentaient d’avoir du pouvoir par le peu de moyens que lui offrait le patriarcat. Nous savons parfaitement que l’Histoire, même si elle présente pléthore de femmes indépendantes, fortes, différentes, courageuses a aussi fait de nous des victimes et nous le sommes toujours étant donné que nous sommes dans un système patriarcal. Sauf qu’en tant que féministes, nous sommes pour une utopie radicale. Nous considérons que nous pouvons aussi avoir notre mot à dire sur ce qui est de l’ordre de la fiction étant donné que nombres de femmes sont actrices, réalisatrices même si beaucoup plus invisibilisées que les hommes. A partir de là, nous sommes à la fois actrices de ces médias par leur réalisation et par le fait d’en être spectatrice / fan. J’estime donc avoir mon mot à dire sur ce que je regarde. Parce que je ne vois pas ce qu’il y a de réaliste dans une série qui parle de vampires qui boivent du True Blood ou qui harcèlent des jeunes femmes, où la magie opère, avec des loups garous qui s’entre déchirent, avec une entreprise de publicitaire créée de toute pièces ou basée sur la légende de Jack L’éventreur.

La vérité, c’est que les scénaristes tirent du réel ce qui les arrange, partant du principe que le public est bête et qu’il n’a pas besoin qu’on le fasse réfléchie… ou pire, que ce qu’ils gardent du réel (mécanismes sexiste, raciste…) n’a pas lieu d’être remis en question « puisque c’est comme ça ». C’est non seulement me et nous mépriser, mais c’est aussi se fourvoyer sur la « réalité ». Parce que si nous sommes plusieurs, beaucoup, nombreux-ses à contester une forme de réalité que nous voyons dans une série, c’est aussi que nous en attendons beaucoup, beaucoup mieux que cette paresse facile.

9 -L’argument « C’est pas parce que je regarde cette série que j’ai tué / violé quelqu’un-e  ! ».

Personne n’a dit ça et certainement pas moi. Parce que, comprenez bien, même en tant que féministe, nous pouvons adorer des séries imparfaites. Je suis fan de Supernatural et je connais quelques fans féministes de Supernatural alors que le niveau de sexisme et de machisme du personnage principal est incroyable. On ne vous dit pas que vous êtes un monstre parce que vous appréciez une série imparfaite ou emplie de discriminations, on vous donne juste un message. Etre féministe, c’est laisser ce petit message sur votre répondeur  : hey, j’ai vu ça dans cette série et c’est vraiment pas cool, voilà, tu en fais ce que tu veux. Évidemment, nous souhaitons vous sensibiliser et si vous avez l’impression d’être oppressée de femmes qui pestent contre les discriminations dans les séries, c’est peut-être aussi parce qu’internet nous offre une tribune et que nous voulons aussi occuper ce lieu de pouvoir et montrer que nous avons quelque chose à dire. Nous aimerions être écoutées. Personne ne vous force à apprécier ou détester telle série. Mais vous devez avoir à l’esprit que beaucoup de gens ne voient pas forcément ce que nous voyons et nous pensons avoir une influence sur la société, les médias de divertissement, l’éducation et les rapports entre hommes – femmes, noirs-es – blanchs-es, hétéros -homo, cis genre ou transgenre. Les séries sont un média de masse et c’est sous-estimer leur portée (bonne ou négative) que de penser qu’elles n’ont aucun impact – même minime – sur leurs spectateurs-rices.

10 -L’argument « t’as qu’à regarder autre chose »  :

Et pourquoi je devrais regarder autre chose ? Si je conteste cette série, c’est aussi comme je viens de le dire, parce que je pense qu’elle a une influence sur le public et que cette influence peut être bonne ou mauvaise. Si j’ai une analyse critique également, c’est que j’aime peut être cette série en dehors de ce sexisme (Supernatural mon amour) et donc j’en attends tellement mieux. Parce que je pense qu’il existe de très bonnes séries en dehors du sexisme, du racisme, d’homophobie mais que ces discriminations viennent pourrir toute l’histoire. Alors non, je ne regarderai pas « autre chose » pour faire plaisir à la société parce que je ne veux pas me taire sur ce qui ne me convient pas. Parce que la société me demande de m’exclure sciemment, parce que mon message dérange alors que c’est cette même société qui devrait peut-être aussi se remettre en question sur le sexisme dans ce qu’elle nous propose et qu’elle estime de qualité.

J’aime les séries pour tout un tas de raisons et j’y reviendrai certainement dans un autre article en parlant notamment de Buffy. Et c’est justement parce que je les aime que je les voudrais meilleures, que je pense qu’elles ont quelque chose à me dire.
Cet article est écrit de mon point de vue : soit celui d’une femme blanche cis genre et queer, mais vous pouvez trouver tout un tas d’analyses sur internet de personnes non blanche, non cis genre et se sentant mal représentées dans une série alors que fan de cette – ces dernières. Tumblr est une mine d’or de fandoms, de créations, d’écrits de jeunes militants-es. Cet article veut aussi vous montrer que ce n’est pas parce des séries sont emplies de préjugés, de sexisme, de choses discriminantes qu’elles sont forcément mauvaises ou que vous ne devez pas les regarder. Gardons juste un œil sur ce que nous apprécions. Il est important de dénoncer mais il est aussi important de se réjouir en tant que fan de la place que prends un média dans notre vie et c’est pour cela que nous parlerons de Buffy dans un prochain article.