Le féminisme n’est pas une police des moeurs ni une manière de fliquer les gens.

Depuis que je suis féministe, je suis confrontée à diverses réactions lorsque je parle des inégalités hommes-femmes et des violences qui touchent les femmes. Il y a des gens obtus, particulièrement violents verbalement et psychologiquement, éprouvants pour moi et pas mal de mes amies féministes. Il y a aussi heureusement, des gens plus ouverts, curieux, intéressés ou pour qui les choses font sens.
Malheureusement, il y a dans tout ce lot de gens qui ne connaît pas grand chose au féminisme une idée généralement répandu chez beaucoup : les gens non sensibilisés au féminisme ou non militants semblent en droit de vous dire comment agir et si ce que vous faites est féministe ou non.

On m’a, par exemple, déjà reproché le fait de poser nue sur internet ou de m’épiler car ces deux choses ne semblent pas compatibles avec le féminisme. On m’a reproché d’être fan de Tomb Raider car c’est un personnage sexualisé et qu’en étant féministe, je me devais de ne pas « cautionner » ce type de personnage conçu pour le regard masculin. Enfin, on m’a fait remarqué qu’il était antinomique qu’une femme féministe se fasse payer un restaurant ou un verre si nous œuvrions pour l’égalité homme-femme.

La liste serait longue mais les gens semblent vite avoir un malin plaisir à décider de ce qui est un comportement « féministement acceptable ou non ».
Je pense donc qu’il est de bon ton de rappeler aux gens ce qu’est le féminisme.

A mon sens, le féminisme, celui auquel je crois est un mouvement de lutte et d’émancipation des femmes visant à leur autonomie et leur permettant d’arriver à une égalité avec les hommes dans un monde débarrassé du patriarcat. Le patriarcat, c’est ce système qui discrimine et exploite les femmes. Les hommes jouissent donc de privilèges et de bénéfices sociaux : économique, sexuel, social etc. Pas tous bien entendu mais dans un strict rapport de genre : le genre masculin prime, la virilité est mise en avant et glorifié tandis que le féminin est moqué et haï régulièrement. Je vous invite donc à lire les liens de Crêpe Georgette qui résume assez bien les notions de genre dans notre société (vous pouvez lire tout le blog qui est très bien et facile d’accès).
A partir de là, les femmes se débattent donc dans un énorme marasme qui ne leur fait pas de cadeaux. Il est donc compliqué d’être une femme : nous sommes soumises à plus de violences physiques, morales, psychologiques. Les chiffres du viol, du harcèlement de rue , des violences conjugales, les diverses plateformes de témoignages des femmes sur leur sexualité, leur corps, leur état d’esprit, montrent bien les difficultés d’être une femme.

Que vient faire le féminisme là dedans ?

Et bien le féminisme, le mien, tente de donner une parole à d’autres femmes moins privilégiés que moi et m’en donne une. Je suis une personne de sexe féminin et je m’expose donc à plus de violences par ce simple fait. Étant bisexuelle, précaire, j’ai également moins de chances que d’autres catégories sociales où ne jouit pas des mêmes droits. Mon féminisme et le féminisme dans sa globalité sont un moyen d’aider des femmes, de mettre en lumière ce que nous vivons. Les féministes des années 70 avaient parfaitement compris que les violences que nous vivions étaient aussi collective, communes à notre genre.
A mon sens, en tant que modeste militante, mon but est de mettre en lumière sous le nez des gens ce qui ne va pas dans notre société. De leur montrer ce que des femmes vivent, de leur montrer ces inégalités, ces violences et de les inviter à réflechir, à éprouver de l’empathie et à leur tour propager le message que quelque chose va mal. Par la suite, j’espère donc que plus il y aura de personnes informées, plus les violences diminueront car nous serons plus nombreux-ses à agir collectivement contre le sexisme, la misogynie et le patriarcat. Ainsi la lutte des femmes progressera, et nous atteindrons l’égalité plus rapidement.

Malheureusement, les gens ne semblent pas comprendre qu’être une féministe est, dans la majorité des cas… être une femme avant tout. Et que personne, PERSONNE, sauf quelques personnes très minoritaire, n’a jamais dit qu’être féministe était « se contraindre à » ou « faire que ». Le féminisme est une réflexion, une philosophie, de la sociologie, de la politique, bref : quelque chose de l’ordre du monde des idées et de l’esprit mais aussi quelque chose touchant un vécu REEL. Libre à chacune, une fois le message entendu, d’agir sur soi-même ou autrui. Évidemment, j’ai personnellement très envie que mon message féministe vous touche, sinon autant parler à mon armoire. Mais aucune féministe n’a jamais prétendu qu’une femme n’avait pas à s’épiler pour être une « bonne féministe », ni à se « faire inviter au restaurant », ni à apprécier des personnages sexualisées, ni à séduire un homme.

Le féminisme est là pour aider globalement les femmes à y voir plus clair sur leur situation et les aider à s’émanciper à nouveau.
Je vais prendre l’exemple du restaurant : je me fais régulièrement inviter au bar ou au restaurant par des hommes… mais aussi par des femmes ! La logique marchande et sexiste de notre société veut qu’un homme qui invite une femme au restaurant / à boire un verre se voie récompensé en échange par un rapport sexuel. Personnellement, je trouve intéressant de briser ce « code social » sexiste en acceptant une invitation mais pas ce qui suit. Vous n’avez aucune obligation à rien et encore moins à devoir du sexe à quelqu’un ! De surcroit, cette idée qu’une femme féministe ne devrait pas accepter un verre d’un homme est particulièrement hétérocentrée : pourquoi cet homme ne serait-il pas une femme ? Je ne suis pas dans la tête des gens, je ne pense pas devoir quelque chose à quelqu’un parce qu’il m’offre un verre, et je pourrais moi même offrir un verre à cet homme. Les codes de séductions de notre société sont particulièrement sexistes et genrés dans un sens, il est plus intéressant de briser ces codes selon votre bon vouloir personnel.
Le féminisme n’est pas une sorte de police ou un moyen de juger les gens plus facilement. Cette idée est particulièrement révoltante à mes yeux surtout quand chacune tente d’agir du mieux qu’elle peut, moi la première. Je suis particulièrement agacée de devoir rendre des comptes et me justifier auprès de gens de si mes actions sont féministes ou non. Le féminisme, ce n’est pas Poudlard ! Vous ne gagnez pas des points à chaque position « acceptable » ou non ! Ce n’est pas une compétition à qui aura le comportement le plus satisfaisant.
Certes, certains choix peuvent être discutés mais il y a une manière de discuter des choix des femmes sans venir les paternaliser sans cesse. Il vaut mieux inviter l’autre à réflechir, lui donner des ressources et une forme de nourriture spirituelle que de venir sans cesse nous dire quoi faire, comment agir… surtout quand cela vient de gens ne militant pas ou étant franchement anti féminisme !

Le féminisme n’est pas un dogme ! Il n’est pas là pour vous frapper si vous vous êtes épilée le matin. Il est là pour donner un message, libre à vous de le regarder, d’y réflechir ou non.

En tant que femme, j’ai remarqué qu’on nous demandait sans cesse de nous justifier sur tout : la majorité des gens non-féministes ou clairement anti-féministes ont une idée préconçue sur ce qu’est le féminisme ou non. Le féminisme n’est pas « un » mais « multiple » : si vous voulez que les féministes vous parlent, commencez par être de bon aloi, écoutez les, soyez ouverts, essayez de comprendre, d’entendre. Il y a pléthore de féminismes comme il y a pléthore de femmes. Tous ne sont pas forcément très bons car ils peuvent exclure certaines catégories de femmes moins chanceuses, moins privilégiées par la vie. Mais venir jouer les petits chef du « alors tu fais ceci ou cela, alors que tu dis être féministe », c’est une attitude pédante, exécrable et détestable. Ne vous étonnez pas ensuite si la personne ne veut plus vous parler. Imaginez que parce que vous avez des convictions ou une passion, une personne vienne se faire la police des mœurs en vous demandant vos papiers, si tout est en règle, si vous êtes apte à être passionné-e ou militant-e ! Et puis, de quel droit des gens se permettent ce type de comportement ? Qui sont-ils pour venir faire la leçon à des femmes dont la vie est déjà bien assez complexe pour se poser en juge moralisateur du bon ou du moins bon ?

J’espère donc qu’à l’avenir certaines personnes seront plus ouvertes au féminisme : l’essentiel est de lire, lire et encore lire là dessus. Les positions internes peuvent être assez divergentes d’un courant de pensée à un autre mais vous n’avez aucun droit de venir emmerder (et m’emmerder) sur comment je vis des choses politiquement ou intimement, surtout quand vous n’êtes pas directement concernés par les violences que j’ai pu ou je peux vivre en tant que femme.

Feminity : injonctions in society and how I Deal with it.

I cut my hair on June 2013. I cut them for good, that is, I got a bowl haircut.
I cut them as I was feeling fury, anger, and even joy: exams were done, my school year was finished; I wanted change, I wanted my mind to be free.

I cut my hair because I was angry at myself, who I was, but also because I took people’s opinions too seriously. I think a lot, some would say too much. My hair has always been associated to a fighting force. I had a Walkyrie’s hair. It protected from the cold and from the outside world. I like my hair. It was long and red. And even though I’m currently trying to ignore others’ opinion, I have to admit I liked that people liked my hair. I liked to be seen as some kind of fiery-haired Greek goddess that made me seem ferocious. I liked that the people I love saw me that way, that they identified me as such. I identified to my hair and to everyone’s eyes, it was the symbol of a fiery feminity. It was my symbol.

But I had trouble with feminity: that is, I hated it.

I’ve pondered a lot on gender, on my gender, on other people’s gender. I couldn’t define myself as a “woman”, and if I did, I wouldn’t believe myself. I was not one of them: I wasn’t one of those brainless idiots who cared about futile, feminine things. I didn’t like what was associated to feminity because it was connected to something weak, fleeting, stupid and soft. I grew up with a violent father and violent men. I learnt very soon that feminity was synonymous to weakness. An enormous weakness. So I had my long hair, I wore lipstick, I had long nails but I wasn’t feminine because it was crucial for me not to be: it was crucial for me not to be weak.

Turned out that I liked girls. I liked their touch, their skin, their look, their breasts, their thoughts. I liked girls and I think girls liked me back. Unfortunately, girls’ gaze wasn’t always rewarding. When I wanted to let them know that I loved them or desired them, they thought that the way I looked, with my hair, my lipstick and my high heels, took away from my message. I looked too much like a straight girl being bi-curious. Many lesbians and bisexuals are conviced a feminine woman doesn’t belong with them. I didn’t belong. But I didn’t belong with straight people either.

So I got mad, angry, and after listening to people too much… I cut my hair.

It was a surprising, overwhelming experience. I played with my gender: suddenly, I was who I thought I was within, what I had always claimed to be me: that is, a non-feminine person. I was boyish. All at once, girls understood I could hit on them. I belonged. I was a boyish lesbian. Straight guys understood as well they couldn’t hit on me, not really. Things were clear.

I went to photoshoots and liked it. I discovered myself, I learnt about myself in many ways. I had another armor, a temporary one: I was labeled a lesbian, but I had the feeling I was someone I didn’t want to be and it annoyed me a lot.

I realized several months later something was missing. I felt like I was choking. I was only perceived as the boyish lesbian. I had never been labeled in such a cold, definite way. I have nothing against labels but I need to be free of them; that’s why I call myself a queer, a bisexual, a lesbian, whatever strikes my fancy. This short hair is not me, it’s never been me. It’s been a distraction, a change, an experience. It wasn’t a bad experience. I learnt a lot and I thought a lot about gender, as well as who I am and how I’m evolving. It’s hard in a society that forces you, as a woman, to love yourself and to know where you stand. I’ve never been completely at ease either in the pink box or the blue one. That probably was the problem.

I grew up during those months and realized I had to make my peace with feminity and the violence I endured. I can’t force myself to be someone I’m not because society annoys the hell out of me so I can fit in a box. I can’t force myself to lie about who I am because some stupid lesbians can’t deal with the fact that queer people like me can be feminine. I no longer wish to spit on feminity because I’ve been taught I had to be strong no matter what. To be accepted in men’s mensclub, since they rule the world, you had to be like them and never show weakness.

I’m slowly working on accepting myself. 4 years of feminism, and I realize just I’ve been my own worst enemy. I like high heels. I like expensive lingerie that covers nothing. I like nail polish. I like giggling in front of cats’ videos. I liked my long hair and I’m waiting for it to grow back. I like feminine stuff even though I’m not “feminine”. I’m tired of spitting on who I am because I show weakness since I have a vagina or a woman’s appearance.

My armor, my strength is not within men and women’s gazes, as they judge me and tell me how I have to be or what I’m doing to them. Deep down, I know I like women and I like feminity. I may never like pink but I will no longer scorn women who do, or women who get flower tatoos. I don’t want to be anyone’s enemy or side with people who hate women and feminity.
Fuck other people’s gaze.

(thank @karrie788 for traduction !)

[ Trigger warning ] Tu seras violée meuf.

D’abord, il y a eu les coups et les humiliations. Ça a duré longtemps, ce fut très long. Il y a eu les tribunaux et la première fois : la peur de mourir après l’étranglement. Les étoiles qui dansent et le ciel qui devient jaune. Il a fallut plusieurs années pour que je me révolte. Il me disait qu’il allait me frapper, je me révoltais et lui rétorquais de le faire. La violence a été mon lot quotidien pendant 10 ans. Un cauchemars sans fin. Une violence sexiste, misogyne, patriarcale : celle d’un père envers sa fille comme des milliers de gosses battus et humiliés qui l’auront sûrement cherché. De l’humiliation sur mon corps, mon esprit. Jamais bien, jamais parfaite. Parce qu’une petite fille, puis une ado’, puis une femme. Tu l’a cherché. Ensuite il y a eu la première fois, le viol. J’ai fermé les yeux et je lui ai dis d’arrêter. Il m’a dit « il faut bien que je me vide les couilles ». Je n’ai rien dis de plus. Il fallait bien qu’il se vide les couilles. Il faut bien qu’ils se vident les couilles. Je me suis juste demandé si ça avait lieu le lendemain matin. J’ai classé l’affaire : j’avais déjà connu la violence, ça ne pouvait pas se reproduire. La peur de mourir, elle avait pointé. Mais si sommairement, que je n’y avais pas cru. De toutes manières, je l’avais sûrement cherché. Et puis il y a eu la tentative de viol. La peur du viol a jaillit, m’a frappé au visage. Il m’a fallut sortir de moi pour lui dire « mais tu vas pas me violer quand même ?! » quand je lui ai dis d’arrêter d’essayer de m’arracher mon pantalon. La peur du viol, peur de mourir. Un jour, il m’a dit « tu m’a alpagué chez toi, c’est pas pour rien ! » pour se dédouaner de son comportement. C’est vrai, je l’avais invité chez moi. Alors, je l’avais sûrement cherché. Entre temps il y avait le harcèlement. Les insultes. Les regards . Tu baises, tu suces, tu vas où, tu fais quoi. Tu lèches hein ? Salope, pute, pétasse, connasse, salope, salope, salope. Tu fais ta mijaurée mais avec ma queue dans la bouche, tu diras plus rien. Sale gothique, t’es bien chaudasse là. Bouffonne. T’es bonne. Salope. Quotidiennement, régulièrement, constamment. Matin, midi, soir. En jupe, pantalon, short. Baskets, New Rock, pieds nus. Mais je devais à nouveau le chercher.

En tant que féministe, on parle beaucoup du viol, du harcèlement, des agressions. De ce pouvoir, ce privilège masculin. On le théorise, on lit des écrit de grandes féministes, on en écrit nous même. On se dispute sur la forme parfois. Mais toujours on y revient : le viol, il est là, omniprésent et il nous tient en joue. Ils peuvent presser la détente et on peut crever en un instant. On doit se battre, l’évincer, l’éventrer, lui donner un énorme coup de New Rock ou d’un bon bouquin dans la figure. Renverser la violence, se soutenir, s’armer, se défendre, parler, faire des espaces safe, extérioriser. Balancer cette peur loin. Et puis, ça arrive. Et on est pas prête.

Ce soir là, je devais partir en voyage scolaire. Un voyage prévu depuis un mois et demi. J’avais validé mon semestre. J’étais aimée. Pas de conflits, pas d’ennuis. Tout allait bien. J’allais découvrir une nouvelle culture et tout irait à merveille. Il a surgit de nul part alors que je cherchais à faire une photo de mon sac de voyage pour Instagram. J’ai sursauté très faiblement car il faisait nuit et qu’il avait une allure suspecte. Mais mon cerveau a rationalisé subitement mon instinct qui me disait que ce type, avec son écharpe sur le visage et son bonnet sur la tête, était louche. Il m’a dit « pardon, je voudrais voir les horaires ». Je me suis assise sur le banc, et j’ai pianoté machinalement sur mon portable. Je ne sais pas pourquoi j’ai levé la tête. Je trouvais qu’il était trop proche. Mes yeux sont tombé sur sa queue qu’il branlait frénétiquement, sauvagement. Entre le moment où il m’avait demandé de me pousser du panneau et où je m’étais assise, tout était allé si vite. Mon cerveau a soudain basculé dans un monde de terreur que je ne pensais pas revivre. Je me suis levée d’un bond, incapable de réfléchir, j’ai hurlé. Hurlé comme une bête et courus vers le passage piéton pendant qu’il s’enfuyait dans les bois. Je me suis mise à pleurer, haleter. Des étudiantEs sont arrivéEs vers moi, j’ai touché le bras de l’une d’elle que je connaissais pour être une camarade de classe en bégayant. Incapable de parler. Incapable de raisonner. La peur du viol avait jaillit soudainement, à nouveau. La peur de crever. Quand mes yeux étaient tombées sur son sexe qu’il branlait comme un porc juste à côté de moi, j’ai pensé « il va t’éjaculer à la gueule, te l’a fourrer dans la bouche » puis « ta vas crever. Encore ».

Tu vas crever.

Tu vas crever parce que même si on se remet d’un viol, tu en as marre. Ta vie toute entière a été faite d’une telle violence, telle haine de ton genre, de ton sexe, tel pouvoir de domination machiste qu’il va juste te détruire intérieurement et cette fois-ci, tu ne pourras plus t’en remettre. Tu sais ce qu’ont été les coups, tu as passé tes 22 ans à affronter la peur de crever. Tu es devenue féministe et tu t’es emplit de soif de justice, de colère face à ta condition de meuf qui fait de toi un trou juste bon à humilier, frapper, blesser, violer. Tu as théorisé cette condition, cette violence. Tu t’es battu, tu as trouvé des comparses et des compagnons de routes, des alliéEs de tout genre, sexe. On t’a aimé, apprécié. On t’a fait comprendre que non, tu n’étais pas responsable de ça, que non, tu ne l’avais pas cherché. Que tu méritais le bonheur. Que tu n’étais pas responsable de ce système. Mais en fait, tu n’étais pas prête à ça. La peur débordante, dégueulante qui t’envahit comme un serpent, une explosion, ton cerveau qui fait boum soudainement. Boum. Boum. BOUM. Incontrôlable, ingérable, terrifiante, un sentiment de pur terreur, panique. La trouille intense, là. Soudainement, tes livres et toutes tes armes féministes, tout ton savoir sont tombée à terre. Tu es nue mentalement parce qu’un type se branle à côté de toi, t’impose la vision de son sexe dégueulasse, de sa jouissance de merde. Dans un instant, il giclera sur ta gueule et tu pourras aller jeter ton féminisme aux chiottes parce qu’il ne t’auras servit à rien face à cette peur qu’ils sont capable de dominer, jouer avec toi, tes nerfs, ta conditions. A cet instant, je les entends tous jouir sur nos visage, tout ces machistes, ces misogynes, ces terroristes des meufs, des femmes et nous dire : nous avons un sexe, nous avons le pouvoir et vous n’y pouvez et pourrez rien. JAMAIS. Il y a eu les tremblements et les tremblements sont toujours là. La culpabilité terrible. Je ne suis pas quelqu’une qui se morfond sur moi même, je refuse d’être une victime, je refuse l’échec, je refuse l’injustice. Pour mes comparses mais encore moins pour moi. Je m’auto discipline, j’y arriverais, je vaincrais. Je compatis mieux à la douleur d’autrui qu’à la mienne. C’est comme ça, on survit comme on peut. Je me suis toujours dis « si ça reproduit, je le tue / lui donne un énorme coup dans les couilles ». Depuis ma première agression, je porte constamment des New Rock et ce n’es pas uniquement pour faire joli. Je porte aussi une armada de bagues épaisses. Ca peut faire mal dans les mâchoires. Je sors armée. Je m’estime armée. Je me croyais armée comme Saint Marguerite terrassant le dragon. Je n’ai pas été fichu de me défendre. J’aurais du lui donner un coup dans les couilles, les genoux. Hurler autre chose que ce cri quasi animal et humiliant. J’ai agis comme une bête qu’on agresse et aujourd’hui encore, j’agis comme une victime. Je flippe dès que je regarde ce banc de bus, dès que je dois entrer chez moi. Je me dis « mais pourquoi tu fais tout plat d’un mec qui s’est branlé à côté de toi ? Des milliers de meufs vivent ça et en font pas tout un plat ». Je m’en veux d’aller mal. Je m’en veux d’avoir ce bruit de fond dans ma tête. Quoi que je fasse, j’ai cette image dans la crâne. Avant, quand un mec me harcelait dans la rue, je gueulais des insanités compréhensible, je repoussais la peur du viol. Je n’ai pas été foutu de l’a repousser ce soir là que par ce cri, mon cœur qui explose, l’incapacité soudaine de parler correctement sans bégayer pendant 20mn.

Alors, je suis en colère. Soudainement tout explose dans mon crâne et la colère rejaillit. J’ai cherché du soutien sur twitter et un abruti m’a fait du slut shaming dégueulasse. Je savais que ça arriverais. Parce qu’il parait qu’on le cherche. Que j’ai pas fermé ma gueule, pas agit en victime digne. Ai cherché un peu de chaleur humaine sur un réseau sociale où était réunis des alliéEs, des amiEs. Pardon, vraiment, d’avoir voulu me réfugier quelque part où un mec ne se quasi branle pas sur votre gueule. Je suis en colère parce que j’ai été élevé dans une société qui m’a dit qu’en tant que meuf, je serais violée. Que ca sera inévitable. Ma faute. Et que je ne pourrais jamais rien y faire. Je suis en colère parce que ma vie entière n’a été qu’une succession de violences, un torrent de haine à mon égard, de domination, de coups, d’insultes, de paroles. Et que je ne connais pas la normalité, les jours heureux et sans peur. Je suis en colère parce que dans mes cauchemars, je suis encerclée de zombies, de monstres et je dois fuir, sans armes, ni personnes et qu’ils sont là, qu’ils peuvent me détruire, me dévorer et que je peux devenir morte vivante à mon tour. Je suis en colère parce qu’on vient me dire que je généralise alors qu’aucun mec ne connaîtra jamais notre peur, notre terreur d’être violée, touchée, giflée parce qu’une meuf, parce qu’inférieur, parce qu’elle l’a cherché, parce que c’est qu’une claque, parce qu’elle avait qu’à dire non, parce que sa jupe, parce que c’est comme ça. C’est normal, un type se branle à côté de toi et tu en fais un plat. Et un type qui se branle et est à deux doigts de jouir sur ta face et ton consentement, c’est normal, ou juste un cas isolé, des milliers de cas isolés tout les jours, à toutes les heures. Des types qui emmerdent ton avis, ta voix et te disent qu’ils ont une queue alors ils auront le pouvoir. Je suis en colère parce que notre chatte, notre genre féminin ne nous arme pas et nous rend petite, faible et qu’on leur apprit à se servir de leur bite comme d’une arme pour détruire au lieu d’un truc de plaisir et que le consentement est surfait et pas ou peu évoqué. Parce qu’on leur a dit à tous qu’ils seraient des princes, des rois du patriarcat et qu’ils pourraient jouir le jour, la nuit sur nos gueule, nos corps et que notre conditions de meuf est faite pour ça. Je suis en colère contre tout ce système, mon ventre déborde d’un feu que je voudrais hurler mais parce que je sais déjà qu’ils vont venir comme des loups se plaindre qu’ils ne sont pas tous comme ça, qu’ils ne violent pas, n’agressent pas, qu’ils ne sont pas privilégiés, que c’est faux, que le patriarcat n’existe pas, que ce sont eux les vrais victimes, que j’abuse un peu, que je mélange un peu, parle sous le coup de l’émotion. Je les vois venir me dire que j’affabule, faire leurs victimes outrés, dire que l’agression m’aveugle, que je ne suis pas rationnelle, que je dois fermer ma gueule parce que je suis trop agressive, sauvage, colérique, violente. Parce que je réclame une justice et que je ne veux plus voir ni entendre des histoires de mecs qui se branlent sur nous en s’en fichant éperdument de notre consentement, que je dessers la cause, que c’était rien, que c’était un cas isolé. Toujours les mêmes merdes en refrain des types qui vont préférer justifier le patriarcat plutôt que défendre celles sur qui on s’astique sauvagement sans en avoir rien à foutre si on est d’accord ou non.

Et moi, je voudrais juste faire exploser cette bulle sourde de colère et de « pourquoi ? » Pourquoi tu te branles à côté de moi, pourquoi putain, POURQUOI?! Mais qu’est ce qui se passe dans ta tête pour te dire que tu vas humilier, faire peur, foutre en insécurité totale une meuf, un soir, tard, où il n’y a personne ? Alors je vais reprendre mes armes, remettre mes New Rock, continuer à lire et m’armer, parler, théoriser, discuter, argumenter, m’échauffer sur des désaccords. Etre encore plus forte, plus révoltée, plus déterminée à donner d’énormes coups de pieds dans les idoles du patriarcat. Jusqu’à ce que cette peur du viol, de la mort s’éloigne. Et jusqu’au prochain qui me rappellera que je ne suis qu’une meuf et que je n’aurais jamais le privilège de la sécurité, de la liberté, du bonheur tant que le patriarcat sera sur pieds et bien portant.