Pourquoi iZombie est vraiment chouette.

J’ai peur des zombies, je déteste les zombies, les zombies me foutent une trouille d’enfer.
Depuis que je suis ado, je fais des cauchemars où ces crétins sont présents, en horde, avec leurs vêtements déchirés et leur visage décharné. Ils avancent lentement, me tournent autour et sont prêts à me dévorer. En général, je me réveille un peu paniquée en vérifiant sous mon lit qu’aucun mort vivant ne se planque discrètement.
Pendant longtemps, j’étais même incapable d’en voir en photo.
Au fil du temps, cette peur est devenue omniprésente et anxiogène. J’avais besoin de tenir la main de mon compagnon de l’époque quand je regardais The Walking Dead et c’était au prix d’un grand effort que je prenais sur moi pour ne pas crier à chaque apparition d’un zombie.
Au bout d’un moment, j’ai pris le taureau par les cornes. J’ai avalé tous les films de Romero histoire de me défaire de ma peur des zombies.
J’ai réussi à comprendre que les morts vivants de The Walking Dead n’étaient rien d’autres que des figurants avec lesquels Norman Reedus faisait des selfies parfois.
Mais bref, j’ai peur des zombies, je ne les aime pas, ils me fichent la chair de poule et rien ne me dit que nous sommes à l’abri d’une prochaine invasion de morts vivants fous furieux qui voudraient faire de mon bout de gras leur goûter de 16 h (ne vous moquez pas) (je me suis préparée mentalement à cette invasion de toute manière) !

Ça c’était avant iZombie.

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La série raconte l’histoire de Liv (Olivia Moore), une brillante étudiante en médecine qui a un fiancé génial et un avenir prometteur. Jusqu’au soir où elle décide d’aller à une fête sur un bateau. Malheureusement la soirée tourne mal, le bateau prend feu et Liv se réveille quelques heures plus tard sur une plage, transformée en morte vivante avec une faim vorace.
Heureusement, Liv n’est pas une zombie classique comme on peut en croiser dans les films de Romero : Liv n’a finalement que son corps qui est mort tandis que sa conscience d’humaine reste encore bien éveillée. C’est ainsi que, avec le teint pâle et un look digne d’une ado gothique tout droit sorti de The Craft, notre héroïne accepte un job dans une morgue légiste afin de pouvoir se sustenter goulûment de précieux cerveaux humains dont elle a besoin.
Mais l’un des intérêts principaux de la série, c’est les visions que procurent les cerveaux que dévorent Liz, visions qui lui permettent non seulement de s’approprier une part du comportement de la personne décédée mais aussi de résoudre des énigmes policières au fil des épisodes. Lors de la digestion de cerveau qu’elle trouve à la morgue légiste, Liz voit les souvenirs des victimes, ce qui lui permet de recoller ces morceaux du passé desdites victimes afin de trouver par qui elles ont été tuées.

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Dans sa nouvelle aventure, elle sera aidée par son nouvel ami, Ravi Chakrabarti, un jeune docteur charmant au fort accent british qui cherche pour elle un remède à sa condition de morte vivante (oui parce que manger des cerveaux tous les jours pose vite quelques limites d’ordre gustatifs, entre autres). Elle croisera l’homme à l’origine de sa zombification, Blaine DeBeers qui a monté une petite mafia du crime et elle résoudra des enquêtes policières et des affaires de meurtres avec Clive Babineaux, un détective qui pense que Liv a des visions de médium, ne connaissant pas son terrible secret.
La série fait évoluer le personnage de Liv tout au long des épisodes où l’on comprend vite que sa zombification est une métaphore pour parler d’agression sexuelle et que l’héroïne garde les séquelles d’un stress post traumatique.

Les enquêtes sont intéressantes mais le personnage de Liv est avant tout extrêmement attachant. On a envie de soutenir, d’épauler cette héroïne drôle et tourmentée par sa nouvelle condition de morte vivante.
J’ai énormément apprécié ne pas retrouver de contenu sexiste, raciste ou homophobe : si la série n’est pas entièrement parfaite dans les échanges, celle-ci regorge de personnages intéressants, d’hommes plutôt safe et agréables (et pas qu’à l’oeil, promis) dans leurs rapports avec Liv tout comme elle comporte aussi son lot de sales types inquiétants et dangereux.

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Chaque épisode est une nouvelle surprise pour le spectateur – la spectatrice : quelle vision va avoir Liv ? Quel comportement et personnalité va-t-elle posséder après avoir ingérer un nouveau cerveau humain ? Comment va-t-elle vivre cette nouvelle expérience ? La série permet aussi de découvrir de nouveaux zombies au fur et à mesure et de découvrir que tous ne sont pas aussi éthiques que Liv lorsqu’il s’agit de trouver de quoi survivre…
iZombie, c’est la série qui m’a fait aimer les zombies et avoir de l’empathie pour eux.
iZombie, c’est une série doudou, une série réconfortante, avec plein de chouettes choses : une héroïne attachante, drôle et intelligente, un allié humain sympathique, fun et avec un accent british mignon, des zombies mignons (je ne pensais pas dire ça un jour) et aussi des zombies crevards (on les aime bien quand même), des énigmes intéressantes et un scénario vraiment chouette ainsi que des questions éthiques passionnantes sur le rapport à l’humanité en tant que morts vivants.
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Je ne saurais que vous conseiller d’aller les yeux fermés, une poignée de cervelet, heu, de chips à portée de main et de vous jeter sur iZombie, sans compter que la saison 2 est actuellement en cours à l’heure où j’écris ces mots.

(Merci à Maxence pour la relecture)

Comment Mass Effect m’a aidé à surmonter une rupture amoureuse

Il est nécessaire d’être à jour sur le second et le dernier opus du jeu Mass Effect pour lire cet article afin d’éviter tout spoilers.

Il y environ un an et demi, mon compagnon de l’époque m’a quitté. J’étais en relation dite polyamoureuse et ma copine du moment venait de me quitter également dans la semaine. J’étais malheureuse d’avoir déjà à subir une première rupture, je ne m’attendais pas à la seconde qui venait après 5 ans de relation. Déprimée, j’avais perdu l’appétit. Je restais au lit pendant plusieurs jours, indifférente à tout ce qui m’entourait. Même les séries que je chérissais tant n’avaient plus autant d’attrait.
En ne sachant ni comment ni pourquoi, j’ai décidé un matin de jeter un œil à ma bibliothèque de jeux sur Steam. C’est là que je me suis souvenue que mes amis-es K et T m’avaient offert les jeux Mass Effect. Il faut savoir que mon amie K est fan, très fan, vraiment très très fan de Mass Effect, A cette époque, elle en parlait beaucoup, pour ne pas dire qu’elle me rabâchait joyeusement les oreilles de Garrus et de Shepard et du Normandy sur Twitter.
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J’avais bien tenté de faire le 1er opus mais le gameplay m’avait sérieusement agacée.
Sans trop savoir pourquoi, j’ai décidé de me lancer dans le second opus : parce que je m’ennuyais, parce que j’étais triste et au plus profond de moi-même à ce moment-là, et que j’avais perdu beaucoup d’espoir également par rapport aux relations amoureuses et à moi-même.

Je suis atteinte de troubles de l’attention avec hyperactivité. Pour résumer un des aspects les plus importants : j’ai un mal fou à me concentrer sur quelque chose ou je suis victime d’obsessions compulsives complètement démesurées et dingues pendant un temps indéfini. Il n’y a pas vraiment d’entre deux pour cet aspect de ma personnalité.
J’ai donc lancé une partie du jeu et je n’ai plus lâché ce dernier pendant plusieurs jours à raison de 7 à 8 h de jeu par jour. Pourtant j’avançais lentement (j’avance toujours lentement dans les jeux), parce que je meurs beaucoup ou que je cherche à bien comprendre l’histoire. Et l’histoire de Shepard m’a soutenue alors de nombreux mois.

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Je me suis beaucoup identifiée à ma Shepard. Le jeu comprend un aspect sympathique, à savoir celui de pouvoir romancer des personnages. Mon amie K était fan de Garrus comme beaucoup de fans de mon entourage et c’est vrai que je trouvais ce personnage attachant, séduisant. Mais pas vraiment le genre de garçon que j’aurais romancé dans la vraie vie. J’ai bien tenté de romancer Jack, typiquement le genre de filles castagneuse au look dévastateur qui me plaisait aussi, mais je la trouvais vraiment trop agaçante par moments pour pouvoir concevoir une romance dans laquelle je m’identifiais pleinement.
L’été est passé, je n’ai pas retouché au jeu et j’ai préféré prendre quelques vacances pour pouvoir finalement sortir de chez moi, avoir des rencards, boire beaucoup trop, bref m’oublier un peu et oublier mon chagrin autrement.

Je ne sais pas pourquoi j’ai laissé le jeu à un stade important, j’avais déjà résolu pas mal de conflits et choisi pas mal de mes alliés pour l’abordage final, j’avais rencontré les amis-es de Shepard les plus importants mais mon obsession s’est tarie. L’été s’est terminé et j’ai repris les cours. Vers le mois de septembre, j’ai finalement revu mon ex compagnon et nos sentiments ont repris le dessus sans que nous ayons décidé de nous remettre en couple. Notre histoire restait chaotique, pleine de conflits et de tristesse de mon côté.
J’ai finalement repris le jeu et c’est là, que j’ai rencontré Thane.

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Thane est un assassin plutôt dévot, plein de foi. Il est relativement calme et parle par énigmes. Et surtout Thane est torturé par le décès tragique de la femme qu’il aimait. J’ai tout de suite projeté en lui l’homme dont j’étais amoureuse à ce moment-là. Je me suis mise à jouer le jeu et à agir avec ma Shepard exactement comme j’aurais agi dans la vie de tous les jours avec cet ancien compagnon.
Thane et Shepard sont tombés amoureux et j’ai été extrêmement heureuse de ce choix que j’avais réussi à faire et qui correspondait à un moment où l’amour entre mon compagnon et moi renaissait de ses cendres.
Mais les mois ont passé et mon histoire avec mon amoureux allait malheureusement de plus en plus mal et c’est à ce moment-là que j’ai fini Mass Effect 2. Je me suis immédiatement lancée dans le dernier opus. J’étais d’abord triste de ne plus avoir mes anciens alliés sous la main mais de ne surtout plus trouver Thane. C’est alors que le jeu m’apprend que Thane, que j’avais romancé, était à l’hôpital. Thane n’allait pas bien, il était très malade. Une note m’apprend que je peux aller le voir.
Je me souviens avoir pleuré devant mon écran et avoir fait en sorte que Shepard se jette sans ses bras, angoissée à l’idée que Thane meurt… angoissée à l’idée que mon histoire d’amour avec mon compagnon s’arrête elle aussi à ce moment ces jours-ci.
Finalement, j’ai mis le jeu en pause à ce moment-là car je n’osais pas continuer la suite. Mon compagnon m’a alors quitté définitivement pour de bon cette fois ci. J’ai eu l’impression d’être à nouveau quitté et techniquement je l’étais. Nous ne pouvions plus recoller les morceaux ni espérer un avenir tous les deux. Nous avons coupé tout contact, numéro de téléphone, réseaux sociaux. Il avait besoin de faire son deuil et moi aussi.
Lorsque j’ai repris Mass Effect, Thane était sur son lit d’hôpital et m’annonçait qu’il allait mourir. J’ai à nouveau pleuré. Thane a fait une prière pour moi que je n’ai pas compris au début.

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J’ai continué le jeu quelques jours après et j’ai vu certains de mes alliés, que je considérais et identifiais alors comme de véritables soutiens, mourir. Je suis arrivée à la quête finale où j’ai dû détruire le Ripper et où j’ai été confrontée à un choix. Et ce choix m’a paru alors une métaphore de ma relation actuelle.
Qu’importe le choix que je faisais, je devais mourir pour passer à autre chose, Shepard devait mourir pour sauver l’humanité : je devais faire le deuil de cette ancienne personne que j’avais été pour avancer, faire le deuil de cette histoire d’amour, de cette vie, de ces projets avortés, de ce futur que nous n’aurions pas lui et moi, de cet appartement, ces voyages, ces mots d’amour que n’aurions plus, que nous ne nous dirions plus, Shepard devait mourir et mon ancien moi avec pour que j’avance.
Lorsque j’ai fini le jeu, j’ai pleuré comme jamais je n’avais pleuré devant un jeu. Parce que mon histoire d’amour était finie et la personne que j’aimais avec dans le jeu ainsi que dans la vie en dehors, parce que la personne que j’avais été pendant 5 ans également.

On sous-estime souvent le pouvoir des jeux vidéo. Lors de mon mémoire, je les ai vu pourtant tant de fois accompagner, guider, aider tant de personnes autour de moi. Je connais tant d’histoires de gameuses qui ont pu vivre une histoire d’amour à travers tel ou tel jeu, surmonter un deuil, surmonter des crises d’anxiété, émouvoir et ressentir quelque chose de fort et de puissant comme jamais auparavant.
A mon tour, Mass Effect aura été le premier jeu qui m’a aidé à surmonter une histoire d’amour, peut-être pas entièrement, il est vrai, j’ai eu l’aide de mes amies de toujours mais le jeu a été la métaphore poignante de ce que je vivais à ce moment-là et m’a permis de catalyser mes émotions dans quelque chose de sain, de positif, de réconfortant. Je voudrais alors qu’on n’oublie pas cet aspect-là des jeux vidéo et notamment de ce jeu ci. Comme il est important d’avoir des jeux qui nous offrent des choses dans lesquelles nous pouvons nous identifier et nous projeter aussi loin que nous le pouvons, des jeux vivants et forts qui accompagnent notre vie de tous les jours et permettent d’avoir parfois un quotidien moins lourd. En cela je voudrais remercier les concepteurs de Mass Effect de m’avoir offert quelque chose de thérapeutique dont j’avais besoin à ce moment, de m’avoir offert une clef de compréhension de moi-même pour pouvoir surmonter ma rupture et passer, tristement mais le cœur un peu plus léger, à autre chose.

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Par la suite je n’ai pas repris le jeu mais j’ai un nouveau compagnon et je compte bien recommencer Mass Effect en commençant par le 1er cette fois ci et en romançant Garrus. Finalement, j’aime bien les garçons qui ressemblent à des gros chats mignons.

Aussi je voudrais remercier mes amis-es K et T qui se reconnaîtront pour ce cadeau puissant et inestimable qu’iels m’ont offert. Cet article, c’est un peu pour eux aussi.

Pourquoi vous devez voir Mr Robot.

Sortie en juillet 2015, Mr Robot n’avait pas franchement de quoi me donner envie : oui bon encore une histoire de hackers, un petit héros anti héros qui a le comble d’être un mec blanc et sûrement hétéro avec en plus de ça une énième glorification des anonymous et toute la cohorte de petits nerds qui savent coder.
Voilà en gros ce que je me disais.

Et puis comme d’habitude, j’ai vu mes amies L et M regarder cette série, sachant que ce sont deux amies très intelligentes, très féministes et un brin nerd elles aussi. Je me suis dit qu’il devait y avoir un truc pas trop mal dans Mr Robot pour qu’elles regardent.
Vaguement ennuyée depuis que j’avais fini BSG, je traînais de série en série sans vraiment accrocher (notamment Caprica dont je vous reparlerais bientôt). Ayant récupéré tous les épisodes d’un coup de Mr Robot je me suis lancée hier soir et j’ai pour ainsi dire tout dévoré en quelques 24h (oui il faut bien dormir, manger et aller en cours entre temps).

Mais au fait, de quoi parle Mr Robot ?

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Mr Robot, c’est l’histoire d’Eliott, un hacker et il est effectivement blanc, masculin et hétérosexuel jusqu’à preuve du contraire. Mais Eliott est aussi un dépressif, un junkie, et surtout anxieux social à crever. Tiens donc, voilà qui allait beaucoup m’intéresser étant donné que je suis moi-même actuellement dépressive et anxieuse chronique. Il faut dire aussi que j’ai un faible pour les héros dans lesquels non seulement je peux m’identifier mais qui sont aussi un peu cassés par la vie. Les valeureux chevaliers des temps modernes et les froides guerrières ne m’ont jamais vraiment intéressé.

Eliott est donc un hacker. Son problème, c’est qu’il « hack » les gens : au travail, dans la rue, chez lui, il pirate email, réseaux sociaux et compte en banque des gens qu’il côtoie car c’est le seul moyen de les comprendre, de les cerner, de les approcher et semble-t-il pour lui, d’en avoir moins peur.
Eliott travaille pour Allsafe, une entreprise qui s’occupe de réguler la sécurité du réseau informatique de Evil Corp, l’une des plus grosses entreprises du monde. Evil Corp est un peu un mariage improbable entre Coca Cola, Nestlé, Monsanto et McDonald’s. Oui Evil Corp porte bien son nom.

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Le jour donc, Eliott travaille pour cette entreprise où il est un « white hat », un gentil hacker qui s’occuper de colmater le système et d’empêcher que de vilains virus viennent n’attaquer la grande méchan… La grande corporation qu’est Evil Corp.
La nuit, il se bat avec ses propres démons, la morphine qui est sa plus chère amie avec Alisson et entre deux séances d’hacking où il balance des pédophiles à la police, il voit une psy. Son rapport à sa psy est bien entendu complexe et Eliott n’arrive pas à s’ouvrir à elle, pas plus qu’à sa meilleure amie Alisson (mais qu’il a tout de même hacké pour mieux la cerner, tout comme sa psy). Bien sûr, comme de nombreux hackeurs, il a un discours intérieur vindicatif sur la société de consommation, les régimes politiques et économiques de la série qui ressemblent de très près à notre société occidentale existante.

Et tout bascule le jour où il rencontre Mr Robot qui lui propose de faire exploser littéralement Evil Corp via des moyens informatiques.

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La suite ? Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette série ni vous spoiler gratuitement (comme d’habitude, je vous conseille de fuir les sites Internet, dont la page Wikipédia qui vous spoilera aisément).

J’ai adoré cette série du début à la fin. En tant qu’anxieuse chronique, je me suis beaucoup reconnue en Eliott et j’ai réussi à surpasser mon agacement des 5 premières minutes. Il est vrai que j’aurai préféré voir une hackeuse ou alors un hacker de couleur mais la série réserve de légères surprises assez intéressantes sur les rapports hommes-femmes et les LGBT. L’équipe qui compose Mr Robot est également constituée de hackeuses dont une femme musulmane et je crois bien n’avoir jamais vu d’hackeuse musulmane dans toutes les séries et tous les films que j’ai vu, ce qui comporte donc en soit, une micro révolution.

Eliott n’est pas drôle, la série n’est pas drôle, rien n’est drôle. La série est même très anxiogène et étouffante tout le long. Mais Eliott nous parle, et pas seulement au sens figuré, comme pour se prouver qu’il n’est pas trop seul, qu’il a quelqu’un ou quelqu’une avec lui. Sans jamais briser le quatrième mur comme Franck Underwood dans House Of Cards, Eliott nous émeut et nous donne envie de le serrer dans les bras par sa fragilité, son angoisse des autres et finalement sa peur de lui-même.

La série suit plusieurs intrigues et plusieurs personnages au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire. Les plans, très souvent fixes et très beaux, quasi photogéniques n’ont pas été sans me rappeler House Of Cards à nouveau. L’intérêt de la série est donc aussi bien esthétique, politique que fantasmagorique.

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J’ai été émue par cette série qui m’a renvoyé à moi-même beaucoup de ma maladie. Si la série ne se concentre pas que sur cet aspect-là, elle est une excellente satire politique de notre monde moderne. Sans jamais tomber dans la facilité ou la médiocrité, empruntant à de nombreux films populaires (comme Matrix, V Pour Vendetta ou Fight Club), Mr Robot, qui n’avait rien pour me parler, a réussi à me surprendre et me bouleverser en 10 épisodes. Chaque personnage est fort, brillant, chaque jeu d’acteur dont celui de Rami Malek est merveilleux (et mérite un Golden Globe à mon avis).

Je ne saurais que vous conseiller d’y aller désormais les yeux fermés. Avec pour finir une petite citation d’Eliott :

« How do we know if we’re in control? And we’re not just making the best at what comes at us and that’s it? And trying to constantly pick between two shitty options, like your two paintings in the waiting room, or Coke and Pepsi, McDonald’s or Burger King, Hyundai or Honda? It’s all part of the same blur, right? Just out of focus enough to the illusion of choice. Half of us can’t even pick our own cable, or gas & electric, or water we drink, or health insurance. Even if we did, would it matter? If our only option is Blue Cross or Blue Shield, what the fuck is the difference? In fact, aren’t they the same? No, man. Our choices are pre-paid for us long time ago. »

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(merci à Maxence pour la relecture)

Est-ce que Fear The Walking Dead mérite le détour ?

Il y a trois ans, j’ai lu avec passion les comics de Walking Dead. J’ai tout naturellement enchaîné sur la série qui a su me prendre aux tripes au fil des saisons. C’est donc en relative fan de The Walking Dead, série, comics et jeux vidéo confondus, que j’attendais ce spin off : Fear The Walking Dead. Ni une, ni deux, ni trois, votre humble servante s’est lancée il y a quelques semaines pour boulotter rapidement les 6 épisodes qui constituent cette nouvelle série.

Alors : est ce que FTWG mérite le détour ?

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FTWD se passe de nos jours, à Los Angeles. Si TWD suit les aventures de Rick au sein d’un monde post apo’ qui connaît déjà des heures sombres et l’omniprésence des zombies, FTWD fait monter la sauce en douceur. Autant dire que si vous attendez de l’action et du zombie dès le premier épisode : c’est raté. L’action se met doucement mais sûrement en place via une famille recomposée et mixte. On y suit donc avant tout la famille de Madison qui a deux enfants, Nick et Alicia. Madison est remarié à Travis qui a pour enfant Chris. L’action du pilote se concentre principalement sur Nick, jeune héroïnomane tandis que la ville s’éveille doucement au son de quelques sirènes de police et d’hélicoptères au loin. Les zombies ne sont pas encore là mais on les sent en arrière-plan, prêts à intervenir et à frapper.

Il ne se passe pas grand-chose pendant trois épisodes. Et puis soudain la tension monte crescendo, les zombies arrivent, les réseaux sociaux et les écrans se font vecteurs d’images qui interloquent, personne ne semble comprendre ce qui se passe à commencer par nos héros, Madison et Travis.

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Et malheureusement à part Nick, aucun de ces personnages n’est franchement intelligent. Confrontés à des zombies, tous se révèlent vite incapables de se défendre, de comprendre ce qui se passe, de savoir comment (et s’il faut !) tuer ces morts vivants. Seul Nick semble réussir à montrer un minimum de jugeote et pour cause : il a été un des premiers personnages de la série à avoir été confronté à un zombie.

FTWD est lent, très lent, trop lent. J’ai essayé d’être indulgente mais j’avoue que le tout m’a diverti sans me passionner et j’ai besoin de ressentir une passion folle devant une série, d’être transportée, d’avoir envie de dévorer la suite. Mais FTWD m’a plutôt surprise et donné envie de voir la suite malgré mon manque de gourmandise : certes ce n’est pas la série de l’année, ni une série folle mais on reste surtout pour Nick, pour voir comment ces personnages évoluent. On reste aussi parce qu’on se demande où la série nous mène jusqu’à l’épisode 6, étant donné que celle-ci se concentre beaucoup sur l’aide de l’armée, et que les survivants-es ne sont pas laissés-es seuls-es comme dans TWD.

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Alors, est ce que FTWD mérite un détour ? Oui si vous aimez TWD, si vous êtes axés sur la psychologie des personnages plus que sur l’action pure et si vous avez aimé les jeux de Telltale.

A coup sûr, une série un peu lente mais dont, je l’espère, la saison 2 sera plus prometteuse.

Un petit mot sur : la saison 3 de Masters of Sex

J’inaugure ici une nouvelle catégorie de blog « un petit mot sur ». Réactions à vif, cette catégorie me permet de partager très rapidement certains de mes post ou tweets que je condense ici sur une série dont je viens de finir la saison. Cela permettra également de vous faire partager sur le vif toujours, si vous pourriez vous passer d’une saison d’une série que vous suivez ou au contraire la dévorer assez rapidement !

J’ai enfin finis Masters Of Sex saison 3. Il n’y a pas à dire, cette saison était bien meilleure que les autres mais surtout par la narration et la tension crescendo. Le jeu des acteurs est merveilleux, le propos intelligent, la tension dramatique bien menée.

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Malheureusement, si la série est vraiment prenante, on se rend de + en + compte que Bill est un horrible connard (pardonnez moi l’expression) manipulateur abusif avec les femmes et surtout avec Virginia ainsi que Libby. Virginia et Libby qui,  soit dit en passant, sont deux personnages féminins extrêmement opposés et pourtant très intéressant (mon cœur balance vers Libby, mais parce que je suis l’amie des chatons fragiles).Outre le fait que la saison 2 a flanché salement sur la représentation des femmes grosses et des asexuels-les ( même si on peut penser que le parti prit de « guérir » l’asexualité était dû à un choix social historique, l’asexualité étant toujours perçu comme une maladie de nos jours), la série romance beaucoup trop le comportement abusif sentimentalement, psychologiquement, sexuellement et professionnellement de Bill Masters. Cette saison démontre bien que + Virginia devient indépendante, moins Bill Masters supporte qu’elle s’éloigne de lui.
Je ne parle même pas des violences sexuelles et du fait que Virginia est quand même perçue par sa fille comme une salope qui couche avec plein d’hommes et dont la fille en paye les conséquences de manière dramatique : trigger warning sur plusieurs épisodes comportant des scènes de violence sexuelle également à ce propos.

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Au final une saison en demie teinte : si j’ai apprécie et apprécie toujours cette série pour le contexte social historique présenté, pour le jeu des acteurs, pour la narration et l’écriture, pour les personnages féminins (et queer !), la série me donne la désagréable sensation de romancer des violences sexuelles et romantiques à l’égard des femmes. En demi teinte, à suivre les yeux ouverts.

Pourquoi vous devez voir Battlestar Galactica.

Il y a quatre ans, j’ai commencé Battlestar Galactica. Le format était sacrément moche et les voix étaient en version française : de quoi sérieusement me rebuter.
Ayant commencé sans avoir vu la mini-série et ne sachant pas que la série possédait ce « pilot » important à voir, je me suis assez vite perdue et j’ai donc regardé la saison 1 d’un œil distrait, sans être vraiment impliquée. J’ai lâché l’affaire vers la saison 2, n’ayant retenu de BSG qu’un format dégueulasse, une VF dégueulasse et un intérêt moindre.

Bref, tout ça, c’était il y a 4 ans.

Cet été, en Juillet 2015, j’ai vu mon amie M. tweeter régulièrement à propos de BSG. Elle avait l’air franchement enthousiaste, son enthousiasme m’a contaminé, j’ai demandé à un ami de mes prêter les DVD et je m’y suis lancée. Cette fois ci, on m’avait prévenu qu’il fallait que je trouve le pilot sur internet (nommé donc « mini série ») sans quoi une bonne partie de la saison 1 allait m’échapper.
J’ai lancé les premiers épisodes.

Je ne suis jamais repartie du Battlestar.

C’est bien simple : je crois bien avoir eu le meilleur trip de ma vie en termes de séries et j’en parle sciemment comme d’une drogue.
Tous mes sens ont été résolument tournés vers cette série pendant 3 semaines. Trois semaines à me lever, me coucher en pensant à cette série, en attendant avec impatience que mon ami me prête la suite des épisodes, en cherchant des livres, des fan fictions, des références sur les acteurs•trices, les scénaristes (et bien mal m’en a pris, internet is dark and full of spoilers), faisant simplement de moi un être monomaniaque et obsessionnel compulsif…Le comble quand vous avez des troubles de l’attention).
J’ai toujours aimé la Science-Fiction. J’ai grandi avec un oncle qui m’a fait lire Moebius et possédait des piles de bouquins d’Assimov. En bonne nerd, j’ai dévoré Stargate ado puis Docteur Who. En somme Battlestar Galactica avait tout pour me et vous plaire.

 

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Battlestar Galactica commence avec un propos plutôt classique et connu de nombreux connaisseurs•ses de SF. Les humains ont créé les cylons et ceux-ci se sont naturellement retournés contre leurs créateurs. Par la suite d’une explosion de leur terre d’origine et des douze colonies, les humains s’enfuient à bord du Battlestar Galactica avec de nombreux autres vaisseaux dans l’espace en souhaitant à la fois échapper aux cylons qui ne cessent de les poursuivre mais aussi dans une quête ultime de trouver la Terre afin de se reconstruire.

La série suit sur 4 saisons cette quête incessante, quête initiatique et fantasmée d’un monde accueillant sur lesquels l’espèce humaine pourra se reposer et vivre loin des cylons.
Mais là où le bât blesse, c’est que les cylons ont naturellement évolué loin de leur créateur et possèdent désormais une apparence humaine. Ils sont également capables de télécharger leur esprit dans un autre corps s’ils meurent, les rendant immortels. Enfin, ils poursuivent les humains sans relâche et avec une force de frappe contre laquelle les humains auront du mal à se défendre.

 

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L’originalité de la série réside alors en plusieurs aspects. D’une part, les humains et le monde que nous connaissons n’existent pas puisque que les humains viennent de différentes colonies rappelant les constellations (Caprica, Taurus, Scorpio etc). Leur religion est basée sur celles des dieux de Kobol à contrario des Cylons humanoïdes qui croient en un Dieu unique. Enfin, les instances politiques se divisent entre le pouvoir militaire et le pouvoir politique + démocratique avec l’élection d’un ou d’une présidente et d’un ou d’une vice-présidente.

D’autre part, et c’est là quelque chose qui m’a particulièrement séduit : les rapports de genre sont à l’opposé même de tout ce que j’ai pu voir dans une série et une série de SF. BSG est la seule et unique série qui ne comporte quasi aucun homme qui ne possède un comportement à proprement parler sexiste ou machiste qui soit légitimé. Non seulement les hommes ont des rôles important de père, d’ami, d’amant ou d’époux bienveillant mais chaque fois qu’un homme ose émettre ou avoir un comportement sexiste et misogyne, il y a toujours une femme pour le remettre vertement à sa place et se défendre (parfois même physiquement). Loin de moi l’idée de prétendre qu’il n’y a aucun personnage masculin qui ne soit pas un imbécile et un lâche fini (suivez mon regard vers Gaius Baltar), ni que le monde de BSG ne comporte pas de violences sexuelles ou conjugales, mais je n’ai pas relevé un seul comportement ou une seule remarque sexiste qui soit, de surcroît, validée par la narration ou la série en elle-même.

Les femmes sont d’ailleurs omniprésentes : en politique, dans les hautes instances comme Laura Roslin mais aussi dans l’armée, comme pilote (coucou Starbucks) de Viper. On trouve également plusieurs acteurs de couleurs (Bill Adama pour exemple) et plusieurs personnages LGBT (je n’en dirais pas plus ici pour ne pas vous spoiler d’avantage).

Enfin, la série regorge également de questions métaphysiques, philosophiques et politiques sur le pouvoir, la religion, les relations humaines, Dieu, les différences entre humains et machines.

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BSG possède une force prenante incroyable. Si le format peut au début désarçonner pas mal avec une impression de « reportage » plus que de série, on passe très vite outre ces détails pour entrer pleinement au cœur des intrigues et de l’action. L’ensemble est merveilleusement bien écrit, avec des rebondissements et des rapports humains forts, dynamiques, intéressants. Malgré son aspect dramatique, et je vous préviens, vous allez beaucoup, beaucoup pleurer, j’ai été vite perdue dans cet univers avec l’incapacité d’en ressortir sans connaître la suite.

Sur un plan plus personnel, il faut dire aussi que j’allais plutôt mal durant ces quelques semaines de visionnage. Je reparlerais de l’aspect thérapeutique des séries dans un prochain article mais BSG m’a aidé à ne pas sombrer dans le désespoir et l’auto destruction personnelle. Cette série a eu une vertu thérapeutique importante pour moi. Elle m’a permis de me rendre compte que j’étais parfaitement capable de me focaliser sur quelque chose et d’en retenir les principaux enjeux, ayant, comme je le disais plus haut, de gros troubles de l’attention avec hyper activité.

J’ai pu me reconnaître dans de nombreux personnages et apprécier pleinement leur évolution. Si tout n’est pas parfait, c’est la richesse de ce qui s’en dégage, la complexité de la biographie personnelle des personnages et parfois la manière dont pour certains ils surmontent leurs traumatismes, leur passé et leur douleur qui m’ont ému et dans laquelle je me suis reconnue. En tant que personne qui a vécu de nombreuses choses douloureuses et songe souvent à sa condition de « femme » en tant que classe sociale, j’ai réellement pris du plaisir à voir et m’identifier à des personnages féminins qui ont du courage, des émotions, mais aussi des faiblesses et qui existent en tant que telle et non pas uniquement comme faire valoir pour aider les hommes ou être un enjeu érotique. J’ai aimé le sarcasme de Starbucks et je voudrais avoir son courage, j’ai aimé la patience et la ténacité de Laura, j’ai même aimé la puissance magnétique, le charisme et la poigne de fer de Numéro 6 et j’ai réellement apprécié trouver enfin des figures masculines plaisantes, douces et bienveillantes. J’ai même aimé finalement Gaius Baltar mais tous les fans de Gaius Baltar adorent détester ce personnage (dont même l’acteur avoue qu’il a trouvé en son personnage un sacré gros con et lâche).

Sur une note plus pratique et finalement, j’ai pensé qu’un petit résumé de comment il faut voir les épisodes pourraient vous aider à regarder la série après ce pamphlet enflammé et enthousiaste sur combien BSG est merveilleux et formidable.

Quelques conseils tout d’abord : ne cherchez strictement RIEN sur la série, pas même un article, un nom d’épisode, rien, nada, niet. Internet est réellement rempli de spoilers, demandez plutôt à quelqu’un-e qui a vu la série de vous aiguillier si vous avez une question !

-Mini Série : en un ou deux épisodes. Attention, les sous titres en anglais et en français sont tous les deux décalés. N’abandonnez pas, ce pilot est très important !
-Saison 1
-Saison 2
-Film « Razor »
-Saison 3
-Web série Résistance (disponible sur You tube)
-Saison 4
-Entre l’épisode 12 et 13, web série « The Face Of The Ennemy » (disponible en streaming)
-Fin de la saison 4
-Film « The Plan »
-Film « Blood and Chrome »

Pour poursuivre l’aventure, série « Caprica » (se déroulant 50 ans avant la destruction de Caprica).

Au risque enfin de me faire détester par des puristes de BSG, inutile de jeter un œil à la série original de BSG. Il n’y a quasi aucune femme intéressante, les cylons sont une métaphore des communistes (merci le macarthisme) et l’acteur qui jouait Starbuck est un gros, gros connard misogyne.

So Say We All ! Et bonne chasse !

 

 

(merci à Seb Cooper pour l’aide précieuse de lecture durant le visionnage durant la série à Maxence pour la relecture).

Pourquoi Sense 8 mérite d’être vue.

C’est la fin de l’année, et j’ai donc pu joyeusement balancer mes copies par la fenêtre et me gaver de séries : que Dieu bénisse Netflix et le temps alloué à pouvoir m’adonner à ma passion favorite !

Au mois de juin, tout le monde ne parlait que de Sense8, qui était présentée comme LA prochaine série de SF à voir absolument, conçue par les géniaux Andy et Lana Wachowsky qui ont tout de même conçu Matrix – si vous connaissez vos classiques.
Une fois n’est pas coutume, en bonne sériephile addict, j’ai tenté de comprendre pourquoi et comment autant de gens peuvent aimer une production télévisuelle, et surtout curieuse de ce que Netflix nous a encore pondu, je me suis lancée à l’assaut du bébé de 12 épisodes. 12 épisodes, c’est pas grand chose quand on sort de 6 saisons de The Good Wife a raison d’environ 22 épisodes par saison, alors allons-y.

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S’il fallait définir Sense8, je dirais que le mot « amour » serait un bon sous-titre général. Toute la série transpire la bienveillance, l’affection, l’amour entre les personnages.
L’histoire, en résumé : 8 personnes arrivent à communiquer entre elles au travers de la planète sans avoir besoin de se rencontrer physiquement. On les appellent les « sensitiv ». Bien entendu, ces 8 personnes sont ultra spéciales et une organisation secrète rêve de mettre la main sur chacun et chacune d’entre eux et elles. L’intérêt de la série repose sur le fait qu’on suit les 8 à travers leur vie, leur histoire mais aussi leurs enjeux personnels.

Et ce n’est franchement pas de tout repos ! Ca castagne dans tous les sens : il y a du sang, des gens qui se tirent dessus, qui se frappent… et des accouchements en frontal – vous êtes prévenus, surtout si vous êtes phobiques, comme moi, des accouchements). Bref, Sense 8, c’est pas très joyeux dit comme ça. Mais voilà, c’est bienveillant.
Bienveillant à commencer par le fait que la série a voulu représenter plusieurs LGBT et personnes de différentes couleurs de peau : on a une femme transgenre, un homme gay et latin, un homme noir, une femme asiatique, une autre femme noire et lesbienne, etc, etc.
La série a voulu réellement laisser place aux différences de genre, d’identités sexuelles et de couleur de peau et autant dire que ça fait du bien. Ça fait du bien de voir des couples LGBT qui s’aiment, se désirent, ça fait du bien de voir des personnes de couleurs respectées dans leur culture et leur particularité sans tomber dans le cliché et la caricature. Ça fait du bien de voir autre chose qu’uniquement l’homme blanc hétérosexuel sauveur du monde.
Le seul petit bémol à cette série, c’est la prédominance de l’anglais : tous les sensitives parlent anglais et se comprennent via l’anglais. J’imagine que c’était un raccourcis choisi par facilité – les sensitives se comprennent cela dit aussi sans barrière de langue respective.

 

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Globalement, la série met du temps à démarrer. J’avoue qu’à l’épisode 6, je n’étais toujours pas convaincue par ce que je voyais, je n’arrivais pas vraiment à m’immerger pleinement. Il y a une trop grande facilité d’interaction entre les sensitives qui m’a surprise malgré la bienveillance entre eux et en même temps, l’histoire générale nous laisse pas mal de temps dans le flou.
Et puis soudain, vers l’épisode 9, les choses décollent follement. L’originalité, c’est que chaque sensitive est dans son pays et sa ville d’origine, chacun et chacune avec ses problèmes mais c’est leur rencontre, leur particularité commune qui fera leur force. C’est difficile de dire quel•le sensitive j’ai le plus aimé, mais le choix de mon cœur se porte tout particulièrement sur Riley qui a la palme de la poisse – je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. Chaque sensitive est émouvant à sa manière au final.
La série se dénoue véritablement au dernier épisode et les sensitives s’apprivoisent enfin dans les derniers épisodes.

Sense8 n’est pas une série que j’ai adoré comme j’ai pu adorer d’autres séries qui m’ont rendu complètement accro au point de me dire « allez, encore un épisode et je dors ». Mais l’ensemble est si bienveillant, si touchant et l’amour qui découle entre chaque personnages m’a tant touché que je ne peux que vous recommander cette série. On sent que les Wachowsky ont voulu, dans toute cette série assez dramatique et violente, montrer une solidarité, une force entre des gens si différents qui ne se connaissent même pas, montrer qu’il est possible de surmonter les barrières des différences d’origine, d’orientation sexuelle, de genre et que ces différences sont finalement une richesse pour le groupe des sensitives.

Alors allez-y.

(Et puis il y a les meilleures scènes de sexe du monde !)

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Virginie Despentes

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours lu.

A 5 ans, je savais lire. Arrivée au CP, je m’ennuyais fermement. Je dévorais mes livres de cours ou passais plus de temps à bavarder qu’à écouter, au grand dam des mes professeurs.
Car avant de rentrer dans le monde des idées, il me fallait deviner le sens caché des mots. Je n’ai pas souvenir de longues heures à tenter de deviner ce que je voyais sous mes yeux. Lire me parut très vite évident et intuitif. Gamine, j’ai passé de nombreux moments à m’immerger dans tout ce qui me tombait sous la main et contenait des mots. Prospectus, magazines, vieux romans de gare, publicités, peu importe. Je lisais tout. J’avais une soif insatiable de mots, d’univers – surtout d’univers – de quelque chose dans lequel me plonger, m’échapper, m’enfuir. Tout excitait mon imagination et chaque morceau de papier emplissait ma tête.
Je n’ai pas tenu de journaux intimes comme beaucoup d’adolescents. L’acte d’écriture est venu très tard, vers les 15 ans.
Mes premiers écrits tournaient autour de nouvelles. Je m’installais devant un ordinateur, le mien ou celui de mon lycée et j’écrivais tout ce qui me passait par la tête.
A cette époque, je lisais toujours tout ce qui me tombait sous la main. J’avais la carte de la médiathèque juste en face de mon lycée et c’était à mes yeux un puits sans fond de trésors incroyables. Outre les bandes dessinées, les magazines, mon esprit se perdait fréquemment dans les rayons de science fiction, de romans classiques, de livres de fantasy. Je suis devenue adolescente et mes pas m’ont portée vers le rayon musique de la médiathèque.
Je ne sais pas si les livres m’avaient donné envie d’écrire. Même encore aujourd’hui, je lis un livre pour m’immerger, m’éloigner, pas vraiment pour trouver une ressource nécessaire afin de créer. La musique a eu un impact complètement différent là dessus.

Il y avait cet album perdu dans un des bacs. Je me souviens de la pochette rouge-orangé avec une bande ocre, grise. Dessus : The Fragile. L’artiste : Nine Inch Nails. Inconnu au bataillon pour l’ado que j’étais qui n’avais pas vraiment accès à Internet. J’étais une adolescente très recluse sur moi-même. Peu d’amis véritables à part O. qui était mon opposée sur pas mal de points mais adorait lire comme moi.
J’ai emprunté le CD, je l’ai ramené chez moi, j’ai écouté. J’ai eu un choc. J’ai toujours ce choc en moi. Pendant longtemps, je ne savais même pas comment exprimer ce que je ressentais. La musique avait remplit mon cerveau, j’étais devenu émotion brute. C’était la folie. Ca s’appelait Nine Inch Nails et pour moi c’était le meilleur truc au monde.
Par la suite, j’ai continué à écouter tout ce que je trouvais mais surtout du rock, de l’électro, de l’industriel. J’adorais cette énergie, cette violence dingue. Elle me donnait envie de frapper, de faire sortir mes tripes à l’extérieur de mon ventre. La musique a toujours eu cet effet là depuis ; à créer des formes, des couleurs et un mélange d’émotions brutes dans mon crâne. Il fallait donc que je fasse quelque chose de tout ce matériau, tout ce magma émotionnel, il fallait que j’en fasse un truc. C’était viscéral. Il fallait que j’écrive.
Écrire sous musique, c’était comme écrire sous drogue. L’inspiration me frappait à la gueule. J’écrivais surtout des nouvelles qui parlait d’art, de mort, de sexualité. Surtout de sexualité. Parfois c’était tellement abstrait que ça n’avait ni queue ni tête et j’en ai le souvenir de quelque chose qui était juste chaud et rouge dans ma tête

Tous mes textes devaient être la transcription écrite des groupes que j’écoutais. Tout faisait sens dans ma tête : les nouvelles devaient aller avec de la musique. Mes textes s’entrecoupaient de paroles de chansons, et surtout du Nine Inch Nails parce que c’était ma plus grande source d’inspiration mais aussi ma plus grande source d’émotions, de colère, de désespoir et de rage. A dire vrai, je n’allais pas très bien et je ne pense pas que la musique ni l’écriture ne me permettaient ou m’aient jamais permis de canaliser quoi que ça soit là dessus. Je crois que j’étais juste en transe, que je recherchais cette transe émotionnelle et que je la recherche toujours.
Ce qui est assez étrange c’est que je ne faisais pas de plan. Je sais que beaucoup d’écrivains en font pour leur roman et aujourd’hui, à l’heure où j’écris, j’en ai moi même un. Mais ado, ça ne me paraissait pas censé de faire ça. De toute façon j’avais trop d’idées, trop d’émotions à la seconde, tout était trop instinctif pour canaliser ce flux et même là, à l’heure actuelle, je sens bien mes mains qui s’agitent, ma pensée qui devient frénétique et le geste est quasi trop lent malgré ma rapidité pour tout ce superflus qui dégueule de ma tête.
J’avais un blog ado, un espèce de truc immonde dont j’aurais sûrement honte aujourd’hui comme j’ai vraiment honte de mes premières nouvelles que j’ai supprimé par la suite.
J’ai développé très vite cette tendance à détester mon travail. Trop médiocre, trop impulsif, trop émotionnel. Surtout émotionnel. Malgré des études littéraires, le nez fourré dans des classiques depuis mon enfance, je ne supporte pas ce style que j’ai. A la fois pétri de tournures de phrases ampoulées et je ne sais combien d’effets de style chiants et pénible à la lire et à la fois tellement oral – chose qu’on me reproche assez. Et puis je fais quantités de fautes, je suis foutrement incapable de cerner de suite les détails : là aussi, ma pensée va trop vite pour le geste, alors je trébuche, je dégringole et je vomis les phrases.

Vers 22 ans, j’ai repris l’écriture que j’avais abandonné pendant un temps. Je me suis essayée à des articles de blogs, de ceux qu’on trouve ici. Les choses n’ont pas changé, je déteste toujours autant mon travail et finit toujours par supprimer ce que je fais.
Il y deux ans, j’ai publié ce texte . Écrit quasi d’un seul jet, écriture automatique ultra violente, sous l’effet du traumatisme de ce mec qui se branlait à côté de moi, de la peur, de la rage, de tout un tas de trucs qui grouillaient sous mon front à cet moment précis. J’ai bien vu que ce texte avait eu un écho incroyable mais aussi quelques crétins haineux qui pensent que je m’invente une vie via un blog.
Je ne sais pas pourquoi les gens recherchent la gloire, la célébrité mais ça ne m’attire pas vraiment. Être le porte parole d’une cause, c’est trop pour moi. Surtout qu’à ce moment là, j’aurais du penser à moi et me soigner, et pas franchement monter aux barricades. Mais bon, je ne réalisais pas du tout qu’à ce moment précis je me jetais bêtement dans la mêlée malgré moi. Évidement, ça ne m’a pas franchement aidée à aller mieux, peut-être juste à y voir plus clair et me donner des envies de me tirer une balle sur ma propre condition de meuf.
Mon inspiration a toujours été très sélective. Comme je suis complètement influencée par la musique que j’écoute, ce qui en ressort n’aura pas la même sonorité selon Dépêche Mode ou Nine Inch Nails. Mes goûts en matières de musique n’ont pas vraiment évolué depuis l’adolescence même si je porte moins de clous sur mes fringues. Au final, c’est toujours un peu rock dans ma tête.
J’ai aussi ce gros défaut d’extraverti qui est de penser au regard d’autrui : pour qui j’écris ? Comment va-t-on réceptionner ce que j’écris ? A qui je m’adresse ? Et si je blesse quelqu’un parce que ma tournure est imparfaite ?
Au final, je n’écrivais plus pour moi et c’était dommage parce que je devais – et je devrais – un peu m’en foutre de ce que les autres pensent. Peut être qu’on est dans cette dualité complexe en tant qu’auteur ou artiste, devoir jongler entre son avis et celui des autres, trouver un bon équilibre, marcher sur le fil.
J’essaye de m’absoudre de ce regard. J’ai cessé d’écrire en musique pour cet article – ou ce truc, je sais pas trop ce que c’est – pour faire simple, me recentrer sur moi même. Trent Reznor, je t’aime, mais tu me fiches sacrément le cerveau en pagaille en général.

Y a quelques jours, j’ai rencontré Virginie Despentes. J’avais chaud, froid, j’étais anxieuse, paniquée. Virginie Despentes, c’est un peu ma mère spirituelle. C’est ma claque féministe d’adolescente. Dans cette existence souvent terne et pénible, une meuf nous disait qu’on pouvait se battre et s’en sortir sur le viol, le sexe, la condition féminine.
Je me rends à la dédicace pour son nouveau livre. Elle arrive sur l’estrade et elle est comme je l’avais imaginée, un peu introvertie et en même temps drôle. Pas du tout rentre-dedans comme on peut le penser à la lecture de « King Kong Theory » mais tout en radicalité et en nuance en même temps. Un truc que j’apprécie parce que peut-être, j’essaye moi aussi d’avoir la même attitude. L’ambiance est décontractée, les gens posent des questions. Elle parle de son rapport aux séries et combien elle aime ça. La séance se clôture, je me dirige vers sa table pour faire signer « King Kong Theory ». Je lui demande si elle se souvient de mon article « Tu Seras Violée Meuf », parce que je sais qu’elle l’avait lu et m’avait écrit quelque chose à ce propos. Et là, contre toute attente, elle me dit que oui. Elle me demande si je suis bien l’auteure de ce texte. Je sens mes oreilles qui chauffent d’admiration et j’ai envie de me cacher sous terre pendant cinq minutes. On échange quelques mots, et puis elle signe mon livre avec un truc trop personnel pour que je veuille le partager. Mais surtout elle me dit ces mots : continuez d’écrire.

J’ai suivi ses conseils et j’ai reprit l’écriture. Honnêtement : j’en chie. Ça fait quelques semaines que je tente d’écrire une fan fiction d’Harry Potter et rien que cet exercice me paraît abominable. Je vais avoir sûrement pas mal de travail sur la table si je veux m’améliorer. Je sais que je dois me débarrasser de l’influence d’autrui et écrire pour moi même, chose qui est sûrement la plus dure quand on veut être auteure. Je le sais parce que je suis fan de certains écrits et je voudrais aussi que certains personnages soient de telle ou telle manière mais je me retrouve dans cette position où j’invente, je crée et surtout je raconte.
Il va aussi falloir que je me trouve un style, ou que je réfléchisse à ce qu’est cette notion de style. Quelle est son importance, est-ce qu’un style existe vraiment ? J’ai l’impression d’être en constante évolution alors c’est difficile de me poser déjà personnellement, de ne pas passer d’un point A à B dans la vie de tous les jours – sur des sujets de conversations, dans mes actes, dans mes idées – donc rester sur un style… Peut-être y a-t-il des auteurs sans style ?
J’aimerai trouver un cadre aussi. Même si je voudrai essayer d’être dans un espace avec le moins de choses qui me transpercent, je trouve qu’un bon cadre c’est important. Écrire me paraît toujours expérimental comme au premier jour. Je n’ai jamais écrit qu’en solitaire sur des bureaux, des tables qui ne me convenaient pas vraiment.
Enfin j’aimerai cesser l’exagération verbale. Je me rends compte que les mots m’échappent vite, que j’en rajoute, que la phrase s’alourdit. Je cherche vite le meilleur mot, au lieu de placer le « bon mot ». Disons que c’est encore quelque chose lié à mes études littéraires, sauf que je me rends bien compte que l’essentiel est d’être comprise, d’avoir dit quelque chose, d’avoir été entendue, comprise ou tout ce que je voudrai faire passer, entendre. Quand je me relis, je me dis « mais bordel, tu en rajoute des caisses ! ». Là dessus, il faudrait peut être que je place les bons mots au bon moment. De toutes façons, j’ai toujours cette manie d’utiliser les mots comme des coups de fouets dans la tronche des gens bon gré ou malgré. Je ne pense pas que je vais me défaire de cette habitude si vite. On dira que c’est mon style, dans la vie comme sur le papier, d’exploser à la face du monde.

Lors de la rencontre avec Virginie Despentes, elle a dit qu’elle aimait beaucoup le format série. Qu’elle trouvait – si je me souviens bien – que les séries sont le nouveau cinéma, qu’elle a adoré True Detective. Ca tombe bien, moi aussi. Ca m’a fait un bien fou d’entendre ça. J’ai mis longtemps à accepter que je regardais les séries parce que c’était un objet populaire et que, qui dit populaire, dit moindre, inférieur et tous les stéréotypes qu’on colle à la culture populaire dans sa plus large définition. Aujourd’hui j’en regarde, c’est un de mes loisirs principaux et c’est devenu complètement relié à mon écriture. Ado c’était la musique et sûrement que celle-ci le sera encore un peu, que je ne vais pas me défaire de cette vieille manie d’écrire en musique, d’avoir l’impression que mes mots ne sont que le martèlement, la cadence et le rythme de tout ce rock, cette musique industrielle que j’écoute sans cesse.
Les séries m’inspirent parce que je m’y projette, m’y reconnais. Parce qu’elles sont éloignées du réel et à la fois proche de moi. Parce qu’elles me parlent, et me disent quelque chose sur moi-même, sur autrui, sur le monde qui m’entoure, sur ce que je ressens, sur qui je pourrais être et ce que je peux faire.

Et ce flot d’inspirations, la musique, les sons, les images, les odeurs et les couleurs que tout cet ensemble me provoque, tout ceci me donne envie d’écrire. Ou du moins une énergie nécessaire pour jeter les choses hors de moi, pour les exploser quelque part et qu’elles évitent de grouiller bêtement dans ma tête.
Autant en faire profiter autrui. Et merci Virginie Despentes.

Le féminisme n’est pas une police des moeurs ni une manière de fliquer les gens.

Depuis que je suis féministe, je suis confrontée à diverses réactions lorsque je parle des inégalités hommes-femmes et des violences qui touchent les femmes. Il y a des gens obtus, particulièrement violents verbalement et psychologiquement, éprouvants pour moi et pas mal de mes amies féministes. Il y a aussi heureusement, des gens plus ouverts, curieux, intéressés ou pour qui les choses font sens.
Malheureusement, il y a dans tout ce lot de gens qui ne connaît pas grand chose au féminisme une idée généralement répandu chez beaucoup : les gens non sensibilisés au féminisme ou non militants semblent en droit de vous dire comment agir et si ce que vous faites est féministe ou non.

On m’a, par exemple, déjà reproché le fait de poser nue sur internet ou de m’épiler car ces deux choses ne semblent pas compatibles avec le féminisme. On m’a reproché d’être fan de Tomb Raider car c’est un personnage sexualisé et qu’en étant féministe, je me devais de ne pas « cautionner » ce type de personnage conçu pour le regard masculin. Enfin, on m’a fait remarqué qu’il était antinomique qu’une femme féministe se fasse payer un restaurant ou un verre si nous œuvrions pour l’égalité homme-femme.

La liste serait longue mais les gens semblent vite avoir un malin plaisir à décider de ce qui est un comportement « féministement acceptable ou non ».
Je pense donc qu’il est de bon ton de rappeler aux gens ce qu’est le féminisme.

A mon sens, le féminisme, celui auquel je crois est un mouvement de lutte et d’émancipation des femmes visant à leur autonomie et leur permettant d’arriver à une égalité avec les hommes dans un monde débarrassé du patriarcat. Le patriarcat, c’est ce système qui discrimine et exploite les femmes. Les hommes jouissent donc de privilèges et de bénéfices sociaux : économique, sexuel, social etc. Pas tous bien entendu mais dans un strict rapport de genre : le genre masculin prime, la virilité est mise en avant et glorifié tandis que le féminin est moqué et haï régulièrement. Je vous invite donc à lire les liens de Crêpe Georgette qui résume assez bien les notions de genre dans notre société (vous pouvez lire tout le blog qui est très bien et facile d’accès).
A partir de là, les femmes se débattent donc dans un énorme marasme qui ne leur fait pas de cadeaux. Il est donc compliqué d’être une femme : nous sommes soumises à plus de violences physiques, morales, psychologiques. Les chiffres du viol, du harcèlement de rue , des violences conjugales, les diverses plateformes de témoignages des femmes sur leur sexualité, leur corps, leur état d’esprit, montrent bien les difficultés d’être une femme.

Que vient faire le féminisme là dedans ?

Et bien le féminisme, le mien, tente de donner une parole à d’autres femmes moins privilégiés que moi et m’en donne une. Je suis une personne de sexe féminin et je m’expose donc à plus de violences par ce simple fait. Étant bisexuelle, précaire, j’ai également moins de chances que d’autres catégories sociales où ne jouit pas des mêmes droits. Mon féminisme et le féminisme dans sa globalité sont un moyen d’aider des femmes, de mettre en lumière ce que nous vivons. Les féministes des années 70 avaient parfaitement compris que les violences que nous vivions étaient aussi collective, communes à notre genre.
A mon sens, en tant que modeste militante, mon but est de mettre en lumière sous le nez des gens ce qui ne va pas dans notre société. De leur montrer ce que des femmes vivent, de leur montrer ces inégalités, ces violences et de les inviter à réflechir, à éprouver de l’empathie et à leur tour propager le message que quelque chose va mal. Par la suite, j’espère donc que plus il y aura de personnes informées, plus les violences diminueront car nous serons plus nombreux-ses à agir collectivement contre le sexisme, la misogynie et le patriarcat. Ainsi la lutte des femmes progressera, et nous atteindrons l’égalité plus rapidement.

Malheureusement, les gens ne semblent pas comprendre qu’être une féministe est, dans la majorité des cas… être une femme avant tout. Et que personne, PERSONNE, sauf quelques personnes très minoritaire, n’a jamais dit qu’être féministe était « se contraindre à » ou « faire que ». Le féminisme est une réflexion, une philosophie, de la sociologie, de la politique, bref : quelque chose de l’ordre du monde des idées et de l’esprit mais aussi quelque chose touchant un vécu REEL. Libre à chacune, une fois le message entendu, d’agir sur soi-même ou autrui. Évidemment, j’ai personnellement très envie que mon message féministe vous touche, sinon autant parler à mon armoire. Mais aucune féministe n’a jamais prétendu qu’une femme n’avait pas à s’épiler pour être une « bonne féministe », ni à se « faire inviter au restaurant », ni à apprécier des personnages sexualisées, ni à séduire un homme.

Le féminisme est là pour aider globalement les femmes à y voir plus clair sur leur situation et les aider à s’émanciper à nouveau.
Je vais prendre l’exemple du restaurant : je me fais régulièrement inviter au bar ou au restaurant par des hommes… mais aussi par des femmes ! La logique marchande et sexiste de notre société veut qu’un homme qui invite une femme au restaurant / à boire un verre se voie récompensé en échange par un rapport sexuel. Personnellement, je trouve intéressant de briser ce « code social » sexiste en acceptant une invitation mais pas ce qui suit. Vous n’avez aucune obligation à rien et encore moins à devoir du sexe à quelqu’un ! De surcroit, cette idée qu’une femme féministe ne devrait pas accepter un verre d’un homme est particulièrement hétérocentrée : pourquoi cet homme ne serait-il pas une femme ? Je ne suis pas dans la tête des gens, je ne pense pas devoir quelque chose à quelqu’un parce qu’il m’offre un verre, et je pourrais moi même offrir un verre à cet homme. Les codes de séductions de notre société sont particulièrement sexistes et genrés dans un sens, il est plus intéressant de briser ces codes selon votre bon vouloir personnel.
Le féminisme n’est pas une sorte de police ou un moyen de juger les gens plus facilement. Cette idée est particulièrement révoltante à mes yeux surtout quand chacune tente d’agir du mieux qu’elle peut, moi la première. Je suis particulièrement agacée de devoir rendre des comptes et me justifier auprès de gens de si mes actions sont féministes ou non. Le féminisme, ce n’est pas Poudlard ! Vous ne gagnez pas des points à chaque position « acceptable » ou non ! Ce n’est pas une compétition à qui aura le comportement le plus satisfaisant.
Certes, certains choix peuvent être discutés mais il y a une manière de discuter des choix des femmes sans venir les paternaliser sans cesse. Il vaut mieux inviter l’autre à réflechir, lui donner des ressources et une forme de nourriture spirituelle que de venir sans cesse nous dire quoi faire, comment agir… surtout quand cela vient de gens ne militant pas ou étant franchement anti féminisme !

Le féminisme n’est pas un dogme ! Il n’est pas là pour vous frapper si vous vous êtes épilée le matin. Il est là pour donner un message, libre à vous de le regarder, d’y réflechir ou non.

En tant que femme, j’ai remarqué qu’on nous demandait sans cesse de nous justifier sur tout : la majorité des gens non-féministes ou clairement anti-féministes ont une idée préconçue sur ce qu’est le féminisme ou non. Le féminisme n’est pas « un » mais « multiple » : si vous voulez que les féministes vous parlent, commencez par être de bon aloi, écoutez les, soyez ouverts, essayez de comprendre, d’entendre. Il y a pléthore de féminismes comme il y a pléthore de femmes. Tous ne sont pas forcément très bons car ils peuvent exclure certaines catégories de femmes moins chanceuses, moins privilégiées par la vie. Mais venir jouer les petits chef du « alors tu fais ceci ou cela, alors que tu dis être féministe », c’est une attitude pédante, exécrable et détestable. Ne vous étonnez pas ensuite si la personne ne veut plus vous parler. Imaginez que parce que vous avez des convictions ou une passion, une personne vienne se faire la police des mœurs en vous demandant vos papiers, si tout est en règle, si vous êtes apte à être passionné-e ou militant-e ! Et puis, de quel droit des gens se permettent ce type de comportement ? Qui sont-ils pour venir faire la leçon à des femmes dont la vie est déjà bien assez complexe pour se poser en juge moralisateur du bon ou du moins bon ?

J’espère donc qu’à l’avenir certaines personnes seront plus ouvertes au féminisme : l’essentiel est de lire, lire et encore lire là dessus. Les positions internes peuvent être assez divergentes d’un courant de pensée à un autre mais vous n’avez aucun droit de venir emmerder (et m’emmerder) sur comment je vis des choses politiquement ou intimement, surtout quand vous n’êtes pas directement concernés par les violences que j’ai pu ou je peux vivre en tant que femme.

Feminity : injonctions in society and how I Deal with it.

I cut my hair on June 2013. I cut them for good, that is, I got a bowl haircut.
I cut them as I was feeling fury, anger, and even joy: exams were done, my school year was finished; I wanted change, I wanted my mind to be free.

I cut my hair because I was angry at myself, who I was, but also because I took people’s opinions too seriously. I think a lot, some would say too much. My hair has always been associated to a fighting force. I had a Walkyrie’s hair. It protected from the cold and from the outside world. I like my hair. It was long and red. And even though I’m currently trying to ignore others’ opinion, I have to admit I liked that people liked my hair. I liked to be seen as some kind of fiery-haired Greek goddess that made me seem ferocious. I liked that the people I love saw me that way, that they identified me as such. I identified to my hair and to everyone’s eyes, it was the symbol of a fiery feminity. It was my symbol.

But I had trouble with feminity: that is, I hated it.

I’ve pondered a lot on gender, on my gender, on other people’s gender. I couldn’t define myself as a “woman”, and if I did, I wouldn’t believe myself. I was not one of them: I wasn’t one of those brainless idiots who cared about futile, feminine things. I didn’t like what was associated to feminity because it was connected to something weak, fleeting, stupid and soft. I grew up with a violent father and violent men. I learnt very soon that feminity was synonymous to weakness. An enormous weakness. So I had my long hair, I wore lipstick, I had long nails but I wasn’t feminine because it was crucial for me not to be: it was crucial for me not to be weak.

Turned out that I liked girls. I liked their touch, their skin, their look, their breasts, their thoughts. I liked girls and I think girls liked me back. Unfortunately, girls’ gaze wasn’t always rewarding. When I wanted to let them know that I loved them or desired them, they thought that the way I looked, with my hair, my lipstick and my high heels, took away from my message. I looked too much like a straight girl being bi-curious. Many lesbians and bisexuals are conviced a feminine woman doesn’t belong with them. I didn’t belong. But I didn’t belong with straight people either.

So I got mad, angry, and after listening to people too much… I cut my hair.

It was a surprising, overwhelming experience. I played with my gender: suddenly, I was who I thought I was within, what I had always claimed to be me: that is, a non-feminine person. I was boyish. All at once, girls understood I could hit on them. I belonged. I was a boyish lesbian. Straight guys understood as well they couldn’t hit on me, not really. Things were clear.

I went to photoshoots and liked it. I discovered myself, I learnt about myself in many ways. I had another armor, a temporary one: I was labeled a lesbian, but I had the feeling I was someone I didn’t want to be and it annoyed me a lot.

I realized several months later something was missing. I felt like I was choking. I was only perceived as the boyish lesbian. I had never been labeled in such a cold, definite way. I have nothing against labels but I need to be free of them; that’s why I call myself a queer, a bisexual, a lesbian, whatever strikes my fancy. This short hair is not me, it’s never been me. It’s been a distraction, a change, an experience. It wasn’t a bad experience. I learnt a lot and I thought a lot about gender, as well as who I am and how I’m evolving. It’s hard in a society that forces you, as a woman, to love yourself and to know where you stand. I’ve never been completely at ease either in the pink box or the blue one. That probably was the problem.

I grew up during those months and realized I had to make my peace with feminity and the violence I endured. I can’t force myself to be someone I’m not because society annoys the hell out of me so I can fit in a box. I can’t force myself to lie about who I am because some stupid lesbians can’t deal with the fact that queer people like me can be feminine. I no longer wish to spit on feminity because I’ve been taught I had to be strong no matter what. To be accepted in men’s mensclub, since they rule the world, you had to be like them and never show weakness.

I’m slowly working on accepting myself. 4 years of feminism, and I realize just I’ve been my own worst enemy. I like high heels. I like expensive lingerie that covers nothing. I like nail polish. I like giggling in front of cats’ videos. I liked my long hair and I’m waiting for it to grow back. I like feminine stuff even though I’m not “feminine”. I’m tired of spitting on who I am because I show weakness since I have a vagina or a woman’s appearance.

My armor, my strength is not within men and women’s gazes, as they judge me and tell me how I have to be or what I’m doing to them. Deep down, I know I like women and I like feminity. I may never like pink but I will no longer scorn women who do, or women who get flower tatoos. I don’t want to be anyone’s enemy or side with people who hate women and feminity.
Fuck other people’s gaze.

(thank @karrie788 for traduction !)